SENEGAL-RELIGION-RASSEMBLEMENT
Tivaouane, 11 avr (APS)- La Ziarra générale qui se tient ce dimanche à Tivaouane, au-delà d’un simple rendez-vous annuel, commémore un acte fondateur dans le changement de méthode de propagation de la Tijaniyya au Sénégal.
Elle a été instituée au lendemain de la transition entre El Hadji Malick Sy, figure majeure de cette confrérie soufie au Sénégal, et son successeur et premier khalife, Serigne Babacar Sy.
L’année 1922 marque un tournant décisif pour la confrérie tidiane au Sénégal, avec la disparition de El Hadji Malick Sy.
Son fils Serigne Babacar Sy, appelé à lui succéder à la tête du khalifat, hérite d’un legs spirituel important, mais aussi d’une communauté en pleine mutation, confrontée aux réalités sociales et administratives de l’époque coloniale.
Le marabout comprend très tôt que la transmission de l’enseignement religieux reçu de son père, ne peut plus reposer uniquement sur les cercles traditionnels.
Il juge nécessaire de mettre en place de nouveaux espaces de rencontre, capables de maintenir vivante la relation entre le guide spirituel et ses disciples, notamment les travailleurs et les fonctionnaires de plus en plus dispersés.
Un levier de consolidation de la foi
C’est dans cette dynamique qu’émerge, en 1927, une première initiative structurée autour du Dahira Al-Kirâm, une association religieuse, parmi les premières du genre au Sénégal, regroupant essentiellement des disciples qui travaillent dans l’administration.
Elle devient un cadre d’équilibre entre vie professionnelle, rigueur sociale et attachement spirituel.
Conscient des enjeux, Serigne Babacar Sy soutient activement cette organisation. Il y voit un levier essentiel pour consolider la foi et adapter l’enseignement tidiane aux mutations de la société.
L’étape décisive survient en 1930, lorsque cette rencontre prend une dimension officielle, sous la forme d’une journée annuelle consacrée à la réception des membres du Dahiratoul Kîram.
La volonté de Serigne Babacar Sy, derrière ce choix, est de ritualiser la rencontre, qui devrait se tenir régulièrement, afin de faire de Tivaouane un centre de convergence spirituelle incontournable.
La Ziarra générale est dès lors inscrit dans le calendrier religieux des fidèles, venus de toutes les régions du pays, pour converger vers la cité religieuse, où ils vont se reconnecter à un enseignement vivant, incarné par le khalife.
La tradition orale décrit, à propos, une organisation rigoureuse et une intensité spirituelle remarquable.
Serigne Babacar Sy, sur pied dès l’aube, se préparait avec toute la solennité requise pour cet événement.
Un point de convergence unique
Avant la grande assemblée, il recevait des disciples venus tôt solliciter prières et orientations. Ces échanges, empreints de simplicité, participaient à une transmission directe et vivante du savoir spirituel.
Au fil du temps, la Ziarra générale est devenue bien plus qu’un événement religieux, s’imposant comme un espace de cohésion sociale, un moment de retrouvailles et de transmission, où se consolident les liens et se réaffirme l’attachement à un héritage commun.
Lorsque Serigne Babacar Sy disparaît en mars 1957, il laisse derrière lui une institution solide et vivante, une œuvre capable de traverser les générations sans perdre sa force symbolique ni sa pertinence.
La Ziarra générale demeure, encore aujourd’hui, ce point de convergence unique où se rencontrent histoire, spiritualité et fidélité.
À travers elle, c’est toute une vision qui continue de rayonner: celle d’une foi enracinée, structurée et en phase avec son époque.
Comme chaque année, ce rendez-vous spirituel est précédé du Gamou dédié à Sokhna Oumou Khairy, affectueusement appelée “Borom Wagn Wi”.
Ce moment, fortement attendu par les fidèles, est marqué par la prise de parole très attendue de son fils, Serigne Babacar Sy Cissé.
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