SENEGAL-COMMERCE-REPORTAGE
Par Mame Fatou Diouf
Dakar, 26 fév (APS) – De Rufisque à Gibraltar, les marchés de quartiers et les magasins des enseignes commerciales grouillent de monde. Une forte propension aux achats s’est emparée des ménages en cette période de ramadan. Les produits alimentaires et la vaisselle sont les marchandises les plus en vue. Certains articles vestimentaires, dont les djellabas, font fureur. Ramadan rime avec changement de régime alimentaire et une certaine façon de s’habiller.
Au marché central de Rufisque, des étals sont alignés à perte de vue. Les vendeurs de légumes et de vêtements rivalisent d’ardeur pour attirer la clientèle. Certains crient à tue-tête pour captiver l’attention des clients. D’autres utilisent des haut-parleurs.
‘’Des djellabas pour enfants à 500 francs CFA l’unité, des foulards à 200 francs l’unité’’, lancent des fripiers au milieu de la foule, s’exprimant en wolof. Des commerçants proposent des tas de poissons à la clientèle composée majoritairement de femmes, qui se frayent un chemin au milieu des étals.
Ici, la vaisselle se vend en grande quantité. Une partie de la marchandise est étalée sur des toiles. Une autre est posée sur des tables de fortune en bois. Des tasses et des assiettes en porcelaine, des carafes, des thermos, des fourchettes, des cuillères, etc.
L’hibiscus – ‘’bissap’’ – est l’une des denrées alimentaires les plus en vogue au marché de Rufisque, son jus étant la boisson préférée de nombreux musulmans à la rupture du jeûne. On trouve le ‘’bissap’’ ordinaire, un autre un peu foncé, appelé ‘’Vimto’’, et le ‘’bissap’’ blanc.
Devant son magasin, une dame surnommée Mère Ndour en vend dans des sachets. Elle propose en même temps à la clientèle des haricots, du pain de singe, des pois chiches, etc. ‘’Les gens achètent moins le ‘bouy’ (pain de singe) que le ‘bissap’, qui est consommé dans presque tous les ménages pendant le ramadan’’, explique-t-elle.
‘’Une macédoine de légumes’’
Le sachet de deux kilos de ‘’bissap’’ coûte 900 francs, indique Mère Ndour, rappelant qu’il était vendu à 800 francs récemment. ‘’La demande est très forte. Il y a même eu une rupture de la denrée à un moment donné’’, souffle-t-elle.
À ses côtés, un frêle garçon aux orteils couverts de poussière attend patiemment les clients. Comme de nombreux autres garçons, il vend des sachets et des sacs en plastique. Dame Diokhané, assis dans sa petite épicerie, fait remarquer que l’huile, l’oignon, la pomme de terre, le ‘’bissap’’ et les colorants alimentaires sont les produits de consommation les plus vendus à Rufisque. ‘’Ce n’est pas de notre faute. En raison du prix de vente des grossistes, nous sommes obligés d’augmenter un peu les tarifs’’, dit l’épicier.
Il parle de l’oignon local, le seul actuellement en vente au Sénégal, les importations d’oignon étant provisoirement suspendues en vue d’un bon écoulement de la production sénégalaise. Une jeune femme l’écoute attentivement pour ensuite donner son avis : ‘’Les prix sont abordables pour la plupart. Ceux des légumes surtout.’’
Fatou Diop, une fine silhouette au teint noir, s’inquiète de la frénésie marchande des Dakarois pendant le ramadan. ‘’On dit que les besoins alimentaires des ménages augmentent à juste titre pendant le ramadan. Je ne partage pas ce point de vue parce que simplement le nombre de repas diminue en période de jeûne. C’est évident, il y a moins de dépenses pendant le ramadan’’, opine-t-elle d’un large sourire.
‘’Certains consommateurs font dans les excès en achetant énormément de choses. Ce n’est pas mon cas’’, tranche Mme Diop. Un avis que partage une femme au fond d’un magasin de vaisselles. ‘’Je conseille à mes filles d’acheter des vaisselles qu’elles pourront utiliser pendant longtemps pour éviter d’en chercher chaque année. Certaines femmes en achètent plus qu’elles n’en ont besoin’’, s’offusque Mme Barry en dénonçant les achats impulsifs.
‘’Quelquefois les femmes achètent trop de choses pour un seul repas […] Il faut que les gens soient raisonnables’’, philosophe-t-elle, suscitant un léger sourire chez le propriétaire du magasin. ‘’Elle a vu juste’’, acquiesce Mohamed Ndiaye, ajoutant : ‘’Ce n’est pas parce que je suis commerçant que je cautionne les achats excessifs.’’
M. Ndiaye confirme que la vaisselle se vend facilement et en grande quantité pendant le ramadan. ‘’Les plateaux, les tasses, les thermos et les sucriers sont les ustensiles en vogue’’, dit-il en jurant ne pas profiter de la forte demande pour augmenter les prix.
Des marchands ambulants vendent des tuniques. Surtout des capuches que portent de nombreuses femmes pendant le ramadan. Décence vestimentaire oblige.
Une femme regarde furtivement les capuches. Elle se dirige ensuite vers un étal de poissons pour marchander. ‘’Cinq mille et 10 000 francs CFA, selon le volume du tas que vous choisissez’’, répond la vendeuse, tâchant de bien faire voir la marchandise. ‘’Je veux celui de 5 000 francs, mais il faut réduire le prix. C’est trop cher’’, renchérit son interlocutrice. La poissonnière tente de justifier les tarifs par la cherté du poisson auprès de son fournisseur, le long trajet qu’elle parcourt au quotidien pour s’approvisionner, etc. L’argumentaire semble convaincre sa cliente, qui finit par payer.
Keur Massar. Autre marché, autre décor. Le principal marché de cette grouillante ville refuse du monde. À l’entrée du marché, les longues tuniques volent la vedette aux tapis de prière exposés çà et là. Une femme tâte les tissus pour en éprouver la qualité. Elle dit ne pas trouver sa couleur préférée. ‘’Je ne peux pas en exposer en grand nombre’’, se justifie le vendeur en invoquant les contrôles de la brigade de lutte contre l’encombrement des rues.
Diverses sonorités s’échappent de la sono de certains magasins et boutiques. Il faut s’époumoner pour rendre sa voix audible. Comme le fait cette femme venue demander les prix des haricots, des navets et des carottes vendus dans des sachets. ‘’Une macédoine de légumes’’. C’est le plat du jour, celui qu’elle veut servir à la maison.
‘’Les ventes de certains produits de consommation décuplent pendant le ramadan’’
Saly Ndiaye juge les prix très accessibles : ‘’Les légumes ne coûtent pas cher […] En vente en gros comme au détail, les prix sont abordables.’’ Astou Dia se trouve à ses côtés. Elle confirme : ‘’Les légumes sont vendus à un juste prix. Les prix de l’oignon et de la pomme de terre, deux produits fortement consommés, sont abordables.’’ ‘’L’huile et le poisson coûtent un peu cher […] Les prix de la viande sont élevés aussi : 4 000, 4 200 ou 4 500 francs CFA le kilo’’, ajoute Mme Dia.
Sur les étals du marché de Keur Massar, le poulet trône en grande quantité. Selon les commerçants, il existe de nombreux élevages de volailles dans la ville et ses alentours. ‘’La viande coûte de plus en plus cher. Beaucoup de ménages préfèrent maintenant acheter du poulet à 2 500 ou 3 500 francs CFA l’unité’’, témoigne Modou Guèye, un aviculteur, se réjouissant de la forte demande de ce produit alimentaire.
Les magasins des enseignes commerciales attirent de nombreux consommateurs aussi. ‘’D’habitude, un seul de nos magasins reçoit 3 000 à 3 500 clients par jour. Pendant le ramadan, il en reçoit en moyenne 6 000 à 7 000 par jour’’, s’enthousiasme Amadou Diallo, le directeur des ventes d’une grande enseigne commerciale de Dakar. Il ajoute : ‘’Les ventes de certains produits de consommation décuplent pendant le ramadan. C’est le cas des dattes, du lait et du sucre.’’
Coumba, venue s’approvisionner dans ce magasin de Gibraltar, dans le centre-ville de Dakar, dit y trouver les denrées alimentaires dont elle a besoin. Et à des prix abordables.
Boubacar Diallo, lui, scrute les étiquettes, dans le rayon café du magasin. ‘’Je compare les prix en vigueur dans les grandes surfaces avec ceux des grossistes’’, dit-il, ajoutant se soucier de la qualité des marchandises : ‘’Beaucoup de produits circulent […] Nous devons consommer prudemment et rechercher le meilleur rapport qualité-prix.’’
À son avis, les produits alimentaires sont mieux conservés dans les magasins des grandes enseignes que dans les boutiques de quartier, ce qui guide son choix. Boubacar Diallo préfère se ravitailler après la rupture du jeûne. ‘’À cette heure-là, il y a peu de monde dans les magasins.’’
Certains consommateurs viennent s’approvisionner au marché Castors, situé dans la commune d’arrondissement de Dieuppeul. ‘’Les temps sont durs […] Beaucoup de ménages font des provisions dès les premiers jours du ramadan’’, dit un commerçant préférant garder l’anonymat.
‘’Tout est cher !’’ se désole une visiteuse du marché Castors. Seuls le sucre, l’huile et le riz sont vendus à un juste prix, soutient un commerçant, se désolant de la hausse des prix de certains produits, dont le bidon de 20 litres d’huile. De 16 500 francs, son prix est passé à 18 500, dit-il, tout inquiet de cette hausse survenue une semaine après le début du ramadan et du carême.
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