SENEGAL-CULTURE-EDITION
Dakar, 9 oct (APS) – La directrice des éditions EJO, Ndèye Codou Fall Diop, a plaidé, pour la création d’un prix littéraire en langues nationales, en vue de booster l’édition et la visibilité de ce secteur.
“Il faut donner plus valeur et de visibilité à l’édition en langues nationales en créant notamment des prix forts comme +le Prix littéraire en langues nationales+, en vue de booster ce secteur”, a-t-elle déclaré dans un entretien avec l’APS, en perspective de la 18ème édition de la Foire internationale du livre et du matériel didactique (FILDAK).
La FILDAK 2026, prévue du 15 au 19 octobre prochain sur l’esplanade du Grand Théâtre national, à Dakar, met à l’honneur les langues nationales en même temps que le pays invité d’honneur, l’Egypte.
L’édition 2026 de la FILDAK porte sur le thème “Bibliothèque, transmission, souveraineté”.
Pour Ndèye Codou Fall Diop, éditrice et enseignante en langue nationale wolof, la création de ce prix littéraire inciterait les acteurs à prendre “leur plume pour écrire en langues nationales”, ce qui devrait se traduire par “plus de respect et de considération dans ce secteur”.
Selon l’éditrice, c’est ce genre de politiques que l’on devait mettre en place, pour vulgariser les livres en langues nationales et assurer la transmission, au regard notamment de l’importance de la formation des acteurs dans la chaîne du livre.
Dans cette optique, les médias traditionnels doivent également pouvoir compter sur l’apport de critiques littéraires des livres en langues nationales. “Cela peut aussi être une manière de booster l’édition en langues nationales et de rendre davantage visible les auteurs et leurs livres”, dit-elle.
Déficit de visibilité
Ndèye Codou Fall est d’avis que les livres en langues nationales souffrent d’un déficit de visibilité, en ce sens qu’ils sont rares dans des grandes librairies ou encore dans certaines maisons d’éditions.
“Les livres en langues nationales bénéficient de peu de critiques littéraires dans les médias traditionnels et ne disposent pas généralement d’un réseau de distribution”, déplore-t-elle.
En définitive, l’édition en langues nationales reste jusque-là “très timide”, constate l’éditrice, se disant toutefois optimisme pour l’essor du secteur “d’ici quelques années”.
“Quand un jeune lit ou écoute un conte, un poème ou un récit moderne dans sa langue maternelle, la transmission des valeurs se fait de manière organique”, fait valoir la directrice des éditions EDJO, terme signifiant le passé et l’avenir en kinyarwanda.
Elle soutient que l’objectif de rencontres comme la FILDAK doit être de réconcilier les citoyens sénégalais avec la lecture, en vue de façonner un capital humain “mieux armé intellectuellement”. D’où l’importance de mettre un accent particulier sur les langues nationales.
“Nous comptons offrir aux journalistes une formation sur l’écriture en langues nationales” lors de la FILDAK. “Ces derniers devront à cet effet rédiger un compte rendu en langues pour évaluer leur niveau”, annonce-t-elle.
Elle salue l’option prise par le gouvernement de fonder les bases de l’éducation sur les langues nationales, à travers l’introduction de huit d’entre elles dans les curricula.
“Le document de politique linguistique nationale qui a été adopté récemment, au mois de juillet 2026, reconnaît que la langue maternelle est le plus puissant levier pour l’apprentissage”, a souligné Mme Diop, membre du comité scientifique en langues nationales de la FILDAK.
A l’en croire, cette initiative des pouvoirs publics permettrait de multiplier les lecteurs des livres en langues nationales dans les années à venir.
Une chance d’élever le niveau de réflexion
Auteur d’un recueil de poèmes intitulé “Jantub Njollor” – Soleil au zénith en wolof – et édité par la maison d’édition EJO, le jeune écrivain Ibrahima Fall, un apprenant urbaniste résident en France, appelle, de son côté, les pouvoirs publics à donner aux élèves l’opportunité d’apprendre dans leur langue maternelle, afin “d’élever leur capacité de réflexion”.
La formation d’élèves en langues nationales “n’exclurait en rien la place des langues étrangères au Sénégal”, assure-t-il, estimant que les langues nationales “méritent une place centrale dans nos bibliothèques, ainsi que dans l’enseignement”.
S’il se félicite voir “de plus en plus d’auteurs en langues nationales”, il considère que la souveraineté culturelle devrait être promue par les politiques publiques à travers des “actes concrets”.
“L’Etat doit redoubler d’efforts pour garantir le développement et la valorisation durable de nos langues nationales. Cela va encourager la production littéraire en langues nationales et faciliter la transmission”, a ajouté Ibrahima Fall.
Il estime qu’un accompagnement conséquent en faveur des auteurs en langues nationales pourrait constituer “un levier majeur” pour “relever le défi lié à la traduction et à l’édition des livres”.
“Dans dix ou vingt ans, j’imagine une croissance dans la publication de livres en langues locales. Je le sens, je le vois venir. Et je serai très heureux de voir nos langues triompher dans l’espace littéraire”, indique le jeune auteur.
Il a toutefois émis des craintes de voir “la forte dimension de la transmission orale s’éteindre à petit feu”, si rien n’est fait pour sa préservation.
Pour éviter cela, il appelle à écrire davantage sur du papier “les savoirs et les histoires du pays”, comme les contes et récits. Ces savoirs, poursuit-il, “déclinent des vertus indispensables de la société sénégalaise”.
“Je vois de plus en plus des livres et de jouets orientés vers l’éducation des enfants. C’est ambitieux de la part des initiateurs. C’est de cela qu’on a besoin pour garantir la transmission des valeurs locales à nos enfants et à la génération future”, fait-il valoir.
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