SENEGAL-SOCIAL-PROFIL
Dakar, 30 avr (APS) – Figure majeure du syndicalisme sénégalais, Mademba Sock, décédé le 14 juin 2024 à Paris à l’âge de 65 ans, aura profondément marqué les grandes luttes sociales des années 1990.
Né en 1959, il forge son engagement dans un contexte de fortes tensions économiques, lié aux programmes d’ajustement structurel et aux réformes menées sous le régime socialiste.
À la tête du Syndicat unique des travailleurs de l’électricité (SUTELEC), solidement implanté à la SENELEC, il s’impose rapidement comme l’un des visages les plus visibles de la contestation sociale.
Dès ses débuts, Mademba Sock revendique une stricte autonomie syndicale vis-à-vis du pouvoir politique, rompant avec les logiques de collaboration alors en vigueur dans certaines centrales. Une posture qui le rend à la fois singulier et controversé.
Son combat contre la privatisation de la SENELEC le propulse sur le devant de la scène nationale, au prix d’affrontements avec les autorités et d’épisodes d’emprisonnement qui lui ont valu une popularité croissante.
Son nom reste indissociable de la crise énergétique et sociale de 1998. À la tête du SUTELEC, il initie une ‘’grève du zèle’’, consistant à ralentir les interventions techniques et à limiter les heures supplémentaires.
Le mouvement provoque de fortes perturbations dans la fourniture d’électricité, notamment à Dakar, et plonge le pays dans une tension inédite. Tandis que les autorités dénoncent un acte de ‘’sabotage’’, ses partisans y voient une riposte légitime face aux projets de privatisation.
Le 20 juillet 1998, il est arrêté avec 26 autres syndicalistes et placé sous mandat de dépôt. Après environ six mois de détention, il est libéré le 22 janvier 1999.
Cet épisode constitue un tournant : sa détention suscite une large mobilisation et fait de lui un symbole de résistance, au-delà du seul cadre syndical.
Muse de Youssou Ndour
La crise inspire également la chanson ‘’Boulen Couper’’ de Youssou Ndour, contribuant à populariser les délestages et à renforcer la notoriété du leader syndical.
Fort de cette visibilité, Mademba Sock se lance en politique. Candidat à l’élection présidentielle de 2000 sous la bannière du Rassemblement des travailleurs africains/Sénégal (RTA/S), il obtient 0,56% des suffrages et arrive en dernière position.
Malgré ce score, son action contribue à inscrire durablement dans le débat public les enjeux liés à la gouvernance du secteur électrique et aux conditions de vie des travailleurs, dans un contexte précédant la première alternance politique intervenue en 2000. Par la suite, il poursuit son engagement à la tête de l’Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (UNSAS), consolidant l’ancrage de cette centrale dans le paysage syndical.
Il occupe également plusieurs fonctions institutionnelles, notamment comme président du conseil d’administration de la Caisse de sécurité sociale (CSS), ainsi que dans des structures telles que l’IPRES – Institution de prévoyance retraite du Sénégal – et l’ASER, l’Agence sénégalaise d’électrification rurale.
Il préside aussi l’Organisation des travailleurs de l’Afrique de l’Ouest (OTAO), étendant son influence à l’échelle régionale.
À l’annonce de son décès en 2024, les hommages sont venus de partout pour saluer son rôle dans l’histoire du syndicalisme sénégalais.
Alioune Tine, fondateur d’Africa Jom Center, a ainsi évoqué ‘’une figure emblématique’’ dont les combats ’’s’inscrivent dans l’histoire politique du pays’’, notamment ceux de 1998.
Mody Guiro, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (UNTS), a de son côté rendu hommage à ‘’un leader de dimension internationale’’, engagé dans la défense des travailleurs.
Au-delà des controverses et des relations parfois tendues avec les autorités, Mademba Sock reste associé à une période charnière du syndicalisme sénégalais. Son action a contribué à renforcer l’autonomie du mouvement syndical et à placer durablement les questions sociales et énergétiques au cœur du débat public.
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