SENEGAL-POLITIQUE-GENESE
Dakar, 28 mai (APS) – Le parcours de Me Abdoulaye Wade, dont le centenaire sera célébré ces 4 et 5 juin à Dakar, à travers diverses manifestations, est indissociable de l’histoire du Parti démocratique sénégalais (PDS).
Cette formation politique, incarnant la longue marche du Sénégal vers le multipartisme et l’alternance démocratique, a été portée sur le fonts
baptismaux le 31 juillet 1974 à Louga (nord), avant d’être officiellement reconnue le 8 août de la même année.
Elle est née à l’époque où le Sénégal vivait sous le régime de fait du parti unique dirigé par Léopold Sédar Senghor, notamment l’Union progressiste sénégalaise (UPS), devenue ensuite le Parti socialiste (PS) en 1976.
A ses débuts, le PDS est présenté par son fondateur non pas comme un parti d’opposition radicale, mais comme un parti de proposition et de contribution, devant stimuler la démocratie.
Lorsque Senghor instaure en 1976 le multipartisme limité à quatre courants idéologiques, le PDS s’engouffre dans la brèche et choisit l’étiquette libérale-démocrate, bien que Me Wade soit panafricaniste.
Il devient ainsi le premier parti d’opposition légal face au pouvoir socialiste et participe aux élections générales (Présidentielle et Législatives de 1978). Son leader, Abdoulaye Wade, se classe deuxième à la Présidentielle avec un score honorable de 17,37%. Et le parti obtient 17 des 100 sièges de l’Assemblée nationale, contre 83 pour le PS.
Auréolée de ce score honorable, la formation libérale entame sa massification et s’impose comme la principale force de l’opposition avec l’arrivée d’Abdou Diouf à la présidence de la République en 1981 et l’ouverture intégrale au multipartisme.
Le PDS devient, pendant 26 ans, incontournable dans le landerneau politique sénégalais avant de s’emparer du pouvoir à l’issue de la Présidentielle de 2000, mettant fin à 40 ans de règne socialiste.
L’Apogée : l’Alternance de 2000
Le PDS a été le principal moteur de l’ancrage démocratique et du pluralisme au Sénégal. D’un parti d’idées né sous le monopole socialiste, il est devenu une machine électorale qui a transformé le visage politique du pays, avant de devoir se réinventer face aux défis de l’après-Abdoulaye Wade.
Lors de la présidentielle de 1988, Wade lance le mot d’ordre « Sopi » (“Changement” en wolof). C’est un raz-de-marée populaire, notamment chez les jeunes et en milieu urbain. Les tensions post-électorales sont vives, entraînant l’état d’urgence et l’emprisonnement de Wade et certains de ses lieutenants.
Fidèle à sa stratégie de la “double approche”, Wade alterne entre contestation de la rue et participation aux gouvernements d’union nationale (en 1991 et 1995) comme ministre d’État auprès d’Abdou Diouf, pour apaiser le climat politique et pousser vers des réformes du code électoral.
Le 19 mars 2000 reste une date historique pour le Sénégal et l’Afrique. Porté par la coalition Sopi, Abdoulaye Wade, portée par une marche bleue drainant des foules pendant toute la campagne, remporte le second tour de la Présidentielle face à Abdou Diouf. C’est la première alternance démocratique et pacifique du pays.
Le PDS devient le parti majoritaire. Durant ces 12 années, le régime libéral se caractérise par de grands travaux d’infrastructures (autoroute à péage, nouvel aéroport, monuments), une diplomatie panafricaniste offensive et des investissements dans l’éducation.
Le pouvoir PDS est aussi marqué par de fortes tensions internes. Plusieurs dauphins pressentis ou figures clées quittent le navire ou en sont exclus après des rivalités avec Wade (Idrissa Seck, Macky Sall).
La perte du Pouvoir et la reconstruction
En 2012, la tentative d’Abdoulaye Wade de briguer un troisième mandat suscite une forte contestation populaire. Il est battu au second tour par son ancien Premier ministre et ex-numéro 2 du PDS, Macky Sall.
Le PDS retourne dans l’opposition. Les années qui suivent sont marquées par la volonté d’Abdoulaye Wade de positionner son fils, Karim Wade, comme le futur leader du parti. Nommé candidat du parti pour la Présidentielle de 2019, Karim Wade voit sa candidature invalidée en raison de ses démêlés judiciaires avec la CREI (Cour de répression de l’enrichissement illicite) et de sa double nationalité à l’époque.
Bis repetita en 2024 : le candidat unique du PDS est éliminé par le Conseil constitutionnel à cause de sa nationalité française à laquelle il a renoncé tardivement. Le parti de Wade devient un désert faute de voir un “repreneur”, Wade-fils étant exilé à Doha, au Qatar depuis sa grâce présidentielle en 2016.
Malgré les scissions successives qui ont donné naissance à d’autres formations majeures (comme l’APR de Macky Sall ou Rewmi d’Idrissa Seck), le PDS reste une force politique historique dotée d’un ancrage militant résilient et d’une influence notable pour les alliances législatives et présidentielles.
HB/HK


