Les khassaïdes de Cheikh Ahmadou Bamba, une œuvre tout entière au service de l’éducation spirituelle
Les khassaïdes de Cheikh Ahmadou Bamba, une œuvre tout entière au service de l’éducation spirituelle

SENEGAL-RELIGION-PATRIMOINE

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Dakar, 29 juil (APS) – Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur du mouridisme, a laissé un vaste corpus de khassaïdes, poèmes en arabe classique composés au fil de son parcours, de Touba au Gabon où il a vécu en exil, révélant la cohérence d’une œuvre tout entière au service de l’éducation spirituelle.

Parmi ces khassaïdes, certaines occupent une place à part dans la mémoire collective, portées par un récit fondateur, une pratique rituelle vivante ou la reconnaissance unanime des érudits de la confrérie.

“Asiiru ma’al-Abraari” reste sans doute la plus célèbre par son histoire. Composée à Saint-Louis à la veille de son exil de 1895, elle s’ouvre sur des vers restés dans toutes les mémoires : “Je marche avec les vertueux lorsque je chemine, alors que mes ennemis pensent que je suis prisonnier”.

Le Cheikh y annonça à son disciple El Hadji Ahmadou Ndiaye Mabéy son retour sain et sauf, prophétie accomplie sept ans plus tard, ce qui en fait l’une des plus grandes manifestations miraculeuses de sa vie.

“Jazbul-Xuluub” et “Mawaahibu an-Naafihi” doivent leur notoriété à une pratique toujours vivante : recommandées par le Cheikh lui-même, elles sont récitées chaque année dans la nuit du Maouloud à travers les foyers mourides, perpétuant l’éloge du Prophète, de sa biographie et de ses miracles.

Deux autres œuvres sont explicitement désignées par les spécialistes du patrimoine khadimien comme des sommets du corpus : “Mafâtîhu l-Bichr”, longue composition de 374 vers réunissant pureté de la croyance et amour du Prophète, et “Jālibatoul-Marāghib”, considérée comme l’un des joyaux les plus célèbres de l’héritage poétique du Cheikh, composée durant son exil au Gabon puis parachevée en Mauritanie.

Enfin “Mughaddamou Amdaahi” est salué comme un véritable chef-d’œuvre littéraire : chacun de ses seize vers commence et se termine par la même lettre, une prouesse rare qui en fait l’un des panégyriques les plus admirés du Cheikh.

D’autres qasidas, consacrées à l’éducation morale ou à l’invocation dans l’épreuve, complètent ce patrimoine sans bénéficier de la même notoriété.

Mais ce sont ces textes-là, transmis, récités et commentés de génération en génération, qui incarnent aujourd’hui le mieux la place centrale des khassaïdes dans la spiritualité mouride.

“Jazbul-Xuluub”, “Mafâtîhu l-Bichr”, “Nuuruu ad-Daarayni” et “Muqaddimatu al-Xidma” célèbrent la biographie, les miracles et les qualités du Prophète (PSL). Composés à des périodes diverses – Touba, retour d’exil, résidence surveillée de Diourbel -, ils enseignent l’amour prophétique comme voie privilégiée vers Dieu.

Les œuvres “Masaaliku al-Jinan”, “Tazawwudu as-Shubbān”, “Mounawwiru-Ṣuduur” et “Nahju Qadâil Hâjd” versifient les sciences fondamentales de l’islam — tawhid, fiqh, tasawwuf — et l’éthique du comportement quotidien. Nourries des œuvres d’al-Ghazali et d’érudits mauritaniens, elles furent souvent composées ou révisées durant les longues retraites du Cheikh, comme instrument de perfectionnement de l’âme et de transmission directe à ses disciples.

Les invocations nées de l’épreuve se retrouvent dans des qasidas comme “Matlaboul-Fawzayni”, “Wa Kaana ḥaqqan”, “Matlaboul-Shifâ”, “Jaawartu Allāh” et “Wa Laqad Karramnâ” qui sont des supplications composées dans des moments de grande tension : fondation de Touba, veille d’exil, maladie, instabilité au Sahara. Elles portent toutes le même message : la confiance absolue en Dieu et la conviction que l’épreuve elle-même porte en germe la délivrance, comme le rappelle la prophétie d'”Asiiru ma’al-Abraari”.

AUT : MF/OID/BK