Matam : quand deux anciennes pratiquantes racontent leur combat pour l’abandon de l’excision
Matam : quand deux anciennes pratiquantes racontent leur combat pour l’abandon de l’excision

SENEGAL-SOCIETE

Matam, 28 avr (APS) – Coumba Samba Camara, habitante de Vélingara Ferlo, et Dieynaba Kane, une résidente du village de Ndoumoumadji Dembé, dans la région de Matam (nord), étaient toutes les deux exciseuses dans une autre vie, avant de tourner le dos à cette pratique, avec l’appui d’ONG et à partir d’un parcours qui continue d’inspirer au sein des communautés locales.

Venue de Vélingara Ferlo, une commune du département de Ranérou pour prendre part à une activité initiée par des ONG engagées contre l’excision, la dame Coumba Samba Camara a partagé son expérience d’ancienne exciseuse qui a abandonné cette pratique depuis plusieurs années.

La pratique de l’excision, même si elle n’a pas totalement disparu dans le Ferlo, a beaucoup reculé dans cette partie du pays.

”Je sais que dans beaucoup de localités du département de Ferlo, la pratique a été abandonnée. Car il y a quelques années, les gens en parlaient sans gêne, mais aujourd’hui, c’est en cachette qu’ils en parlent. Ce qui nous fait dire que dans notre zone, l’excision tend vraiment à disparaître”, explique Coumba Samba Camara.

Elle laisse entendre que pour la plupart, les femmes ont tourné le dos à l’excision dans cette partie du pays, assurant parler en connaissance de cause, grâce à la multiplication d’activités de sensibilisation.

Elle raconte aussi que c’est l’ONG Tostan qui est venue la chercher dans son village pour lui parler de sa lutte contre cette pratique et de son ambition de contribuer à y mettre fin.

Coumba Samba Camara se rappelle avoir d’abord échangé sur le sujet avec son mari et les notables du village, dont l’imam pour leur expliquer le travail qu’elle compte faire avec Tostan.

”Quand je me suis entretenue avec eux, ils se sont tous rangés de mon côté. Mon entretien avec l’imam du village a été plus que fructueux, car le religieux m’a appris des versets et autres textes islamiques qui interdisent cette pratique. Ce qui m’a permis de mieux mener mes activités de sensibilisation dans les villages”, se rappelle cette habitante de la commune de Vélingara Ferlo.

Dans les localités où elle se rendait, sa priorité était d’aller voir l’imam, le chef de village, l’infirmier chef de poste, le directeur de l’école pour échanger avec eux ”afin de les convaincre”.

Menaces, intimidations et déclarations 

Une réunion avec les populations aussi était toujours au rendez-vous pour parler aux villageois, avec au menu des explications portant sur “les conséquences de la pratique de l’excision, les maladies qu’elles peuvent contracter”.

”C’est dans ce sens que des déclarations d’abandon de l’excision ont commencé à se faire, d’abord dans la commune de Ranérou. Par la suite, il y en a eu à Vélingara Ferlo et trois autres dans la commune de Houdallay, dont celle de Thionokh, la dernière tenue en mai 2025”, poursuit celle qui a mis en place un réseau de lutte contre l’excision.

Dieynaba Kane, pour sa part, a été exciseuse pendant plus de dix ans. Ce qui l’a conduite à devenir matrone au poste de santé de son village, dans les années 80.

”En étant matrone, j’ai découvert des choses dangereuses liées à l’excision. C’est ce qui m’a fait prendre la décision d’arrêter mon métier d’exciseuse en 1992. C’est ainsi que j’ai mis en place une association regroupant des femmes ayant pratiqué et abandonné l’excision”, dit-elle.

Comme sa camarade du département de Ranérou, elle a aussi pris part à des déclarations d’abandon, dont la première en 1997, à Malicounda Bambara, dans le département de Mbour (ouest). Elle s’est également rendue à Ndiaffatte Socé, Madina Samba Kandé, Sinthiou Malem, Kidira, d’autres localités du sud et de l’est du pays.

Dans la région de Matam, c’est à Sédo Abass, dans la commune de Nabadji Civol, qu’elle s’est rendue en 2003 pour une déclaration, avant d’y retourner deux ans après.

Selon Dieynaba Kane, si les autorités veulent une éradication totale de ce fléau, elles doivent se rapprocher davantage de celles qui pratiquent encore l’excision.

La dame de 68 ans raconte qu’elle est allée dénicher toutes les femmes qui vivaient de cette pratique pour les réunir au sein d’une association dénommée ”Pellital”, pour les convaincre de tout arrêter.

Dans beaucoup de cas, ce sont les exciseuses elles-mêmes qui ont décidé d’arrêter “après avoir découvert que cela peut nuire à la vie des filles. Aujourd’hui, toute femme qui décide d’abandonner est la bienvenue au sein de notre association. Celle qui recommence s’exclue d’office de la structure”, confie celle qui a travaillé comme matrone de 1988 à 2022.

Elle rappelle avoir pratiqué l’excision parce que c’était ”une obligation et la tradition l’exigeait”, ajoutant qu’en prenant la décision d’abandonner, elle a fait face à des menaces et autres intimidations dans sa communauté.

AT/ADL/BK/MTN