SENEGAL-AGRICULTURE
Dakar, 25 juin (APS) – Le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Cheikhou Oumar Ba, préconise d’établir des liens entre la production, la transformation, la commercialisation et l’industrialisation pour réduire les pertes de récoltes.
Dans certaines parties du pays, les agriculteurs subissent des pertes allant de 30 à 50 % de leur production, a signalé M. Ba dans une interview accordée à l’APS.
‘’À l’IPAR (Initiative prospective agricole et rurale, un centre de recherche ouest-africain dédié à l’agriculture), nous avions montré que les récoltes perdues s’élevaient en moyenne à 5,6 milliards de francs CFA par an dans le seul département de Podor’’, a-t-il souligné.
‘’Dans le sud du pays, on perd des récoltes d’anacarde, de mangue et d’autres fruits et cultures, faute de structures de transformation’’, a signalé Cheikhou Oumar Ba, estimant, en guise de solution, que ‘’nous devons établir des liens entre la production, la transformation, la commercialisation et l’industrialisation’’.
Il est urgent de réduire les pertes de récoltes, selon M. Ba. Les agropoles sont des espaces d’industrialisation et de transformation qui permettront de remédier à ces pertes, a-t-il dit.
Le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage préconise, par ailleurs, de faire en sorte que la gestion publique des terres prenne en compte les intérêts des agriculteurs, les besoins d’investissement de l’État et les préoccupations du secteur privé. ‘’Concernant les terres, la loi d’orientation agrosylvopastorale et halieutique nous permet d’aller vers une réforme négociée, qui prendra en compte les préoccupations des [agriculteurs], les besoins d’investissement de l’État et la protection du secteur privé’’, a-t-il affirmé.
‘’Préserver le droit des communautés’’ de disposer de leurs terres
‘’Le président de la République rappelle souvent qu’on ne peut pas permettre à un investisseur de venir prendre les terres des communautés et faire des populations des ouvriers agricoles’’, a dit Cheikhou Oumar Ba.
Même si les investisseurs doivent disposer d’espaces agricoles, ‘’il faut préserver le droit des communautés’’ de disposer de leurs terres, a soutenu M. Ba.
‘’Ce qui a été fait à Mont-Rolland (région de Thiès) montre que cela est possible’’, a-t-il ajouté pour citer un exemple de gestion des terres prenant en compte les intérêts des agriculteurs et les besoins d’investissement de l’État et du secteur privé.
Le ministre signale, en outre, que ‘’les ‘tournées économiques’ du président de la République dans les régions de Kolda, Sédhiou, Ziguinchor et Tambacounda, dans le bassin arachidier et la vallée du fleuve Sénégal lui ont permis d’écouter attentivement les agriculteurs parler de leurs préoccupations’’.
Ces visites effectuées par le chef de l’État font l’objet d’un suivi assuré par les gouverneurs de région, sur la base d’‘’un agenda de mise en œuvre cohérent de la politique agroindustrielle’’ du pays, selon Cheikhou Oumar Ba.
‘’La capacité du ranch de Dolly (région de Louga) a été fortement entamée. Heureusement, un travail de valorisation de cette réserve agropastorale est en cours, avec l’accompagnement de l’État, qui s’assure que cette zone refuge pour le bétail profite aux éleveurs’’, a dit M. Ba.
Il ajoute que ‘’les politiques publiques territorialisées doivent permettre de construire dans chaque région du Sénégal des dynamiques économiques viables, avec la participation du secteur privé, des élus et de l’État’’.
‘’Une rupture historique’’
Le ministre signale que la loi d’orientation agrosylvopastorale et halieutique prévoit la tenue de conseils régionaux d’orientation consacrés à l’agriculture, à l’élevage et à la pêche.
Ces conseils sont dirigés par les gouverneurs de région, a-t-il dit, signalant qu’il existe aussi des conseils départementaux consacrés au secteur primaire.
‘’Pour la première fois, sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye, le Conseil supérieur d’orientation agrosylvopastorale a pu se tenir. C’est une rupture historique, qui a été saluée par toutes les organisations socioprofessionnelles du secteur primaire’’, a dit M. Ba.
Économiste et socio-anthropologue, il a consacré au moins vingt-cinq années aux activités du secteur primaire. Fondateur de l’Initiative prospective agricole et rurale, Cheikhou Oumar Ba a dirigé pendant plusieurs années ce centre de recherche indépendant, basé à Dakar et dédié à l’agriculture et au monde paysan d’Afrique de l’Ouest.
M. Ba était ministre, conseiller du président de la République, Bassirou Diomaye Faye. À ce titre, il était chargé des questions du secteur primaire, avant d’être appelé, depuis le remaniement du 1er juin dernier, à diriger le ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage.
ESF/MTN

