L’humour sénégalais est devenu une pratique communicationnelle au quotidien, selon un universitaire
L’humour sénégalais est devenu une pratique communicationnelle au quotidien, selon un universitaire

SENEGAL-CULTURE-ENCADRE

Dakar, 17 nov (APS) – L’humour sénégalais, déjà présent dans la littérature à des fins pédagogiques, s’est s’est enrichi avec l’arrivée de nouveaux supports de communication et de grandes figures artistiques, au point de devenir aujourd’hui un mode d’expression courant, analyse El Hadj Abdoulaye Sall, spécialiste d’histoire et d’esthétique du théâtre.

Selon lui, depuis toujours, ‘’l’humour sénégalais n’a cessé de se développer et de se renouveler sur les supports médiatiques modernes et [par le biais du] théâtre radiophonique, porté par les grandes figures de ce milieu artistique’’. 

Le professeur Sall relève qu’à l’époque des pionniers de la littérature africaine, l’on pouvait retrouver dans leurs œuvres beaucoup de passages relevant de l’humour sous diverses formes et dans une vocation pédagogique, notamment dans ‘’La belle histoire de Leuk-le-lièvre’’ de Léopold Sédar Senghor et d’Abdoulaye Sadji, ou encore ‘’Les contes d’Amadou Koumba’’ de Birago Diop.

‘’Ensuite, ajoute-t-il, les dramaturges, comme Cheik Aliou Ndao, Thierno Bâ, Marouba Fall, etc., se sont appropriés l’humour pour en faire un des traits caractéristiques de leurs pièces. L’humour est également véhiculé dans les mises en scène théâtrales comme ‘’Poot-mi’’ de Jean-Pierre Leurs, etc.’’.

Il fait observer que cet art et procédé oratoire à la fois, qui remonte aux premières formes de récits humains, permet de corriger le ridicule de manière plaisante.

”En Afrique, il s’enracine dans les pratiques communicationnelles quotidiennes’’, poursuivit-il, citant l’exemple du cousinage à plaisanterie au Sénégal.

Le spécialiste d’histoire et d’esthétique du théâtre évoque en outre le concept wolof de ‘’mbalak’’ (raillerie, dérision), selon lui, ”très prégnant dans nos rapports sociaux”, soulignant que l’humour se retrouve aussi dans des adages populaires (leebu), les devinettes (thiakh), les contes (leeb), le xaxar (chant satirique accompagnas une épouse au domicile conjugal), le tassu (chanson saccadée s’apparentant au rap), le bakk (paroles et danse rituelle guerrière) et autres formes de théâtre traditionnel.

 

Des jeunes de la nouvelle génération, à la suite de leurs devanciers, tentent désormais d’assurer la relève, ‘’mais beaucoup d’entre eux l’utilisent moins bien dans les médias, réseaux sociaux ou spectacles de stand up, car confondant humour et singerie, raillerie et farce grotesque par l’usage de mots grossiers, d’injures, de références à caractère sexuel pour provoquer le rire’’, déplore l’universitaire.

Selon El Hadj Abdoulaye Sall, ‘’cet humour déplacé ne sied pas à des sociétés africaines caractérisées dans certains contextes par la pudeur et la retenue’’. 

”Malheureusement, une catégorie de public peu cultivé est férue de ces vulgarités. Ainsi, autant des comédiens ont besoin de formation de nos jours, autant le public a besoin d’éducation à la réception de l’art absent dans les programmes académiques’’, soutient-il.

AMN/FKS/BK/OID/ABB