Le casse-tête de l’accès aux soins sanitaires à Djinaky, entre enclavement et déficit d’infrastructures
Le casse-tête de l’accès aux soins sanitaires à Djinaky, entre enclavement et déficit d’infrastructures

SENEGAL-COLLECTIVITE-SANTE

Djinaky (Bignona), 10 avr (APS) – À Djinaky, dans le département de Bignona (sud), l’accès aux soins de santé reste un défi pour les populations, confrontées à un manque d’infrastructures, de personnel qualifié et à des coûts élevés liés aux évacuations sanitaires.

Cette commune rurale, située au nord du département, dépend uniquement d’un poste de santé pour desservir des milliers d’habitants de plusieurs villages environnants. Malheureusement, cette structure fonctionne avec des moyens très limités.

“Nous faisons de notre mieux, malgré le manque cruel d’équipements, de médicaments et surtout de personnel”, confie Bakary Fransou Sonko, président du comité de développement sanitaire (CDS).

L’absence de structures sanitaires intermédiaires oblige les patients à parcourir de longues distances pour accéder à des soins spécialisés à Bignona, Diouloulou ou Ziguinchor.  Les conditions d’accès compliquent davantage la prise en charge.

“Il arrive que des patients renoncent à se rendre à l’hôpital faute de moyens de transport”, déplore Siré Goudiaby, une habitante de Djinaky.

Le président du CDS souligne également la détérioration des infrastructures, notamment le logement du personnel soignant, rendu inutilisable après un incendie survenu entre décembre 2022 et janvier 2023.

“Si nous obtenons le soutien nécessaire pour sa réhabilitation, ce serait une excellente nouvelle”, déclare M. Sonko, qui plaide également pour la transformation du poste de santé en centre de santé secondaire.

Ilias Diédhiou, ancien responsable du CDS, explique que cet incident a considérablement perturbé le fonctionnement du poste de santé.

“Il est resté presque un an sans infirmier-chef de poste (ICP) en raison de la peur engendrée par cet incendie” dont l’origine reste mystérieuse, précise-t-il.

Un déficit de personnel face à une forte affluence

Malgré la reprise des activités en 2024, le logement n’a pas été réhabilité, les partenaires locaux, la mairie et l’association de développement invoquant un manque de moyens notamment.

Le déficit en personnel représente un autre défi, le poste de santé devant faire avec une équipe réduite, malgré la forte affluence liée à sa position stratégique.

“Il y a des périodes où nous sommes débordés, notamment lors des pics de paludisme”, pendant l’hivernage par exemple, souligne une responsable du comité de développement sanitaire.

Le casse-tête de l'accès aux soins sanitaires à Djinaky, entre enclavement et déficit d'infrastructures

La trésorière Aminata Diedhiou, insiste, quant à elle, sur les problèmes d’insécurité et le manque de praticiens spécialisés au sein du personnel.

“L’infirmière et la sage-femme étant toutes deux des femmes, un problème de sécurité se pose, surtout la nuit”, explique-t-elle.

Elle plaide donc pour un renforcement de l’équipe, notamment avec du personnel masculin, afin d’améliorer les conditions de travail et d’accueil.

Coût élevé des évacuations sanitaires

Le coût élevé des évacuations sanitaires pèse aussi lourdement sur les populations, rendant l’accès aux soins spécialisés difficile. 

Ces évacuations, souvent inévitables, sont non seulement coûteuses, mais aussi complexes. “Une évacuation peut coûter plusieurs dizaines de milliers de francs CFA. Pour nous, c’est énorme”, souligne Siré Goudiaby.

Au-delà des frais médicaux, les charges annexes, telles que le transport, le logement et la nourriture sur place, alourdissent considérablement la facture. “Tout cela pèse lourdement sur les familles”, ajoute-t-elle.

Les difficultés logistiques contribuent à aggraver la situation. “Il peut y avoir plusieurs malades à évacuer alors que nous ne disposons que d’une seule ambulance. Certains sont donc obligés d’attendre, quelle que soit l’urgence de leur prise en charge”, regrette Aminata Diédhiou.

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Le cas de Mamadou, un enfant de cinq ans victime de fortes fièvres accompagnées de convulsions, illustre les limites du système. 

Il a dû être évacué un jour vers l’hôpital de Bignona, mais faute d’ambulance disponible, sa famille a dû recourir à un moyen de transport alternatif.

“Chaque minute compte dans ces situations, mais nous sommes souvent contraints d’attendre”, confie un de ses proches.

Entre initiatives locales et attentes fortes vis-à-vis de l’État

Malgré ces contraintes, des efforts sont déployés. Des programmes de santé publique et des initiatives communautaires contribuent, tant bien que mal, à améliorer progressivement la situation.

À Djinaky, les comités de santé locaux s’organisent pour mobiliser des ressources, notamment par le biais de cotisations destinées à financer les évacuations sanitaires.

“Nous essayons de nous organiser pour faire face aux urgences”, explique un responsable communautaire.

Conscients de l’ampleur des défis, les acteurs locaux appellent à un soutien accru des autorités publiques et de leurs partenaires.

Ils plaident pour la réhabilitation des infrastructures, le renforcement du personnel médical, la disponibilité des médicaments et la transformation du poste de santé en centre de santé secondaire.

“Nous voulons simplement pouvoir nous soigner dignement, sans avoir à choisir entre se soigner ou se nourrir”, résume une habitante de Djinaky, qui dit espérer que ce dilemme ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir.

MNF/ABB/ASB/BK