SENEGAL-GOUVERNANCE
Dakar, 23 juin (APS) – L’Office national de lutte contre la corruption (OFNAC) dispose d’un personnel très engagé et doté d’une expertise ‘’extraordinaire’’ pour exercer sa mission, a assuré son président, Moustapha Ka, mardi, à Dakar.
‘’Les moyens, c’est surtout la volonté et l’engagement. Nous avons un personnel très engagé et doté d’une expertise extraordinaire. Mais le plus important, c’est que nous avons des outils que de nombreux pays africains n’ont pas, la loi sur le statut et la protection du lanceur d’alerte, par exemple’’, a soutenu M. Ka.
Cette loi votée en 2025 ‘’invite tout le monde, y compris les journalistes, à détecter et à dénoncer les faits de corruption. En ce qui concerne les investigations, nous avons des pouvoirs renforcés, qui permettent de déposséder les [personnes] sur lesquelles pèsent des indices de corruption’’, a-t-il ajouté lors d’un atelier de formation de journalistes et de communicateurs traditionnels aux instruments de promotion de la transparence.
La loi sur la déclaration de patrimoine et celle relative à l’accès à l’information, adoptées également en 2025, font partie des nouveaux instruments dont dispose l’OFNAC pour exercer sa mission, selon son président.
Avec ces lois, ‘’nous avons le pouvoir de les déposséder de leurs biens par des mesures de gel et de saisie’’, a assuré Moustapha Ka en parlant des personnes susceptibles de commettre des actes de corruption. ‘’Nous avons aussi le pouvoir de les faire sanctionner par les autorités judiciaires.’’
S’attacher à la vérité, faire preuve de cohérence et de neutralité
‘’L’utilité d’une telle formation est multiple. Je vais citer seulement deux raisons pour lesquelles elle est utile. Dans l’évaluation des pays en matière de lutte contre la pauvreté, le niveau d’intégration des médias dans les activités publiques est un critère important’’, a expliqué M. Ka.
Le niveau d’implication des journalistes dans la lutte contre la corruption ‘’est mesurée chaque fois que nous sommes évalués par les organes chargés du suivi de la bonne application des conventions internationales auxquelles adhère le Sénégal, notamment la Convention des Nations unies sur la lutte contre la corruption et la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption’’, a-t-il souligné.
Le magistrat ajoute que ‘’l’autre utilité de [l’atelier] est de permettre aux médias de bien s’imprégner des dispositifs juridiques de prévention’’.
‘’Le renforcement de la capacité des professionnels des médias à assurer la couverture des faits de corruption fait partie de ces dispositifs’’, a-t-il signalé.
‘’Il y a des techniques de couverture des faits de corruption que les médias doivent s’approprier, qui font appel à des exigences, à savoir le devoir d’informer les citoyens de la gestion faite des ressources publiques. Il y a aussi le devoir d’équilibre des médias : il s’agit d’être responsable de la publication des informations relatives aux faits de corruption’’, a expliqué le président de l’OFNAC.
Il précise que ‘’la responsabilité n’est rien d’autre que de s’attacher à la vérité, de faire preuve d’investigation, de cohérence et de neutralité dans la diffusion des informations relatives aux faits de corruption’’.
‘’Des textes révolutionnaires’’
‘’Rien ne peut faire dans un pays en matière de bonne gouvernance et de transparence sans la volonté politique. Au Sénégal, nous avons la chance de disposer d’un référentiel de politiques publiques clair, concernant ces questions-là. Au-delà de cela, des textes ont été adoptés de façon souveraine par l’Assemblée nationale’’, s’est réjoui M. Ka.
En parlant des lois relatives au statut et à la protection du lanceur d’alerte, à la déclaration de patrimoine et à l’accès à l’information, il affirme que ‘’ce sont des textes révolutionnaires au niveau africain’’.
‘’Il faut aller au-delà des textes : le concret. Le concret, c’est d’aboutir à des pratiques de dénonciation, avec la participation des journalistes. Ils doivent être outillés pour porter les faits de corruption devant les autorités compétentes’’, a suggéré Moustapha Ka.
‘’Il faut aussi que les autorités judiciaires compétentes aient les capacités de bien traiter ces questions-là pour mener des poursuites adéquates et prononcer les sanctions idoines contre les personnes sur lesquelles pèsent des indices graves et concordants de corruption’’, a poursuivi M. Ka.
Il est d’avis que les lois relatives à la transparence publique au Sénégal peuvent permettre au pays d’arriver à ‘’une amélioration de [son] image et [de son] classement dans les instances d’évaluation’’, en plus de le ‘’rendre attractif pour les investissements’’.
Il reste cependant à l’OFNAC de procéder à la ‘’validation’’ de son plan stratégique de développement (PSD), selon son président. ‘’Lorsque nous sommes arrivés à l’OFNAC, la première chose que nous avons faite a été d’élaborer un [PSD], qui sera mis en œuvre de 2026 à 2030. Il s’agit de définir ce que nous allons faire pendant cette période-là’’, a-t-il expliqué.
ESF
