SENEGAL-ENVIRONNEMENT-PROFIL
Par Thierno Abdourahmane Ba
Dionewar, 9 juil (APS) – À Dionewar, l’une des nombreuses îles du delta du Saloum, dans la région de Fatick (centre), Lamine Ndiaye consacre sa vie à la lutte contre l’érosion côtière. Il n’est titulaire d’aucun diplôme d’environnement, mais a réussi à se familiariser comme il faut des questions environnementales à force d’observations minutieuses et d’engagement sans faille.
Il incarne, à lui seul, une cause commune aux centaines d’habitants de ce village et de la commune du même nom : la lutte contre la dangereuse avancée de la mer – de l’Atlantique précisément – sur la minuscule île de Dionewar.
Lorsque les premiers rayons de soleil éclairent le village, Lamine Ndiaye sort de son campement et se dirige vers la mer. Il avance de quelques mètres et se retrouve au milieu des dégâts de l’érosion côtière : des palmiers et des pommiers du Cayor gisent près de la mer. Il reste silencieux un moment et donne l’impression de compter quelque chose.

Le quinquagénaire de Dionewar scrute ainsi l’environnement de son terroir, chaque matin, depuis plus de vingt ans. Pas par instinct machinal de l’habitude. Mais par nécessité, selon sa propre expression.
À Dionewar, son nom est sur toutes les lèvres et dans presque toutes les conversations sur l’érosion côtière et la menace permanente de la disparition de l’île qui l’a vu naître le 14 décembre 1971.
Lamine Ndiaye s’est reconverti définitivement dans la protection de l’environnement depuis qu’il a regagné son village natal en 2002. À la fin d’une aventure qui l’a conduit vers de lointains horizons.
“Je suis revenu parce qu’il s’agit de l’avenir de mon village et de ma commune.” Après avoir longtemps observé les dégâts de l’érosion côtière, l’homme s’est interdit de repartir.

Lamine Ndiaye a plusieurs casquettes. Écogarde et gérant d’un campement écotouristique, il dirige en même temps la commission environnementale du conseil municipal de Dionewar. Mais aucune fonction ne lui colle à la peau mieux que celle de la protection de l’environnement de son terroir, qui lui a valu d’être surnommé “L’environnementaliste”.
“On m’appelle L’environnementaliste”, dit-il d’un bref sourire. Ce n’est point une usurpation de fonctions, mais la reconnaissance d’un engagement constant en faveur de la protection environnementale de l’île. “Je n’ai pas fait d’études dans ce domaine, mais c’est mon occupation de tous les jours”, témoigne M. Ndiaye.
“En 2005, la mer se trouvait à environ 200 mètres de mon campement. Aujourd’hui, elle en est séparée que d’une dizaine de mètres”, raconte-t-il pour montrer à quel point les vagues rongent les terres de Dionewar. Il a pris l’habitude de noter les noms des arbres disparus et la superficie des terres englouties. Un réflexe qui peut servir à quelque chose, un jour ou l’autre.
D’après Lamine Ndiaye, la mer s’est emparée de terres qui, autrefois, nourrissaient des familles entières. Des champs dans lesquels poussaient des cultures vivrières ne sont plus propices à l’agriculture à cause d’une forte teneur en sel, témoignent de nombreux habitants de Dionewar, dont lui-même.
Pour atténuer l’impact de l’érosion côtière, il se lance dans des initiatives de reboisement de la mangrove et de “gestion” des déchets plastiques, aux côtés des organisations environnementales et de ses collègues du conseil municipal. Mais il mesure avec lucidité l’écart entre l’ampleur des dégâts causés et les louables efforts fournis pour y mettre fin ou les prévenir. “Nous plantons des arbres et sensibilisons les populations. Mais la mer, elle, ne s’arrête pas”, observe le conseiller municipal et militant de la protection de l’environnement.

