SENEGAL-RELIGION-REPORTAGE
Daaka (Médina Gounass), 24 avr (APS) – De nombreux fidèles perpétuent cette année encore la tradition des travaux champêtres, une pratique séculaire instaurée bien avant la formalisation du Daaka par Thierno Mouhamadou Saïdou Ba (1900-1980), a constaté l’envoyé spécial de l’APS.
Depuis cette époque, les pèlerins animés par la même ferveur spirituelle, perpétuent la tradition à l’origine du Daaka, la culture des champs de leur guide religieux “Daawi Daaka’’ (travaux champêtres). Ils défrichent les champs de leur marabout lors de ce grand rassemblent religieux qui se déroule à dix kilomètres de la ville Médina Gounass.
Chaque jour, pendant toute la durée du Daaka, les fidèles se rendent dans les champs du marabout.
Après la prière de l’aube (Fajr), on rappelle aux fidèles le champ qui doit accueillir les fidèles.
Ils se donnent rendez-vous à côté de la grande tente, lieu de prière du Daaka. Munis de leur hache, coupe-coupe et d’autres matériels, ils montent à bord de camions, des cars de transport et autres véhicules personnels pour se rendre au champ.
Ce jeudi, le champ nommé “Jurorde”, de 4 hectares, était à l’honneur. Situé entre la ville de Médina Gounass et le Daaka, il a été ainsi nommé en hommage à l’une des filles de Thierno Mouhamadou Saïdou Ba (1900-1980).
Nommée Diouwoye Ba, elle est décédée sous un arbre de ce champ. Malade, revenant d’un autre champ exploité par son père, elle y a rendu l’âme avant d’arriver au village.
Elle est enterrée au cimetière de Médina Gounass, a dit Daha Moussa Ba, journaliste à Daakaa Fm, une station à vocation religieuse dont la majorité des programmes sont en pulaar, la langue dominante de la zone.
Un peu avant 14 heures, certains pèlerins se sont retrouvés sous cet arbre, le matériel posé à côté d’eux, écoutant attentivement le message de Thierno Mouhamadoul Habib Ba, l’imam de Fass, une localité du département de Koumpentoum, fondée par Thierno Mouhamadou Saïdou Ba, dans la région de Tambacounda (est).
Son père Amadou Tidiane Ba, originaire du village de Oréfondé, dans la région de Matam (nord), avait été installé par l’initiateur du Daaka.
Il participait aux travaux champêtres de son vivant, son fils perpétue encore aujourd’hui cette tradition en conduisant les fidèles qui désirent concilier foi et travaux du champ au profit de leur guide religieux.
Ils avaient fini de défricher ce champ en perspective de l’hivernage dont l’installation est plus précoce dans cette partie orientale du Sénégal.
Les rafles de maïs, après pilage, jonchent le sol. Dans certaines parties, les tiges jaunies par le soleil sont également visibles. On devine aisément que le maïs avait été cultivé sur cet espace agricole.
“Daawi Daaka”, une tradition bien antérieure au Daaka
Aussi, la présence des bouses de vaches laisse penser au parquage des animaux, une méthode ancestrale de fertilisation naturelle des sols.
La nature ayant repris son cours normal, les arbustes avaient repoussé dans le champ.
Les fidèles, armés de leurs haches et autres instruments ont débroussaillé, coupant par-ci de grands arbres, par-là des arbustes, l’objectif étant de rendre le champ disponible pour les semis dès la première tombée de la pluie.
A la fin des travaux, certains disciples ont regagné leurs véhicules, pendant que d’autres, réunis sous l’arbre où la fille de Thierno Mouhamadou est décédée, écoutent attentivement le responsable des travaux agricoles.
Issa Diallo et Mamadou Woury, deux fidèles venus respectivement de Ogo (nord) et de Niaoulingtanou (est), sont assis à l’arrière d’un camion, en train d’attendre tranquillement avec d’autres, le signal du responsable des travaux pour regagner leur Daaka. Ils viennent régulièrement prendre part à ce grand rassemblement religieux et aux travaux champêtres pour le marabout.
Issa Diallo perpétue cette tradition depuis 2003, année de sa première participation au Daaka, tandis que Mamadou Woury Diallo travaille dans les champs du marabout, en dehors de cette retraite spirituelle. Diallo fait part de la force spirituelle qui l’habite quand il se rend dans les champs, lui procurant une envie d’y retourner tous les jours.
Thierno Mouhamadoul Habib Ba, l’imam de Fass, rappelle, entouré de fidèles, les origines de cette tradition bien établie. Leurs parents venaient cultiver les champs du marabout, écouter ses messages et recevoir en retour ses bénédictions, avant que le Daaka ne soit organisé sous sa forme actuelle.
“Rien n’a changé depuis Thierno Mouhamadou Saïdou Ba. Les travaux champêtres sont antérieurs au Daaka. Nos parents venaient cultiver ses champs. Le marabout les rejoignait à la fin des travaux pour prier, prodiguer des conseils et donner des bénédictions aux fidèles”, a dit le guide religieux.

Selon lui, les fidèles en sortent renforcés sur le plan spirituel et moral, et c’est à partir de là que d’autres ont suivi leur exemple jusqu’à ce qu’ils demandent à Thierno Mouhamadou Saïdou Ba de pérenniser cette tradition.
Il exhorte la jeune génération à suivre l’exemple de leurs parents qui, en venant cultiver les champs de leur guide religieux, étaient animés par la seule volonté de renforcer leur foi
ASB/SBS/BK

