SENEGAL-CINEMA
Dakar, 23 mai (APS) – Le réalisateur sénégalais Joseph Gaï Ramaka revisite les blessures du passé et les tragédies contemporaines à travers ”Wamé”, un court métrage présenté en avant-première, vendredi, au musée historique de l’île de Gorée, à l’initiative de l’Institut français et de Gorée Cinéma.
Sorti en 2025, ce film en noir et blanc de trente minutes propose une plongée sensible dans la mémoire collective africaine, en convoquant aussi bien l’esclavage que les drames migratoires actuels.
À travers des images épurées et une narration largement portée par les corps, les chants, les silences et les gestes, ”Wamé” interroge la place de la mémoire dans la condition humaine.
”Si tu enlèves à l’homme sa mémoire, qu’est-ce qu’il lui reste d’humain ? Même un animal a une mémoire, même une plante ?”, s’interroge le cinéaste, estimant que ”l’homme est mémoire” et qu’en être privé revient à perdre son humanité.
Le récit suit l’odyssée dramatique d’une troupe d’artistes ayant quitté Gorée à bord d’un navire en direction de l’Europe. En pleine mer, leur embarcation recueille des migrants à la dérive, faisant basculer cette traversée lyrique dans une tragédie humaine où l’océan apparaît comme le témoin immuable des souffrances d’hier et d’aujourd’hui.
Le film convoque plusieurs épisodes douloureux de l’histoire africaine et mondiale, notamment l’esclavage, les violences coloniales, le massacre des tirailleurs africains lors des événements du Massacre de Thiaroye, ainsi que les drames contemporains survenus en Libye et en Côte d’Ivoire.
L’esthétique noir et blanc renforce la puissance visuelle du film, notamment à travers les performances des danseurs de l’École des Sables de Toubab Dialaw, dont les corps entremêlés traduisent à la fois la douleur, la résistance et la résilience des ancêtres.
Dans cette œuvre où la parole se fait rare, les chants et les mouvements du corps occupent une place centrale. Des scènes d’exorcisme corporel y nourrissent l’espoir d’une paix intérieure, porté par la voix du choriste Julien Jouga (1931-2001), auquel le réalisateur rend hommage.
Selon Joseph Gaï Ramaka, la projection du film au musée historique de Gorée revêt une portée symbolique particulière. ”Le musée est un lieu de mémoire que nous ne considérons pas assez”, a-t-il déclaré, regrettant le manque de valorisation des espaces mémoriels.
”On ne sait même pas où l’on va. Si on prenait conscience de nos lieux de mémoire, le pays irait mieux”, a soutenu le cinéaste, dont le film se veut également un hymne à la paix, prolongé lors de la projection par les chants de la chorale de l’église Saint-Charles Borromée de Gorée.
Présenté au Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand, ”Wamé” s’inscrit dans le prolongement de ”Mbass Mi”, un autre court métrage réalisé par Joseph Gaï Ramaka en 2020 durant la pandémie de COVID-19.
Figure incontournable du cinéma sénégalais, Joseph Gaï Ramaka compte plusieurs réalisations à son actif.
FKS/MK/AB


