Mouhamed Demba Camara, un pionnier de l’agroécologie à Fimela
Mouhamed Demba Camara, un pionnier de l’agroécologie à Fimela

SENEGAL-AGRICULTURE-PROFIL

De l’envoyé spécial de l’APS, Thierno Abdourahmane Ba

Fimela, 17 juil (APS) – Mouhamed Demba Camara s’est définitivement fixé dans son terroir, où il mène une paisible vie d’agriculteur, après de vaines tentatives d’entrer clandestinement en Europe pour y travailler. Par la persévérance et le labeur, le jeune homme est devenu l’un des pionniers de l’agroécologie à Fimela, une commune située dans la région de Fatick (centre).

Venue vulgariser l’agroécologie dans le centre du Sénégal, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) est à la recherche de jeunes ayant fait preuve d’un remarquable intérêt pour l’activité agricole, au milieu des années 2010. De cette initiative est née la rencontre de la FAO avec M. Camara, en 2017.

Au service de la ferme agroécologique et du centre d’incubation de Kaydara, qui bénéficie de l’encadrement de l’agence onusienne, le jeune homme est initié aux méthodes de production agricole respectueuses de l’environnement.

Il est formé aux techniques d’ensemencement, à l’agriculture climato-intelligente, à la gestion durable des sols et aux méthodes de production permettant d’obtenir de bons rendements (produits agricoles, forestiers, etc.) sans recours aux engrais chimiques.

Après le coup de pouce de la FAO, Mouhamed Demba Camara mène désormais des activités agricoles très diverses, qu’il rêve de fructifier. Il ambitionne aussi de créer des emplois. Mais plus réaliste que rêveur, le jeune agriculteur s’attèle surtout à la transmission à d’autres agriculteurs de son savoir-faire. Il les forme surtout à la production agricole et à la gestion de l’eau.

Les signes de sa réussite sont visibles aux quatre coins de sa ferme peuplée d’arbres fruitiers, de pépinières et de diverses cultures. À Kaydara, son souci de la production et de la préservation de l’environnement s’accompagne d’une franche volonté d’entreprendre.

“Ici, nous faisons plusieurs choses à la fois”, fait-il remarquer en montrant une pépinière à plusieurs étages de manguiers, de cocotiers, d’agrumes, etc.

Mouhamed Demba Camara, un pionnier de l'agroécologie à Fimela

L’ancien émigré Mouhamed Demba Camara tire d’importants revenus de sa ferme et rêve de devenir un entrepreneur agricole.

Mouhamed Demba Camara a bénéficié, en 2017, d’une formation de neuf mois aux métiers de l’agroécologie et de l’agriculture biologique, grâce à la FAO. “Cette formation m’a procuré beaucoup de techniques et de savoir-faire”, raconte M. Camara au milieu de ses papayers, dont il exhibe fièrement les fruits en grappes.

À la suite de l’encadrement technique de la FAO, le jeune agriculteur se lance, avec l’aide de partenaires, à la recherche d’une parcelle qu’il transforme en ferme. Cette exploitation agricole génère non seulement d’importants revenus, mais elle entretient en même l’espoir, pour son propriétaire, de devenir un entrepreneur agricole de premier plan.

“Je gagne ma vie en exploitant cette ferme. J’ai engagé un employé. Cela m’a permis de gagner du temps, de faire des économies, de financer d’autres projets et de construire une maison”, témoigne-t-il.

Mouhamed Demba Camara a acquis d’autres compétences, dans la construction d’ouvrages hydrauliques surtout, les puits précisément.

Un métier qu’il a choisi d’apprendre, à force de constater à quel point l’eau, si vitale pour les activités agricoles, fait défaut dans la commune de Fimela.

“On m’a appris à identifier les sources d’eau, à choisir les bons endroits, à creuser et à sécuriser les puits”, raconte M. Camara, ajoutant avoir creusé de nombreux puits pour des particuliers, des écoles, des mosquées et d’autres édifices publics, à des coûts de main-d’œuvre variant entre 500 000 et 1 million de francs CFA l’unité, selon les pays et la profondeur de la nappe.

Le visage ridé par de longues heures de travail, Mouhamed Demba Camara a longtemps trimé pour en arriver là. De la Mauritanie et du Maroc, dont il est revenu après plusieurs années de séjour, il a tenté vainement d’entrer clandestinement en Europe pour y travailler. “J’ai passé plusieurs années en Mauritanie et au Maroc. De là-bas, j’ai tenté plusieurs fois de rejoindre l’Europe par la migration clandestine”, se souvient-il.

“Mon objectif était de trouver un emploi et d’aider ma famille. Cette aventure m’a appris beaucoup de choses, dont le devoir de regagner mon terroir”, ajoute-t-il, tout convaincu qu'”il est possible de gagner sa vie en restant chez soi”.

TAB/ESF/MTN/BK