SENEGAL-TIC-PERSPECTIVES
Dakar, 18 août (APS) – L’interopérabilité des systèmes d’information constitue un des leviers majeurs pour rendre la transformation numérique du Sénégal plus sobre et plus responsable, a souligné, mardi à Dakar, le chargé de projet interopérabilité pour le compte du New Deal technologique, Birama Diop.
”Le principal enjeu réside également dans la manière dont les systèmes numériques sont conçus et dans la gestion des données par les administrations”, a-t-il relevé.
Il s’exprimait à l’ouverture d’un atelier national de deux jours, consacré au Green Coding et au numérique responsable, dans le cadre du projet Goin’Digital de la GIZ, l’agence allemande de coopération internationale pour le développement.
Selon M. Diop, la sobriété numérique ne devait pas être réduite à la seule optimisation du code informatique.
“Le calcul le plus sobre est celui qui ne se fait pas. Et la donnée la plus sobre est celle qu’on ne duplique pas”, a-t-il expliqué, insistant sur la mutualisation, la consolidation et l’interopérabilité des systèmes.
Le catalogue national de l’interopérabilité recense plusieurs centaines de cas d’échanges de données entre administrations, tandis que plus de 800 interactions ont été identifiées entre différents cas d’usage et près de 200 administrations appelées à échanger des données.
Cette situation pose, selon lui, la question de la duplication des mêmes informations dans plusieurs bases de données.
Une même donnée d’état civil, d’entreprise ou fiscale peut ainsi être copiée, stockée et régulièrement synchronisée par différentes administrations, avec des besoins supplémentaires en infrastructures, stockage, transfert et maintenance.
Pour illustrer cette problématique, M. Diop a évoqué les démarches liées à l’identification, signalant que lorsqu’un citoyen fournit une copie de sa carte d’identité à un opérateur téléphonique ou à un service de mobile money, les mêmes informations peuvent être reproduites dans plusieurs bases de données.
Le développement de “building blocks” partagés, notamment dans les domaines de l’identité, du paiement et de l’échange de données, doit permettre, selon lui, de limiter ces duplications.
Il a également défendu le principe du “dites-le-nous une fois”, selon lequel un citoyen qui a déjà fourni une information à une administration ne devrait pas avoir à la transmettre à nouveau à une autre structure publique. Celle-ci pourrait accéder à la donnée auprès de sa source, dans un cadre sécurisé et réglementé.
“Le ministère ne demande pas à chaque secteur de construire son propre système. Il demande de construire des blocs partagés et de les faire dialoguer”, a-t-il résumé.
Le responsable a par ailleurs présenté la commande publique comme un autre levier essentiel de transformation des pratiques. Une modification des cahiers des charges et des appels d’offres numériques pourrait, selon lui, avoir un effet beaucoup plus large que la seule sensibilisation des développeurs.
Il a ainsi plaidé pour que les projets numériques prennent notamment en compte la réutilisation des composants existants, la mutualisation des infrastructures, la justification des ressources mobilisées et la capacité des systèmes à fonctionner en mode dégradé.
Pour M. Diop, avant de lancer un nouveau projet numérique, l’administration doit également vérifier qu’un autre projet ou une infrastructure existante ne répond pas déjà au même besoin.
Cette approche vise à éviter la multiplication de solutions faisant double emploi et à réduire, par conséquent, les ressources nécessaires à leur développement, leur hébergement et leur maintenance.
L’atelier national sur le Green Coding et le numérique responsable réunit des représentants des administrations publiques, du secteur privé, des startups, des universités, de la société civile ainsi que des partenaires techniques et financiers.
Organisée dans le cadre du projet Goin’Digital de la GIZ, en collaboration avec le ministère des Télécommunications et du Numérique, la rencontre doit déboucher sur des recommandations destinées à alimenter les travaux du ministère et de ses partenaires.
MYK
