Lanceurs d’alerte : l’adoption de la loi entraîne une augmentation des signalements de présumés cas de corruption (OFNAC)
Lanceurs d’alerte :  l’adoption de la loi entraîne une augmentation des signalements de présumés cas de corruption (OFNAC)

SENEGAL-TRANSPARENCE

Dakar, 10 juin (APS) – L’Office national de lutte contre la corruption (OFNAC) enregistre une hausse des signalements de faits présumés de corruption avec l’entrée en vigueur de la loi relative au statut et à la protection des lanceurs d’alerte, adoptée en 2025, a indiqué, mercredi, à Dakar, son président, Moustapha Ka.

“Depuis l’adoption de la loi n°2025-13 du 4 septembre 2025 portant statut et protection des lanceurs d’alerte, nous avons noté une augmentation des signalements de corruption parce que les citoyens se sentent désormais en sécurité”, a-t-il déclaré à l’ouverture d’un atelier de partage et de vulgarisation de ce texte.

La rencontre, prévue pour deux jours, réunit des représentants des administrations publiques, de la société civile, des médias et d’autres parties prenantes engagées dans la prévention et la lutte contre la corruption.

Selon Moustapha Ka, cet atelier organisé de concert avec la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF), vise à mieux faire connaître le contenu de la loi, les critères permettant de bénéficier du statut de lanceur d’alerte, les procédures de signalement ainsi que les mécanismes de protection prévus au profit des dénonciateurs de bonne foi.

“Il faut que les gens comprennent qui est lanceur d’alerte, quelles sont les conditions requises par la loi, quelles sont les mesures de protection mises à […] disposition et quelles sont les obligations de l’OFNAC une fois les informations reçues”, a expliqué le magistrat.

Il a rappelé qu’un lanceur d’alerte bénéficie d’une immunité légale et ne peut être poursuivi du seul fait de sa dénonciation, sauf en cas de mauvaise foi ou de dénonciation diffamatoire.

“Un employé ne peut être licencié, muté ou déplacé en raison de son signalement. Il ne peut davantage faire l’objet de violences, de représailles ou de menaces portant atteinte à son intégrité physique”, a encore fait valoir le président de l’OFNAC.

“Une avancée législative historique”

M. Ka a indiqué que l’institution qu’il dirige dispose également de mécanismes opérationnels de protection assurés par son département d’investigation, composé notamment de gendarmes et de policiers.

“Pas plus tard qu’hier, j’ai reçu une demande de protection d’un lanceur d’alerte qui, après un signalement, s’est senti menacé. Nous prenons rapidement les dispositions nécessaires”, a-t-il révélé, précisant que les mesures retenues varient selon le niveau de risque évalué.

Moustapha Ka a aussi souligné que la loi prévoit un dispositif d’incitation financière destiné à encourager les dénonciations utiles.

“Si vous dénoncez des faits ayant conduit au recouvrement effectif de fonds détournés, vous pouvez bénéficier d’une récompense équivalente à 10 % du montant effectivement récupéré”, a-t-il relevé, notant que cette mesure participe à briser “le pacte de silence” qui favorise la corruption.

“La corruption prospère rarement au grand jour. Elle s’installe dans les zones d’ombre et dans les pactes tacites entre corrupteurs et corrompus. Elle est nourrie par la peur de ceux qui savent mais n’osent pas parler. C’est précisément ce cercle de silence que la loi entend briser”, a-t-il soutenu.

Le président de l’OFNAC a, par ailleurs, rappelé que les administrations, institutions publiques et autres entreprises sont appelées à mettre en place des mécanismes internes de divulgation et de signalement afin d’offrir aux agents des procédures claires et sécurisées.

Il a insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective pour garantir l’effectivité de cette réforme.

“L’OFNAC ne peut réussir seule. Aucune institution, aussi engagée soit-elle, ne peut combattre efficacement la corruption sans une alliance stratégique avec les citoyens, la société civile, la presse, les acteurs publics, le secteur privé, les jeunes, les femmes et les leaders communautaires”, a-t-il déclaré.

Dans cette optique, la contribution des professionnels des médias demeure “déterminante”, a-t-il souligné, tout en appelant à davantage de “rigueur, de vérification, d’éthique et de responsabilité”.

Lanceurs d'alerte :  l'adoption de la loi entraîne une augmentation des signalements de présumés cas de corruption (OFNAC)

Venue représenter la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF), Mathy Pen a salué une “avancée législative historique” pour le Sénégal et le continent africain.

“Une loi ne vit pas de son existence, elle vit par son application”, a-t-elle rappelé, ajoutant que de nombreuses personnes détenant des informations d’intérêt général hésitent encore à parler par crainte des représailles.

“La loi change la donne sur le plan juridique. Mais une loi seule ne suffit pas. Pour être pleinement effective, elle doit être connue, comprise et appliquée”, a-t-elle souligné.

Elle a toutefois invité les journalistes et les acteurs de la société civile à maîtriser les procédures de signalement afin d’accompagner efficacement les lanceurs d’alerte sans compromettre leur protection.

BAB/SMD/BK