SENEGAL-SANTE-SENSIBILISATION
Dakar, 18 août (APS) – L’avortement à risque représente une cause de mortalité évitable au Sénégal, a souligné, mardi à Dakar, la sage-femme d’État Adama Sanokho, réaffirmant la nécessité de renforcer l’accès à une prise en charge médicale précoce, notamment dans les situations de viol, d’inceste ou de danger pour la santé de la mère.
“À l’échelle mondiale, des estimations [font] état de 39 000 à 47 000 décès annuels liés aux avortements non médicalisés”, a-t-elle relevé lors d’un atelier de mise à niveau à l’intention des membres de l’Association des journalistes en santé, population et développement (AJSPD).
Les avortements non médicalisés représentent une “cause importante” mais “évitable de décès maternels”, a-t-elle dit en introduisant le thème “Rôle des médias dans le plaidoyer pour l’accès à l’avortement médicalisé en cas de viol, d’inceste et lorsque la santé de la mère est en danger”.
Selon Adama Sanokho, les avortements pratiqués dans de mauvaises conditions relèvent d’une “urgence silencieuse de santé publique”, en raison notamment des hémorragies, infections, perforations utérines et autres complications susceptibles de provoquer des séquelles, voire des décès.
Elle a invité, en conséquence, à “renforcer l’accès à une prise en charge médicale précoce, notamment dans les situations de viol, d’inceste ou de danger pour la santé de la mère”.
Mme Sanokho a rappelé que les hémorragies représentaient 41 % des causes de décès maternels au Sénégal en 2023, contre 37 % en 2019, ajoutant que l’avortement figure parmi les causes importantes de ces complications.
De même, six grossesses non désirées sur dix se terminent par un avortement provoqué, a indiqué la sage-femme d’Etat.
Elle a fait observer que si la pratique de l’avortement clandestin existe encore malgré son interdiction, les femmes disposant de moyens financiers peuvent parfois accéder à des solutions différentes de celles proposées aux femmes démunies, davantage exposées aux pratiques dangereuses et aux complications.
Elle a par ailleurs relevé le poids de la stigmatisation, qui contribue à retarder le recours aux soins et à sous-déclarer les décès et complications liés aux avortements clandestins.
“On ne vient jamais dans un service pour dire qu’on a fait un avortement”, a-t-elle expliqué, soulignant les difficultés rencontrées par les professionnels pour identifier l’origine de certaines complications.
Adama Sanokho a insisté sur la “vulnérabilité particulière” des adolescentes et des femmes victimes de violences sexuelles, soulignant que le viol et l’inceste peuvent conduire à des grossesses non désirées et placer les victimes face à des situations particulièrement difficiles.
Elle estime que la réponse ne peut toutefois pas être limitée au seul traitement médical et “doit également intégrer le soutien psychosocial, la confidentialité, l’accueil sans jugement et le respect de la dignité des femmes concernées”.
Dans ce contexte, Mme Sanokho a invité les journalistes à jouer pleinement leur rôle dans l’information et le plaidoyer, en diffusant des données scientifiquement validées, en vérifiant les sources et en donnant la parole aux experts et aux personnes concernées.
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