SENEGAL–SOCIETE-PROFIL
Koungheul, 7 juin (APS) – De retour au bercail en 2012 après six ans passées en Europe qu’il a rejoint clandestinement en 2006 à bord d’une pirogue, Pape Mot Sarr s’impose aujourd’hui comme un symbole d’engagement citoyen à Thiongue Wolof, un village de la commune de Saly Escale, dans le département de Koungheul (Kaffrine, centre).
Il avait quitté clandestinement le Sénégal en 2006, à bord d’une pirogue, pour rejoindre l’Europe, guidé par le rêve d’aider sa famille plongée dans la précarité. Un mot d’ordre, “Barça walla Barsakh” (Barcelone ou la mort), dans lequel il se retrouvait alors, résumait toute la détresse de la jeunesse sénégalaise à l’époque. Il traduisait – et traduit encore aujourd’hui dans une certaine mesure – le sentiment d’un horizon bouché devant le chômage et les difficultés économiques et sociales de tous ordres.
Sur les 92 passagers de cette équipée clandestine dont il faisait partie, seuls 71 avaient atteint les côtes espagnoles. “Vingt-et-une autres personnes ont perdu la vie en mer, victimes de fatigue, de soif et de maladies”, raconte-t-il à l’APS, la voix empreinte d’émotion, les yeux rougis.
Un traumatisme qui restera, selon lui, gravé à jamais dans sa mémoire et qui guide aujourd’hui son engagement envers les jeunes de son village.
A leur arrivée, les survivants sont pris en charge par la Croix-Rouge espagnole, puis remis aux autorités locales, avant d’être placés dans un camp qui s’apparente à une prison déguisée, pendant 45 jours, se souvient-il.
Durant plusieurs années, il vit dans la précarité, confronté au racisme, à la solitude et à la peur constante des contrôles.
Déterminé, il apprend l’espagnol et tisse progressivement des relations qui facilitent son intégration. Après sept années de lutte ardue, il obtient finalement des papiers lui permettant de pouvoir rentrer au Sénégal, après une longue absence.
De retour au bercail en 2012, une rencontre avec des enfants de son village bouleverse sa vie. ‘’Beaucoup d’entre eux ne fréquentaient pas l’école et cela a été un choc pour moi’’, a dit Pape Mot qui décide alors d’agir en s’investissant dans l’éducation.
Après plusieurs années de démarches, il parvient à ériger, en 2016, l’école de Thiongue Wolof constituée de deux salles de classe, d’un bureau et de toilettes. Cet établissement scolaire s’agrandit progressivement avec de nouvelles salles en 2020, avec des logements pour les enseignants, une cuisine fonctionnant au biogaz. Et l’établissement est doté de panneaux solaires pour pallier l’absence d’électricité.

Aujourd’hui, cette école polarise quatre villages et change la vie de plusieurs dizaines d’enfants. Cependant, un défi majeur persiste : l’accès à l’état civil, puisque sur une centaine d’élèves, environ 70 ne disposent pas d’extrait de naissance. Une situation qui a motivé l’organisation de campagnes de sensibilisation.
En 2016, il crée l’Association pour l’éducation pour tous à Thiongue Wolof (AETTO), avec des cellules au Sénégal, en France, en Espagne et en Suisse.
Les partenaires apportent un appui en fournitures scolaires, tables-bancs et logistique, tandis que l’Etat du Sénégal a mis à disposition trois enseignants, un maître coranique et du mobilier, a-t-il salué.
Dans la même dynamique, l’ancien émigré initie des camps de vacances regroupant 21 établissements scolaires pour renforcer les capacités des apprenants.
‘’Pendant une semaine, les élèves participent à des cours d’anglais, des activités citoyennes, ainsi qu’à des opérations de reboisement et de nettoiement. Ces initiatives bénéficient d’un appui international estimé à plus d’un million de francs CFA en matériel et récompenses’’, a-t-il expliqué.
Au-delà de l’éducation, Pape Mot Sarr s’investit également dans plusieurs domaines sociaux notamment pour l’enrôlement des enfants à la Couverture maladie universelle, l’accès aux soins pour les familles vulnérables, des activités génératrices de revenus pour les femmes, particulièrement dans le maraîchage.
Il a également contribué à la construction d’un poste de santé d’un coût de plus de 200 millions de francs CFA, desservant neuf villages. Un périmètre maraîcher de deux hectares et un mini-forage solaire ont aussi été réalisés au profit des femmes.
Malgré ces avancées, des défis subsistent, notamment l’enclavement du village et le manque d’électricité.
Toujours engagé, il ambitionne désormais de finaliser la clôture de l’école du village, de mettre en place une cantine scolaire d’une capacité de 200 élèves et de créer une structure sanitaire de proximité pour soulager les populations.
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