Le courage de Abdoulaye Wade raconté par son ancien chef de protocole
Le courage de Abdoulaye Wade raconté par son ancien chef de protocole

SENEGAL-POLITIQUE-CENTENAIRE-TEMOIGNAGE

Dakar, 29 mai (APS) – Meissa Sall a finalement fait toute sa carrière aux côtés de Abdoulaye Wade, un homme courageux, dont il était le chef du protocole jusqu’à son arrivée au pouvoir en 2000, ce qui fait de lui un témoin clé d’une grande partie de la vie de l’ancien président de la République, qui fête ses 100 ans ce vendredi.

Dans son domicile sis à l’Unité 5 des Parcelles assainies de Dakar, Meissa Sall attend dans sa salle, se dégourdissant les jambes, une canne sur l’accoudoir du fauteuil, en attendant de témoigner sur Abdoulaye Wade dont il fut le chef du protocole pendant ses 26 ans dans l’opposition.

“Je frôle quand même les 80 ans, je suis né le 1er mars 1947″, justifie le natif de Ndande, à Kébémer, le département qu’il partage avec le toujours secrétaire général du Parti démocratique sénégalais (PDS).

A l’occasion de la célébration du centenaire de l’ancien président de la République (2000-2012), Meissa Sall raconte à l’APS les jours et les nuits du “pape du Sopi” dont il insiste sur le courage.

“En tant qu’ancien chef du Protocole de Wade, je puis vous assurer que c’est un homme bon, généreux et surtout courageux, qui s’est battu pendant 26 ans dans l’opposition, qui a été emprisonné à plusieurs reprises pour avoir résisté aux Tontons Macoutes socialistes”, note cet homme presque inamovible à son poste jusqu’à l’arrivée de son leader au pouvoir.

Il avait tout de même entamé la transition avec Pape Samba Mboup. “Quand le président [Wade] m’a présenté [Mboup], il m’a dit : +Maintenant, vous allez travailler ensemble. J’ai dit, ça tombe bien. Je préfère qu’il s’occupe du protocole et moi je me charge de l’administration+”.

Visage rondelet, timbre guttural, voix tonitruante, Sall a tout, ou presque, de Hadj Mansour Mbaye, le célèbre communicateur traditionnel. “On me le dit très souvent”, admet-il, avant d’ajouter : “J’ai passé beaucoup de temps aux côtés de Wade. On m’appelle le doyen des doyens. On a été ensemble de 1974 jusqu’à la victoire de 2000, et jusqu’au moment où je parle, je lui suis encore plus fidèle.”

L’homme de confiance du très populaire opposant avait en charge la gestion de l’agenda de celui qui deviendra le chef de l’Etat du Sénégal. Il est encore l’un des dépositaires des secrets des moments les plus durs du combat politique mené par le “Pape du Sopi”.

“Je détenais, par exemple, le carnet des rencontres et audiences de Wade, et selon sa disponibilité, je les recevais moi-même. Ou alors, il m’autorisait à donner suite à des lettres qui lui sont adressées. En gros, le chef de protocole doit agir en toute discrétion”, explique M. Sall.

“J’ai sacrifié ma carrière de policier pour suivre Wade”

Le jeune Meissa Sall, fasciné comme beaucoup de sa génération par Abdoulaye Wade, a choisi de renoncer à la stabilité sociale pour une aventure dans l’inconnu, dans un contexte où la démocratie et la liberté étaient encore un idéal pour le Sénégal.

“J’ai sacrifié ma carrière pour rejoindre Wade. J’ai quitté la police en 1973, un an avant la création du PDS. Je ne me voyais plus dans la police, et c’était à l’époque où Jean Collin était ministre de l’Intérieur. C’était la plus forte personnalité de l’État, le vrai président de la République dont on ne discutait jamais les décisions”, soutient “Général”, comme le surnommait Wade. “En retour, je l’appelais Maître”, a-t-il ajouté.

Meissa Sall reste l’une des mémoires vives qui ont à cœur et à l’esprit Wade, plus que le PDS. Il a été son compagnon jusque dans les cachots.

“1988, 1993… chaque fois qu’on a arrêté Wade, on m’a arrêté en même temps. Je suis allé au moins 6 fois en prison. L’emprisonnement le plus difficile, c’est lorsqu’on m’a arrêté avec Pape Samba Mboup et d’autres personnes, nous accusant d’être complices du meurtre ou de l’assassinat de Me Babacar Sèye. Et à cette occasion, j’étais le seul à être torturé à [la gendarmerie de) Thiong. Ça m’a fait mal”, soupire-t-il, ému aux larmes, devant son épouse hochant la tête, suggérant les moments difficiles.

Meissa Sall a dirigé, pendant 20 ans, la jeunesse libérale de Dakar. “C’est à l’occasion du premier congrès de la jeunesse du PDS qui s’est déroulé au cinéma Al Akbar, que j’ai été élu président du conseil, alors que Joseph Ndong [ministre dans les premiers gouvernements de Wade], siégeait déjà au bureau national. C’était l’UJT dirigée par Serigne Diop, avant de devenir l’UJTL”, se souvient-il.

AUT : HK/BK/HB