Le traumatisme post-migratoire, une réalité pour de nombreuses femmes (experte)
Le traumatisme post-migratoire, une réalité pour de nombreuses femmes (experte)

SENEGAL-MIGRATIONS-GENRE

Dakar, 16 déc (APS) – Les difficultés liées à la migration peuvent avoir un impact considérable sur la santé mentale, des femmes et des enfants en particulier, généralement les plus vulnérables à certaines pathologies comme le trouble de stress post-traumatique (TSPT), a soutenu l’ancienne ministre des Sénégalais de l’extérieur, Ngoné Ndoye.

“Le voyage est souvent la phase la plus traumatisante. Les femmes vivent des expériences qui bouleversent durablement leur santé mentale. De la préparation du voyage à la décision de partir, en passant par un chapelet d’agressions déshumanisantes entraînant un stress post-traumatique sévère alliant honte, culpabilité et perte d’estime de soi”, a-t-elle indiqué.

Dans un entretien accordé à l’APS, en prélude de la célébration de la Journée nationale de la diaspora ce mercredi, elle a souligné que beaucoup de femmes migrantes portent dès le départ des “fragilités psychologiques”, notamment liées à leur contexte d’origine.

Les violences qu’elles subissent “créent un terrain de stress, d’anxiété et de sentiment de perte de contrôle avant même le départ, ces facteurs augmentent la vulnérabilité émotionnelle”, a-t-elle expliqué.

Il y a également que les conditions de voyage extrêmes (faim, déshydratation, maladies, traversée du désert ou de la mer, perte ou abandon de compagnons de route, exposition quotidienne à la mort) créent des crises d’anxiété aiguë, attaques de panique, insomnies, selon Ngoné Ndoye.

“Une fois arrivée dans le pays d’accueil, le stress continue. La peur d’être expulsée, les procédures complexes et la peur de la détention administrative pourraient déclencher des troubles anxieux chroniques”, a relevé Mme Ndoye, par ailleurs fondatrice et présidente de Femmes Enfants migrations et développement communautaire (FEMIDEC).

“Une meilleure intégration de la dimension genre dans les politiques migratoires”

Selon l’ancienne ministre, les raisons qui poussent les femmes à migrer sont multiples et concernent ”des facteurs socio-culturels tenaces, car les normes sociales sont très rigides et limitent pour beaucoup l’épanouissement, sinon l’oppression des femmes”.

Ngoné Ndoye estime que ces femmes “ont toujours été celles qui portent la famille, sans être forcément perçues comme ‘cheffe de famille’. C’est de leur solitude à assumer cette tâche, et du stoïcisme qui le caractérise, que leur besoin de migrer, pour soutenir financièrement la famille est né”.

L’ancienne ministre rappelle que son organisation FEMIDEC vise à contribuer à une meilleure intégration de la dimension genre dans les politiques migratoires, afin d’apporter des réponses appropriées aux besoins spécifiques des femmes ainsi que de leurs enfants, émigrés et immigrés, de faciliter leur protection contre toutes formes d’exploitation et d’œuvrer pour leur protection sanitaire, économique et sociale.

“Les protocoles de la CEDEAO ouvrent certes la mobilité, mais les Etats n’ont pas toujours de services sociaux suffisants, de mécanismes de protection opérationnels pour les femmes et les enfants, sauf le Service Social International Afrique de l’Ouest (SSI-AO), présent partout, d’après Ngoné Ndoye.

Pour les traumatismes post-migratoires, le manque de soutien social et les barrières linguistiques/ culturelles dans l’accès aux soins de santé mentale surtout dans les pays d’accueil sont des facteurs aggravants qui perpétuent le TSPT et ses impacts à long terme.

Ainsi la présidente de FEMIDEC appelle les  décideurs politiques à sécuriser les parcours et les lieux d’accueil, en mettant en place des espaces sûrs dédiés, mais aussi en renforçant la présence de personnels formés (santé, social, police), et en instaurant des dispositifs de signalement accessibles dans leur langue.

 Elle a notamment insisté sur l’importance d’offrir des hébergements dignes non saturés, de réduire l’incertitude administrative et de soutenir l’autonomie des femmes (apprentissage linguistique, insertion professionnelle).

MF/BK