Le cordonnier Abdoulaye Seck, un exemple de résilience à Kaffrine
Le cordonnier Abdoulaye Seck, un exemple de résilience à Kaffrine

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Kaffrine, 25 fév (APS) – Abdoulaye Seck, un jeune cordonnier-maroquinier de Kaffrine que rien ne destinait aux métiers du cuir, a réussi à trouver sa voie dans cette profession à force de détermination, malgré sa situation de handicap. Surnommé “Laye Chaussures”, il est considéré comme un exemple de résilience, une inspiration pour sa foi dans les vertus du travail.

Le jeune cordonnier travaille toujours avec une extrême concentration dans son atelier situé au marché central de Kaffrine. Il s’appuie de temps en temps sur un vélo tricycle lui servant de fauteuil roulant et dont l’état de dégradation renseigne sur la résilience du jeune cordonnier qui vit avec un handicap depuis ses quatre ans.

“J’ai commencé à exercer ce métier depuis 2012, après une série de formations intensives sanctionnées par des attestations”, confie Seck désormais trentenaire, tout en découpant à l’aide d’un couteau les contours d’une paire de chaussures qui lui a été commandée.

Après la première étape de sa formation à Kaffrine, il a rejoint Thiès en 2016 pour une phase de perfectionnement qui a duré deux années. Il est revenu dans la capitale du Ndoucoumane pour y créer son propre atelier à partir de 2018.

Pourtant, à ses débuts, rien ne semblait le destiner au métier de cordonnier.  Le jeune homme fréquentait plutôt un atelier de menuiserie métallique appartenant à son oncle, qui l’a élevé. Et c’est ce dernier qui l’a orienté vers ce métier et lui a trouvé un formateur.

Depuis plus d’une décennie, il exerce avec passion son métier, dans son atelier qu’il n’a pas encore fini d’aménager.

“Au début, je n’aimais pas ce métier. J’e l’ai embrassé presque par obligation, mais aujourd’hui je ne regrette pas de l’avoir accepté”, a-t-il reconnu, insistant sur le soutien de son oncle pour acquérir sa première machine d’une valeur de 500 000 francs CFA.

Son entreprise créée en 2018 et baptisée “Laye Chaussures”, est spécialisée dans la fabrication de sacs, chaussures, pochettes, ceintures et autres accessoires.

Le jeune artisan rêve grand et veut inclure plus de créativité à son art afin de promouvoir davantage le “made in Kaffrine”, grâce à l’apport d’équipements modernes.

Il a récemment bénéficié d’un financement de plus de trois millions de francs CFA de la Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes (DER/FJ), qu’il considère comme son principal soutien institutionnel, en plus de l’accompagnement de la Chambre des métiers de Kaffrine.

Malgré ses progrès, il déplore le “manque de confiance” des populations locales envers les artisans.

“Beaucoup de Kaffrinois préfèrent aller jusqu’à Dakar pour commander leurs chaussures et autres produits artisanaux, alors que nous pouvons faire un travail de qualité ici, au même titre que nos collègues de la capitale ou d’ailleurs”, regrette-t-il.

Soutenu dans son travail par un assistant, et parfois par d’autres collègues artisans, le jeune homme dit nourrir un rêve devenu “très clair” : disposer d’un grand atelier équipé de matériels modernes capables de produire des chaussures à quantité industrielle, afin de créer des emplois et de participer à la formation des jeunes.

S’agissant de son handicap, Abdoulaye Seck affiche une philosophie de vie inspirante. “Le handicap, c’est une mentalité ; il faut travailler et s’affirmer pour trouver sa place dans la société. Je ne me focalise pas outre mesure sur mon handicap”, affirme-t-il avec détermination.

Engagé socialement au sein de sa communauté, il se dit prêt à former “gratuitement” d’autres personnes vivant avec un handicap au métier de la cordonnerie, à travers l’Association régionale des personnes handicapées.

Ses proches le décrivent comme un “homme taquin” certes, mais “ambitieux, engagé et très sociable”, en plus de faire preuve d’une détermination qui force l’admiration.

Le cordonnier Abdoulaye Seck, un exemple de résilience à Kaffrine

CTS/ADE/HB/ASB