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Tivaouane, 18 juin (APS) – L’ancien arbitre international français Gilles Veissière vient de publier un livre dans lequel il revient sur l’évolution de l’arbitrage mondial et les progrès enregistrés dans ce domaine, non sans insister sur le fait que la technologie ne doit pas effacer la dimension humaine de ce métier.
Intitulé “Monsieur l’arbitre : plongée dans les vestiaires du football mondial” (288 pages, éditions Vaillant), cet ouvrage immersif publié en mars dernier, lève le voile sur les coulisses méconnues et la réalité du métier d’arbitre. L’auteur s’inspire, dans cette publication, de son expérience de plus de trente ans en Ligue 1 française où il a dirigé 254 matchs.
“L’arbitrage constitue bien davantage qu’une fonction technique. Il représente une école de vie fondée sur la responsabilité, la prise de décision et la gestion des relations humaines dans des contextes souvent marqués par une forte pression”, a indiqué M. Veissière dans un entretien avec l’APS.
Gilles Veissière a exprimé des réserves face à une tendance qu’il juge “excessivement technologique”, parlant de l’évolution récente de l’arbitrage. La technologie, assène-t-il, ne doit pas effacer la dimension humaine.
S’il reconnait l’apport indéniable des outils modernes, notamment l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR), il estime que la recherche permanente de l’uniformité des décisions risque de dénaturer la fonction arbitrale.
“L’arbitre n’est pas un robot. Il est un être humain devant analyser une situation en quelques fractions de seconde. La volonté d’obtenir une uniformité absolue des décisions fait parfois disparaître cette dimension humaine qui constitue pourtant l’essence même de l’arbitrage”, a-t-il expliqué.
Selon lui, le football doit conserver une part d’interprétation, inhérente à la nature même du jeu.
Une progression africaine sans précédent
L’ancien arbitre international considère que l’Afrique est aujourd’hui l’un des espaces où l’évolution de l’arbitrage a été la plus remarquable.
Il rappelle qu’au cours des décennies passées, la représentation africaine dans les grandes compétitions internationales était limitée, aussi bien au niveau des équipes nationales que des arbitres.
”Lorsque l’on observe le chemin parcouru depuis les années 1960, on mesure l’ampleur du progrès. Aujourd’hui, les arbitres africains sont présents dans toutes les grandes compétitions mondiales, que ce soit comme arbitres centraux, assistants ou arbitres vidéo”, a-t-il souligné.
Pour lui, cette présence accrue constitue la reconnaissance d’un travail de formation, de professionnalisation et d’investissement mené depuis plusieurs années par les instances continentales et nationales.
Des critiques souvent excessives
Gilles Veissière estime que l’arbitrage africain fait parfois l’objet de jugements sévères qui ne reflètent pas toujours la réalité du terrain.
Selon lui, de nombreux commentateurs sous-estiment la complexité du métier d’arbitre et portent des appréciations hâtives sur des décisions qui doivent être prises instantanément.
“Il est toujours plus facile de commenter une action après plusieurs ralentis que de prendre une décision en temps réel devant des milliers de spectateurs”, a-t-il fait remarquer.
Il considère également que le manque de visibilité internationale de plusieurs championnats africains contribue à alimenter certains préjugés.
Contrairement aux compétitions européennes largement diffusées à travers le monde, les championnats nationaux africains bénéficient d’une exposition médiatique plus réduite. Cette situation limite, selon lui, la reconnaissance du niveau réel des arbitres du continent.
Concernant les règles de l’arbitrage, M. Veissière constate que les textes actuels connaissent une amélioration constante grâce aux adaptations régulières opérées par les instances compétentes.
Il identifie toutefois une difficulté persistante : l’interprétation des mains dans la surface de réparation.
Pour l’ancien arbitre français, certaines décisions continuent de susciter l’incompréhension du public en raison de critères parfois complexes. Il propose ainsi de réintroduire plus clairement la notion de “dangerosité” dans l’analyse des situations litigieuses.
“Une main qui modifie une action susceptible d’aboutir à un but ou à une occasion manifeste devrait être appréciée en tenant davantage compte de son impact réel sur le jeu”, a-t-il préconisé.
L’expulsion de l’arbitre somalien, un “scandale évitable”
Abordant la question du racisme dans le football, Gilles Veissière a salué les nouvelles dispositions disciplinaires mises en place pour sanctionner plus sévèrement les comportements discriminatoires.
Il estime que les instances sportives doivent poursuivre leurs efforts afin d’éradiquer un phénomène qui demeure présent dans certains stades.
“Le racisme n’a sa place ni dans le football ni dans la société. Quelles que soient les origines, les croyances ou la couleur de peau des personnes concernées, aucune forme de discrimination ne doit être tolérée”, a-t-il insisté.
Réagissant, par ailleurs, à l’expulsion de l’arbitre somalien, Omar Abdulkadir Artan, à son entrée aux États-Unis pour participer à la Coupe du monde, Gilles Veissière a dénoncé une situation “contraire aux valeurs universelles du sport”.
Selon lui, les difficultés administratives auxquelles certains ressortissants sont confrontés étaient connues à l’avance et auraient dû faire l’objet d’une anticipation de la part des autorités concernées.
“Lorsqu’un arbitre est officiellement désigné pour représenter son continent dans une compétition internationale, tout doit être mis en œuvre pour lui permettre d’exercer sa mission. Cette situation était prévisible et aurait pu être évitée”, a-t-il déclaré.
Pour l’ancien arbitre français, cet épisode rappelle la nécessité d’une coopération “plus étroite” entre les institutions sportives internationales et les États hôtes, afin de garantir l’égalité de traitement de tous les acteurs du football.
Au-delà des débats techniques et réglementaires, Gilles Veissière défend “une vision de l’arbitrage fondée sur l’excellence, la responsabilité, l’équité et le respect des valeurs humaines” qui, selon lui, doivent demeurer au cœur du football mondial.
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