Le “riti”, violon traditionnel peul en quête d’un second souffle au Fouladou
Le “riti”, violon traditionnel peul en quête d’un second souffle au Fouladou

SENEGAL-CULTURE-PATRIMOINE

Kolda, 23 juin (APS) – Le ”riti” ou ”ñañeru”, violon traditionnel emblématique de la communauté peule, se fait désormais rare dans les grandes cérémonies et activités culturelles de la région de Kolda (sud). Cet instrument était pourtant au cœur des récits épiques et manifestations populaires d’autrefois.

En raison du désintéressement de la nouvelle génération, de la rareté des maîtres artisans et de la concurrence des musiques urbaines, cet instrument emblématique du patrimoine peul tombe lentement mais inexorablement dans l’oubli dans le Fouladou.

Dans les rues de Kolda, le constat est partagé par de nombreux acteurs culturels, qui s’inquiètent de voir disparaître un symbole identitaire et plaident pour des initiatives de sauvegarde.

Le son strident et mélancolique du violon traditionnel, jadis au cœur des récits épiques et des célébrations populaires, se fait de plus en plus rare. Même lors de grandes cérémonies et activités culturelles, à l’image de la fête de la musique.

”C’est un véritable cri d’alarme qu’il faut lancer face à la disparition progressive du riti au Fouladou”, a confié à l’APS Aliou Mballo.

Les jeunes musiciens de la région se tournent désormais massivement vers les logiciels assistés par ordinateur et les instruments modernes, souvent diffusés par les chaînes musicales, délaissant l’apprentissage rigoureux du violon traditionnel, a-t-il expliqué.

Cette rupture dans la transmission intergénérationnelle constitue la principale menace pour la survie de l’instrument. Contrairement à d’autres instruments africains, à l’image du balafon qui a su se moderniser et séduire de nouveaux publics, le violon peine à trouver des ambassadeurs parmi une jeunesse désormais tournée vers la culture urbaine.

La rareté des maîtres luthiers, l’autre goulot d’étranglement

Au-delà de la pratique musicale, c’est aussi le savoir-faire artisanal lié à la fabrication du ”riti” qui s’éteint avec la disparition des virtuoses tels que Bobo Baldé ou Mamadiyel.

Les fabricants de ce violon traditionnel, souvent des anciens, utilisaient des matériaux locaux spécifiques – bois excavé, peau de lézard ou de chèvre, crins de cheval – pour donner vie à l’instrument.

”Fabriquer un violon traditionnel demande une précision et une connaissance des matériaux que peu de jeunes ont aujourd’hui la patience d’acquérir”, déplore Sissao, un violoniste qui tente de perpétuer l’œuvre de son défunt maître Mamadiyel.

Face à ce déclin silencieux, des voix s’élèvent dans le Fouladou pour réclamer des actions concrètes de sauvegarde.

Parmi les propositions émergentes, il y a l’introduction de l’apprentissage des instruments locaux dans les structures éducatives régionales, ou encore la création d’un festival spécifiquement dédié aux cordes traditionnelles à Kolda.

Pour les défenseurs du patrimoine culturel du Fouladou, redonner vie au violon traditionnel n’est pas une simple démarche nostalgique, mais une nécessité absolue pour préserver l’identité culturelle et la mémoire historique du Fouladou.

Malgré l’absence de cet instrument lors la fête de la musique, les artistes ont rivalisé de talent sur la scène du centre culturel régional de Kolda, où la célébration du 21 juin a montré que la passion musicale demeure vivace, même si le ”riti” peine à se faire entendre.

MG/ASB/BK