Mission de chirurgie réparatrice de l’hôpital Abbas Ndao : les récits de souffrance et d’espoir mêlés de femmes excisées
Mission de chirurgie réparatrice de l’hôpital Abbas Ndao : les récits de souffrance et d’espoir mêlés de femmes excisées

SENEGAL-SANTE-TEMOIGNAGES

Dakar, 21 juil (APS) – Derrière la froideur des chiffres de la mission de chirurgie réparatrice des mutilations génitales féminines (MGF) qui a débuté le 17 juillet dernier à l’hôpital Abass Ndao, à Dakar, la réalité dramatique, parfois jamais dévoilée des femmes victimes de cette pratique.

L’impact négatif des mutilations génitales sur le quotidien des femmes qui en sont victimes se retrouvent dans ces émouvantes histoires de souffrance, transformées à l’occasion en récits de résilience et d’espoir.

Les témoignages anonymes de plusieurs patientes prises en charge dans le cadre de cette campagne prévue pour se poursuivre jusqu’au 24 juillet prochain, dévoilent au grand jour les séquelles physiques et psychologiques laissées par cette pratique. Des blessures transformées en armes de reconstruction par les victimes ayant bénéficié d’une chirurgie réparatrice.

Venue se faire opérer après avoir découvert l’existence de cette prise en charge sur les réseaux sociaux, une patiente raconte avoir longtemps vécu avec des douleurs et des traumatismes liés aux mutilations génitales.

“Les femmes souffrent énormément dans leur vie de couple. En tant que femme excisée, j’avais besoin de me faire réparer pour devenir normale. L’excision m’a longtemps traumatisée, sans compter les infections et les douleurs au quotidien”, confie cette patiente, la quarantaine bien sonnée.

“C’est pourquoi, dès que j’ai vu l’annonce sur les réseaux sociaux, j’ai sauté sur l’occasion”, témoigne la dame, sous couvert d’anonymat, comme toutes les autres femmes ayant pris la parole pour parler de leur vécu difficile.

Elle assure que son opération s’est bien passée et semble plus que soulagée de constater un changement à son quotidien difficile, grâce à l’accompagnement dont elle a bénéficié.

La prise en charge ne se limite pas à l’intervention chirurgicale et comporte un volet accompagnement humain qui permet de retrouver confiance, confie-t-elle, avant de saluer l’accueil et le suivi assurés par les équipes médicales de l’hôpital Abbas Ndao.

Les témoignent se rejoignent : les mutilations génitales féminines entravent l’épanouissement de nombreuses femmes et fragilisent les relations de couple, compte tenu de leurs répercussions sur la vie conjugale.

‘’Même mon accouchement a été un problème’’

“J’ai longtemps souffert dans mon ménage à cause de l’excision, renchérit une autre patiente, mariée et mère d’un enfant. Je ne pouvais pas ressentir de plaisir dans l’acte sexuel, et même pour accoucher, c’était un problème”.

“Cette situation qui m’avait traumatisée. C’est pourquoi lorsque j’ai appris qu’il y a une mission qui opère gratuitement les femmes excisées, je suis venue me faire opérer après en avoir parlé à mon époux qui m’a donné son aval”, ajoute-t-elle.

L’intervention, précise-t-elle, s’est déroulée sans complication et représente un véritable tournant dans sa vie après plusieurs années marquées par les conséquences de l’excision.

“Ce n’est pas humain de faire subir cela à une femme”, assène-t-elle, appelant à renforcer la sensibilisation afin de prévenir cette pratique et de mieux faire connaître les possibilités de prise en charge.

“J’ai vu des femmes se faire réparer mais elles étaient prises en charge dans les pays développés. Ma mère et mes grandes sœurs ont eu la chance de le faire. Aujourd’hui, il s’agit de la meilleure chose qui me soit arrivée”, se réjouit-t-elle.

Elle dit encore être hantée par la scène de son excision il y a 30 ans, alors qu’elle en avait 4.

“Je demande aux filles de ne pas avoir peur d’en parler, de se renseigner et de venir à Abass Ndao pour être réparées. Il s’agit d’un grand avantage pour toute femme excisée”, lance la jeune femme, appelant à sensibiliser les femmes sur cette problématique et à lutter contre les préjugés.

“J’en ai parlé à une amie qui hésite à venir parce qu’elle a peur de sa famille qui pourrait la voir comme une femme impure. Cette mentalité doit changer”, plaide la même patiente.

À travers ces témoignages, les bénéficiaires souhaitent exprimer leur gratitude envers les équipes de l’hôpital Abass Ndao et les partenaires de cette mission médicale. Ils leur offrent l’opportunité de soulager des douleurs parfois endurées pendant de nombreuses années et de retrouver une meilleure qualité de vie.

NSS/BK/SMD