Iba Ndiaye Diadji, syndicaliste et penseur de l’art africain
Iba Ndiaye Diadji, syndicaliste et penseur de l’art africain

SENEGAL-SOCIAL-PROFIL

Dakar, 30 avr (APS) – Enseignant, critique d’art et figure majeure du syndicalisme sénégalais, Iba Ndiaye Diadji a conjugué engagement intellectuel et combat social tout au long de sa vie.

Né en 1950 à Saint-Louis, il s’impose comme l’un des visages les plus engagés du syndicalisme enseignant. Professeur d’esthétique à l’Université Cheikh Anta Diop, il lie très tôt sa carrière académique à la défense des conditions de travail et des droits des enseignants.

Acteur de premier plan du mouvement syndical, il dirige successivement le Syndicat unique et démocratique des enseignants du Sénégal (SUDES) et la Confédération des syndicats autonomes (CSA). 

L’homme s’est toujours fait remarquer par son franc-parler, sa rigueur intellectuelle et sa capacité de mobilisation, dans un contexte souvent marqué par des tensions avec les pouvoirs publics.

Au-delà des revendications corporatistes, Iba Ndiaye Diadji a porté une vision élargie du syndicalisme, qu’il concevait comme un instrument de transformation sociale, de justice et de consolidation démocratique. Cette approche lui a valu une reconnaissance qui dépasse largement le cadre du secteur éducatif.

Parallèlement à son parcours syndical, Iba Ndiaye Diadji a mené une carrière universitaire de premier plan. Titulaire d’une thèse de troisième cycle sur le théâtre africain (1978) et d’un doctorat d’État consacré à la critique d’art en Afrique (1998), il a développé une réflexion exigeante sur les esthétiques africaines, plaidant notamment pour une relecture des outils d’analyse hérités de l’Occident.

Il est l’auteur de plusieurs essais, dont “Créer l’art des Africains”, il travaillait également à un roman, “Mouchoir de femme”, au moment de sa disparition en 2013.

Engagé dans la promotion culturelle, il a contribué à des initiatives majeures comme la Biennale de l’art africain contemporain plus connu sous l’appellation de Dak’art, tout en analysant les mutations de l’art du continent à l’ère de la mondialisation et du numérique.

Il s’éteint brutalement le 10 novembre 2003 à Dakar, à l’âge de 53 ans, des suites d’un malaise cardiaque. Il laisse l’image d’un intellectuel rigoureux et d’un militant profondément engagé.

En 2013, dix ans après sa disparition, un colloque international lui a été consacré à Dakar pour saluer son héritage intellectuel et syndical. L’objectif de cette initiative, selon le germaniste Maguèye Kassé, était de “réactiver la flamme” qu’il incarnait.

Plus de vingt ans après  son décès, Iba Ndiaye Diadji demeure une référence du syndicalisme sénégalais, dont l’engagement continue d’inspirer les luttes pour les droits des travailleurs et la dignité des enseignants.

BAB/ABB/BK