Le Sénégal veut faire du domaine spatial un levier stratégique de sécurité (ministre)
Le Sénégal veut faire du domaine spatial un levier stratégique de sécurité (ministre)

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Dakar, 19 mai (APS) – La maîtrise des capacités spatiales représente désormais un enjeu majeur de souveraineté et de sécurité nationale, a déclaré, mardi, à Dakar, le ministre des Forces armées, Birame Diop, estimant que les nouveaux rapports de puissance mondiaux se construisent de plus en plus autour de l’accès aux technologies stratégiques et des capacités d’anticipation.

Venu présider, au nom du chef de l’État Bassirou Diomaye Faye, la cérémonie d’ouverture de la deuxième édition du “Sénégal Space Week”, qui se poursuit jusqu’à vendredi, le général Diop a notamment replacé les ambitions spatiales sénégalaises dans une perspective historique des grandes dynamiques de puissance.

“L’histoire des civilisations est intimement liée à la maîtrise des grands espaces stratégiques. Les peuples qui ont dominé les mers ont dominé les échanges. Les nations qui ont maîtrisé l’industrie ont dominé les économies”, a-t-il déclaré, en faisant le parallèle avec les nouvelles formes de compétition internationale caractérisant actuellement le monde.

Selon lui, l’espace est devenu “la nouvelle frontière de la puissance”, dépassant largement “le cadre scientifique pour s’imposer comme un domaine de souveraineté, un instrument d’anticipation stratégique et un outil de sécurisation des intérêts nationaux”.

Le ministre des Forces armées a souligné qu’à l’heure actuelle, la rivalité entre États ne se limite plus aux espaces terrestres, maritimes et aériens, mais se déploie également dans les données, l’intelligence artificielle, la maîtrise des infrastructures critiques et les capacités d’observation et d’analyse.

“La compétition mondiale se joue désormais dans l’espace, dans les données, dans l’intelligence artificielle, dans la capacité à observer, comprendre et anticiper”, a-t-il insisté.

Le Sénégal est identifié comme un acteur émergent et crédible du paysage spatial

La rencontre, axée sur le thème de la géointelligence, de la sécurité et de la défense, avec un focus sur les applications spatiales au service de la sécurisation des territoires, réunit des responsables d’agences spatiales, des chercheurs, industriels et universitaires venus d’Afrique, d’Europe, d’Asie, du Moyen-Orient et des Amériques.

Selon le ministre des Forces armées, cette mobilisation internationale traduit une évolution du positionnement du pays sur l’échiquier continental et mondial, parlant d’une “réalité incontestable” faisant que “le Sénégal est désormais identifié comme un acteur émergent et crédible du paysage spatial”.

Le ministre a salué le travail accompli par les équipes de l’Agence sénégalaise d’études spatiales ainsi que celui des partenaires mobilisés pour l’organisation de cette rencontre.

Revenant sur les implications sécuritaires du secteur, il a insisté sur le rôle croissant de la géointelligence dans les politiques publiques et les dispositifs de défense.

“Celui qui maîtrise la donnée géospatiale maîtrise l’information stratégique, la connaissance du territoire, la surveillance des ressources, la sécurité des populations et la capacité de décision”, a-t-il soutenu, estimant que la résilience des États dépendra de plus en plus de leur capacité à produire et exploiter leurs propres données.

Le général Diop a aussi insisté sur l’ambition sénégalaise de devenir une nation spatiale comme un choix stratégique de long terme.

Le Sénégal veut faire du domaine spatial un levier stratégique de sécurité (ministre)

Selon lui, “le Sénégal a progressivement construit les bases de sa politique géospatiale à travers le développement des infrastructures nationales de données spatiales et le renforcement des capacités de télédétection, avant de franchir une étape historique décisive avec la création de l’Agence sénégalaise d’études spatiales”.

Cette orientation, a-t-il conclu, traduit une conviction plus large concernant le continent africain et selon laquelle “l’Afrique ne peut rester durablement dépendante pour l’accès aux technologies stratégiques du futur et doit investir dans ses propres infrastructures, former ses talents et développer ses propres solutions”.

La jeunesse, “notre plus grande force […] pour inventer l’Afrique technologique de demain”

Sous l’égide de l’ASES, “le Sénégal a réalisé des avancées historiques majeures en renforçant sa présence dans les grandes initiatives spatiales internationales”, s’est encore réjoui le ministre.

Il faisait notamment allusion aux accords Artemis (NASA), marquant ainsi son adhésion aux principes internationaux de coopération pacifique, de gouvernance responsable et d’exploration durable de l’espace.

Les accords Artemis, mis en place en 2017 encadrent la coopération internationale pour l’exploration spatiale. Ils visent essentiellement à fournir un ensemble de principes communs pour améliorer la gouvernance de l’exploration et de l’utilisation civiles de l’espace extra-atmosphérique.

“Notre pays a également signé la charte Space Climate Observatory (SCO), relative à la coopération spatiale internationale pour le climat et la gestion de la santé, ses partenariats stratégiques dans le domaine des sciences et technologies spatiales”, a-t-il rappelé.

Le ministre des Forces armées s’est aussi félicité de l’implication du Sénégal “dans les discussions internationales autour des futurs programmes de recherche orbitale et lunaire”.

Il a par ailleurs salué “la qualité remarquable” de la collaboration stratégique entre l’Agence sénégalaise d’études spatiales et l’état-major général des armées, qui traduit la vision du Sénégal d’inscrire pleinement le spatial au cœur de sa doctrine de souveraineté et de sécurité nationale.

Le Sénégal veut faire du domaine spatial un levier stratégique de sécurité (ministre)

“Cette coopération exemplaire a permis d’engager une dynamique ambitieuse autour de la co-construction d’une constellation souveraine de satellites dédiée à la sécurisation de nos frontières terrestres et à la surveillance maritime de nos espaces stratégiques, notamment dans le golfe de Guinée et notre façade atlantique”, a-t-il magnifié.

Le général Birame Diop a également insisté sur la nécessité de donner les compétences, les infrastructures, les laboratoires, les financements et les perspectives nécessaires à “notre jeunesse qui constitue notre plus grande force […] pour inventer l’Afrique technologique de demain”.

“Les métiers émergents liés à l’intelligence artificielle, à la cybersécurité, au traitement des données satellitaires, à la robotique, à l’ingénierie spatiale et au système autonome constitueront demain une part essentielle de l’économie mondiale du savoir”, a-t-il martelé, ajoutant que “le Sénégal entend préparer sa jeunesse à cette transformation”.

SMD/HK/BK