Les séniors, témoins de l’évolution du Grand Magal de Touba
Les séniors, témoins de l’évolution du Grand Magal de Touba

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Touba, 2 août (APS) – Les disciples d’âge avancé, pouvant être aujourd’hui considérés comme des seniors dans la confrérie mouride, tentent de mesurer, à force de souvenirs encore vivaces, l’évolution qualitative de l’organisation du grand Magal de Touba.

En Afrique, lorsqu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. Ce proverbe attribué au sage et écrivain malien, Amadou Hampâthé Ba garde encore tout son sens. Quoi de plus rassurant alors de constater qu’en dépit du poids de l’âge, des milliers de disciples, continuent chaque année de tenir la promesse de ne manquer sous aucun prétexte, la commémoration du départ en exil du fondateur de la confrérie mouride, Cheikh Ahmadou Bamba.

Cette fidélité au rendez-vous, qui constitue une preuve manifeste de leur foi et de leur attachement indicible au fondateur de la cité religieuse de Touba les classe parmi les témoins privilégiés de l’évolution de l’organisation de l’évènement. En ce dimanche 2 août 2026, jour de la célébration de la 132e édition du grand Magal, leur présence en nombre est autant visible qu’elle fascine.

A l’ombre des arbres ou devant les concessions, ces seniors, chapelets à la main, Coran ou Khassaïdes (écrits de Cheikh Ahmadou Bamba), bien en exergue, contemplent le flot ininterrompu de fidèles vers la Grande mosquée de Touba.

Leurs récits ravivent la mémoire d’un autre Touba. Pour se rendre au Magal, il fallait affronter les longues traversées de chemins escarpés pour accomplir un pèlerinage organisé avec peu de moyens. En cela, les vieux mourides sont les témoins vivants et actifs de l’histoire d’une célébration qui s’est transformée au fil des décennies tout en gardant son fondement spirituel. Aladji Abdoulaï en fait partie. Le pèlerin venu de la Gambie dit grader encore en mémoire sa première venue à Touba en 1970 pour prendre part au Magal.

 

‘’Mon premier Magal remonte à cette époque. Nous parcourions une bonne partie du trajet dans des camions bondés et il nous arrivait de terminer le voyage en charrette. C’était long, parfois éprouvant, mais personne ne s’en plaignait. Nous venions avec la même foi et la même détermination‘’, raconte ce sexagénaire rencontré non loin de la grande mosquée de Touba.

Attirés par les échanges avec le pèlerin gambien, d’autres séniors n’ont pas hésité à enrichir le débat en évoquant les récits et souvenirs des épreuves vécues par le passé pour rallier la cité religieuse. Originaire du Baol, Gorgui Ndiaye affirme avoir traversé différentes étapes de l’histoire du mouridisme, depuis le khalifat de Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké, fils année de Cheikh Ahmadou Bamba, jusqu’à celui de l’actuel guide de la confrérie, Serigne Mountakha Mbacké.

Les séniors, témoins de l’évolution du Grand Magal de Touba

‘’Par la grâce d’Allah, j’ai tout vécu ici, depuis Serigne Mouhamadou Moustapha jusqu’à l’actuel khalife général des mourides ‘’, confie-t-il dans un sourire, ponctué de quelques quintes de toux.

Il estime que son âge avancé et son état de santé ne lui permettent plus de s’exprimer longuement devant les médias. Les témoignages les replongent dans époque où les routes étaient rares, l’approvisionnement en eau difficile et l’éclairage public limité.

 

‘’Aujourd’hui, les conditions ont complètement changé. Les routes sont meilleures, les services se sont développés, l’organisation est remarquable et l’esprit du Magal est resté le même grâce à Allah‘’, estime Moustapha Babou, octogénaire venu de Kaolack.

L’évolution perceptible dans les conditions d’accueil

Selon lui, Touba s’est progressivement agrandie pour accueillir l’afflux croissant de pèlerins. ‘’Les quartiers se sont développés, les capacités d’hébergement se sont accrues et les dispositifs de santé, de sécurité, d’approvisionnement en eau et d’assainissement ont été renforcés, malgré les défis qui restent à relever ‘’, se réjouit-il.

Pour Sokhna Isseu Dieng, qui participe au Grand Magal depuis plus de quarante ans, l’évolution est perceptible jusque dans les conditions d’accueil. ‘’Les maisons ont toujours été ouvertes aux fidèles. Aujourd’hui, elles reçoivent davantage de monde grâce à une meilleure organisation, et la générosité est restée intacte‘’, souligne-t-elle.

Elle note également les changements apportés par les nouvelles technologies. ‘’Autrefois, une fois arrivés à Touba, nos familles pouvaient rester plusieurs jours sans avoir de nos nouvelles. Aujourd’hui, un simple appel téléphonique ou une photo suffit à les rassurer‘’, explique-t-elle.

Marqués par les évolutions, les anciens insistent sur la permanence des valeurs qui fondent le Grand Magal. Les récitals de Khassaïdes, les séances de lectures du Coran, les conférences religieuses, les cuisines communautaires et l’hospitalité demeurent, selon eux, les expressions les plus visibles de l’héritage légué par Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur du mouridisme.

‘’Chaque édition apporte des innovations, mais les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba restent au cœur de cette célébration‘’, affirme pour sa part Serigne Khabane Niang, responsable de dahira (association religieuse).

L’intérêt que les disciples d’âge avancé portent sur l’évocation des souvenirs finit par susciter la curiosité de certains jeunes pèlerins qui finissement par accorder une attention particulière aux échanges. Imaginant sans doute à travers les récits les longues marches vers Touba, les nuits passées à la belle étoile et les repas préparés certes avec des moyens limités, mais toujours partagés dans un esprit de solidarité.

L’essentiel ne réside pas dans les progrès matériels et l’opulence

Ces vieux disciples racontent l’histoire d’une cité religieuse qui s’est adaptée, année après année, à une fréquentation toujours plus importante. ‘’L’œuvre de Serigne Touba ne cessent de progresser. Elle ne connait ni recul ni marche arrière‘’, s’exclame Moda Niass, vieil homme à la mobilité réduite, rattrapé par le poids des années.
Les séniors, témoins de l’évolution du Grand Magal de Touba

Malgré les défis liés à l’accueil de plusieurs centaines de milliers de pèlerins, les infrastructures continuent de se moderniser à Touba, tandis que les services publics renforcent progressivement leurs capacités à répondre aux exigences de ce grand rassemblement religieux.

Pour ces habitués du Magal, cependant, l’essentiel ne réside pas dans ces progrès matériels. ‘’Ce qui nous ramène ici chaque année, ce n’est pas ce qui a changé. C’est cette paix intérieure, cette fraternité et cette communion que nous retrouvons depuis des décennies ‘’, confie Baye Modou Thiam, rencontré au quartier 28, qui participe cette année à son 51e Magal.

‘’Je suis venu pour le Magal en 1976 avec mon oncle, le canal par lequel j’ai découvert et aimé Touba et le mouridisme. Depuis je suis resté fidèle, jusqu’à souhaiter que ma vie s’achève et que mon enterrement ait lieu dans la ville sainte’’, ajoute-t-il.

À travers leurs récits, ces hommes et ces femmes transmettent bien plus que de simples souvenirs.  Ils perpétuent la mémoire d’un pèlerinage qui a accompagné les mutations de Touba tout en préservant son identité profonde.

Derrière les infrastructures modernes et les foules toujours plus nombreuses demeure, selon eux, l’essentiel : la célébration de la foi, de la transmission et du legs spirituel de Cheikh Ahmadou Bamba, porté de génération en génération.

AN/ASB/AKS