SENEGAL-MUSIQUE-PERSPECTIVES
Dakar, 5 août (APS) – Longtemps considérés comme des espaces exclusivement réservés aux rencontres et discussions, les réseaux sociaux sont de plus en plus utilisés par les artistes pour trouver des opportunités réelles, gagner en influence, en popularité et communiquer plus facilement avec une cible jeune fortement présente dans ces plateformes numériques.
Les réseaux sociaux comme YouTube, Tiktok, Instagram, Facebook, les plus populaires chez les jeunes ont radicalement transformé l’économie de l’art et la gestion de carrière des artistes, même si des voix s’élèvent de plus en plus pour demander aux pouvoirs publics sénégalais, d’œuvrer pour la mise en place d’un système de monétisation des contenus.
Des musiciens sénégalais interrogés par l’APS ne cachent pas leur nouveau engouement pour ces plateformes numériques d’échange d’informations et de partage de contenus, offrant aux artistes locaux une vitrine mondiale.

Trouvé à la maison des cultures urbaines de Ouakam, le rappeur Mamadou Guissé dit ‘’Limof Undacova’’ de Ziguinchor, démontre l’influence du réseau social ‘’Facebook’’ sur les artistes.
Selon lui, ‘’(…) l’artiste (qui) avait des contenus de photos, vidéos, sons, pouvait désormais les publier grâce à Facebook”. Sous ce même registre, a-t-il poursuivi, le streaming, une technique qui permet d’écouter de la musique ou de regarder des vidéos sur Internet et Tik Tok, une plateforme sociale de partage de courtes vidéos de musique, sont arrivés plus récemment sur le marché.
Pour le rappeur, les artistes doivent profiter de ces réseaux ‘’pour gagner en influence, en popularité et en visibilité’’.
Il a déclaré avoir distribué son dernier album intitulé +Contro-vers-ce+ sur différentes plateformes numériques, dont +JokoTex+. ”L’album a pris aussi de la valeur sur le plan continental, grâce au streaming’’, ajoute l’artiste, affirmant que ces réseaux permettent aux artistes d’être visibles, non seulement sur le plan national, mais également à l’échelle internationale.
‘’ (…) Un artiste débutant, peut avoir de l’influence sur Instagram, TikTok, avec ses clips vidéos, alors que cela était impossible avant l’avènement des réseaux sociaux’’, a relevé M. Guissé.
L’artiste précise que les réseaux sociaux ne sont pas seulement des canaux servant à faire passer des messages ou des produits. ”Ils facilitent également aux mélomanes, l’accès à certains morceaux de musique ou à l’intégralité d’un album”, a-t-il souligné.

”Limof Undacova” insiste toutefois sur le fait que l’artiste doit garder son authenticité lorsqu’il utilise les réseaux sociaux. ”L”artiste ne devrait pas être influencé par les réseaux sociaux, mais plutôt travailler pour emmener les mélomanes à aimer et à consommer sa musique’’, explique-t-il.
Tous les artistes ne bénéficient pas des opportunités offertes par les réseaux sociaux
Mamadou Ngom, connu sous le nom d’artiste, MC Mo, estime, pour sa part, qu’en matière d’industrie musicale, ”les réseaux sociaux jouent un rôle très important notamment dans la création et la diffusion”.
Le rappeur et directeur de ‘’Festi village’’, estime que les réseaux sociaux sont ‘’indispensables’’ pour les artistes. Ils offrent ‘’une plateforme importante de communication et de diffusion’’, a–t-il souligné, en expliquant que ”les productions musicales ne se vendent plus physiquement car tout est digitalisé”.
”On ne peut plus parler de la musique actuelle sans parler des réseaux sociaux du fait de la digitalisation’’, a-t-il encore dit, insistant sur ”le rôle central des réseaux sociaux dans l’industrie musicale’”.
Le rappeur déplore toutefois le fait que tous les artistes sénégalais ne bénéficient pas encore des opportunités offertes par les réseaux sociaux.
‘’Sur le plan économique, plusieurs artistes du Sénégal peinent à gagner leur vie avec les réseaux sociaux, comme dans les pays européens ou américains”, a-t-il rapporté, soulignant, que pour y arriver, ”il faut mettre en place des stratégies digitales”.
Il a invité les artistes à mettre en place ”des stratégies digitales professionnelles afin de bénéficier des retombées économiques offertes par les réseaux sociaux” .
Mamadou Ngom dit être d’avis que ‘’la musique reste un secteur à ne pas négliger, où il y a 60 à 65% des jeunes’’, appelant les pouvoirs publics à en faire une véritable industrie culturelle.
Lauréate de la dernière compétition ‘’Dame Hip Hop’’, organisée par ‘’Impact Sénégal’’, Fatou Gueye dit ‘’Fazaho’’, juge également, ‘’positif” l’apport des réseaux sociaux en faveur de la musique sénégalaise.
L’étudiante en licence 2 Multimédia, internet et communication à l’université numérique Cheikh Hamidou Kane, soutient que les réseaux sociaux facilitent la tâche aux artistes.

‘’Grâce aux réseaux sociaux, on n’a plus besoin de faire de grands efforts pour promouvoir notre œuvre. Les jeunes sont tous actuellement connectés et cela facilite notre travail en tant qu’artiste’’, a-t-elle dit, tout en se félicitant de l’interaction qu’elle entretient avec ses followers.
Miser sur le système de monétisation des contenus d’œuvres musicales
Fatou Gueye dite ‘’Fazaho’’ invite néanmoins les artistes à ne pas se laisser influencer par des fans ou les réseaux sociaux dans leur créativité.
‘’Moi qui suis une rappeuse engagée, j’oriente mes sons au fonctionnement du pays, aux situations difficiles comme les pandémies, aux sujets sur la femme et surtout sur la jeunesse. Donc, il m’est difficile de me laisser influencer ou de m’orienter dans d’autres genres que le rap, à cause d’une certaine influence des réseaux sociaux’’, a-t-elle fait savoir.
A Dakar, à l’occasion du festival ‘’Urban Noise’’, l’artiste rappeur d’origine sénégalaise Aliou Dieng, évoluant à Londres (Royaume-Uni), estime que les réseaux sociaux sont un trait d’union entre les artistes de la diaspora et leurs fans au Sénégal.

Aliou Dieng, plus connu sous le nom de scène, ”Balvada”, ajoute que ‘’les réseaux sociaux permettent d’être en communion avec le public resté au pays’’.
Comparant les artistes européens ou américains aux artistes africains, il a invité les autorités du Sénégal à travailler pour développer un système de monétisation des contenus depuis le Sénégal afin de permettre aux artistes de mieux vivre de leur art.
‘’Ici, les gens mettent leurs clips sur TikTok par exemple, et ne gagnent rien. Cela ne les rend pas riches, parce que le système de monétisation n’est pas mis en place au Sénégal, contrairement en Europe (…) ’’, a fait remarquer Balvada.

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