SENEGAL-ISLAM-SPIRITUALITE
Tivaouane, 19 juin (APS) – L’adhésion à une confrérie musulmane, au-delà d’un simple attachement affectif ou identitaire, est une démarche de transformation intérieure, reposant sur des principes précis, relève le professeur d’université à la retraite, Abdoul Aziz Kébé, dans un entretien avec l’APS.
Dans un entretien avec l’APS, en prélude de la fête de l’Achoura, appelée Tamkharit au Sénégal, le professeur Abdou Aziz Kébé a appelé les fidèles de la confrérie tidiane à renforcer leur foi, en purifiant leur âme et en faisant preuve de résilience, face aux épreuves.
Depuis des années, le lendemain de l’Achoura est un rendez-vous des jeunes Tidianes, membres de la Dâhiratul Muqtafina Bi Âssâri-l Âbâ’i Wal Ajdad avec de leur responsable moral Serigne Moustapha Sy Al-Amine.
Insistant sur les fondements de la tarîqa (confrérie) et les exigences du cheminement vers Allah, le conférencier présente la voie spirituelle comme une orientation permanente de l’esprit et du cœur vers Allah.
Il a ainsi mis en exergue quatre piliers essentiels du cheminement spirituel, dont le premier concerne la consolidation de la religion, à travers une foi sincère et une pratique conforme aux enseignements du Saint Coran et de la Sunna du Prophète Muhammad (PSL).
Le deuxième repose sur la “Tazkiyat an-Nafs” (purification de l’âme), consistant à se débarrasser progressivement des défauts, passions excessives et influences négatives, afin de cultiver des vertus et des qualités morales.
Le troisième pilier porte sur la sagesse dans l’action et dans les rapports aux autres. Oustaz Abdou Aziz Kébé a souligné l’importance de développer une relation équilibrée avec son environnement humain, social et naturel, en privilégiant le dialogue, la bienveillance et l’éthique de la divergence.
La sagesse, a-t-il rappelé, demeure l’un des dons les plus précieux accordés par Allah à Ses serviteurs.
Enfin, le quatrième pilier concerne la quête du sens et de la connaissance.
Pour l’ancien chef du département d’arabe de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), la connaissance de soi est “une étape indispensable vers la connaissance d’Allah”.
Cette démarche invite le croyant à méditer sur sa condition, à comprendre les réalités de son époque et à rechercher les signes divins dans l’univers et dans la société.
Al-Fatiha, condensé du projet spirituel du croyant
Il a établi un lien direct entre ces principes et les enseignements contenus dans la sourate Al-Fatiha, première sourate du Coran, qu’il a présentée comme un “véritable résumé du projet spirituel du musulman”.
Selon lui, les premiers versets de ce chapitre rappellent la souveraineté absolue d’Allah, Seigneur des mondes, Maître du Jour de la Rétribution et source intarissable de miséricorde.
Cette reconnaissance de la grandeur divine constitue le fondement même de la foi.
Le verset “C’est Toi que nous adorons et c’est de Toi dont nous implorons le secours” traduit, quant à lui, l’engagement exclusif du croyant envers son Seigneur.
Il incarne le pacte quotidien de foi, liant l’homme à son Créateur, à travers l’adoration, la confiance et la soumission sincère.
Le conférencier a particulièrement insisté sur la notion d'”istiqama” (droiture), exprimée dans l’invocation : “Guide-nous sur le droit chemin”. Cette quête permanente d’équilibre et de rectitude a été illustrée à travers les modèles que sont les prophètes, les véridiques, les martyrs et les vertueux qui ont marqué l’histoire spirituelle de l’islam.
Une mise en garde contre les faux-dévots et les discours trompeurs
Evoquant les défis auxquels sont confrontés les croyants, Abdou Aziz Kébé a évoqué des passages coraniques mettant en garde contre certaines personnes dont les discours séduisent par leur éloquence, mais dont les intentions réelles sont contraires aux valeurs qu’elles affichent.

S’appuyant sur les commentaires du grand exégète musulman Ibn Kathir, il a noté que ces individus peuvent afficher la sincérité, tout en cultivant l’hostilité, la division ou la jalousie.
Les décrivant, il utilise la métaphore des épines sur le chemin du voyageur : elles peuvent provoquer une gêne momentanée, mais ne doivent jamais détourner le marcheur de sa destination.
Selon lui, accorder une attention excessive aux provocations, aux critiques ou aux médisances revient à perdre de vue l’objectif essentiel du cheminement spirituel.
La patience et le pardon comme réponses aux épreuves
Face aux difficultés de la vie, le professeur a rappelé l’enseignement des grands maîtres de la spiritualité musulmane, notamment ceux de l'”école de Tivaouane”, qui ont toujours privilégié la patience, le pardon et la maîtrise de soi.
Des récits de la tradition tidiane insistent, a-t-il dit, sur la nécessité de rechercher le soutien divin dans la prière et l’invocation, tout en cultivant la résilience face aux comportements nuisibles.
Ces qualités, largement valorisées dans le Coran et la tradition prophétique, constituent les marques distinctives des serviteurs sincères d’Allah.
Le croyant, a-t-il souligné, est appelé à répondre à l’offense par le pardon, à la provocation par la retenue et à l’injustice par la patience.
En conclusion, Oustaz Abdou Aziz Kébé a exhorté les fidèles à préserver leur concentration spirituelle et à demeurer attachés aux principes fondamentaux de la Tarîqa.
Il les a invités à ne pas se laisser distraire par les polémiques, les rivalités ou les critiques stériles, mais à consacrer leurs efforts à leur perfectionnement intérieur et à leur proximité avec Allah.
Pour le conférencier, la “véritable victoire du croyant” réside dans sa capacité à rester fidèle à sa voie, au Coran et à la sounna, malgré les obstacles, sous la protection et la guidance permanentes du Seigneur des mondes.
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