La rentrée des classes, date la plus scrutée par les enseignants du privé 
La rentrée des classes, date la plus scrutée par les enseignants du privé 

SENEGAL-EDUCATION-SOCIAL-REPORTAGE

Dakar, 22 sept (APS) – La rentrée scolaire suscite généralement un mélange d’émotions chez de nombreux élèves, pressés de retrouver leurs camarades de jeux, mais un peu déçus aussi de perdre un peu de leur liberté. A contrario, pour de nombreux enseignants officiant dans le privé, l’ouverture des classes marque la fin d’une certaine incertitude financière, la plupart n’étant pas rémunérés pendant les vacances.

Ces enseignants sont obligés de se rabattre sur les cours et colonies de vacances, les chantiers de travaux publics ou les activités champêtres comme autant de moyens de subsistance en attendant la rentrée scolaire.

À l’unité 22 des Parcelles-Assainies, un quartier populaire de Dakar, le groupe scolaire Les Pédagogues a retrouvé une partie de son animation en ce mois de septembre. Des élèves suivent des cours de vacances dans certaines salles, tandis que d’autres sollicitent le personnel administratif pour préparer leur prochaine rentrée.

La rentrée des classes, date la plus scrutée par les enseignants du privé 

Au premier étage, Cheikh Ahmed Tijane Diop, professeur d’anglais, dispense un cours à un groupe d’élèves. Vêtu de noir, il fait partie des enseignants qui continuent de percevoir leur salaire pendant les vacances.

“Je suis un professeur permanent et je suis rémunéré douze mois sur douze”, dit-il.

Dans cet établissement, plusieurs enseignants bénéficient du même statut. Mais dans le privé, cette situation n’est pas la plus répandue.

À une centaine de mètres de là, à l’unité 21, Abdou Hott encadre des élèves qui se préparent à entrer en CM1 et CM2. Enseignant au cours privé Les Petits Doués, il ne perçoit pas de salaire durant toute l’année.

“Pendant les vacances, c’est un peu compliqué pour nous qui sommes dans le privé. C’est la raison pour laquelle je fais les cours de vacances, pour avoir un peu de sous et régler les petites dépenses”, confie-t-il

Sa session, démarrée le 20 août, doit prendre fin avant la rentrée scolaire.

Mais ses revenus restent limités en raison du faible nombre d’élèves.

“À la fin de l’année, on essaie de sensibiliser les parents pour qu’ils amènent leurs enfants aux cours de vacances afin de bien débuter l’année scolaire. Mais ce sont souvent les mêmes qui répondent”, constate-t-il.

Une période plus difficile pour les vacataires

Moniteur de collectivités éducatives, il peut toutefois compter sur d’autres activités pendant les congés. “S’il n’y a pas les cours de vacances, il y a les colonies, les patronages, les centres aérés. On s’adapte à la situation”, dit-il.

Pour les enseignants vacataires, la situation est encore plus délicate. El Hadji Mountaga Kane, qui intervient au collège et au lycée, explique que les vacances, qui durent trois mois, nécessitent une gestion prudente des revenus.

“La conjoncture est délicate. Même en faisant des économies, si vous ne vous organisez pas, vous ne vous en sortez pas”, souligne ce jeune enseignant rencontré un dimanche soir à la plage de Cambérène.

Le mois de juillet est généralement couvert par les économies réalisées pendant l’année. À partir de la mi-août, il reprend les cours de vacances, notamment auprès d’élèves des séries scientifiques.

“Ce sont les élèves de terminale S et de première S qui viennent nous solliciter. Cette année, nous avons démarré le 6 août, et ça a bien marché. Ça nous permet de gérer nos besoins et de nous préparer à la prochaine rentrée”, explique-t-il.

Pour d’autres, les vacances imposent de recourir à une seconde activité. Kéba Touré, enseignant sans contrat à l’école élémentaire franco-arabe Iqra, travaille ainsi sur des chantiers de carrelage pendant la fermeture des classes.

“Pendant les grandes vacances, beaucoup d’écoles privées ne parviennent pas à payer leurs enseignants. On ne leur propose pas de contrat durant ces trois mois. Mon cas en est un exemple parfait”, témoigne-t-il.

Au village, les champs comme autre recours

Il avait appris le métier de carreleur pendant qu’il était étudiant. Ce savoir-faire lui permet aujourd’hui de disposer d’un revenu durant les vacances.

“Durant les grandes vacances, je me débrouille sur les chantiers de carrelage. On travaille, on nous paie, et c’est ce qui me maintient”, raconte-t-il dans le studio qu’il partage avec son frère, au troisième étage d’un immeuble de l’unité 19 des Parcelles Assainies.

La rentrée des classes, date la plus scrutée par les enseignants du privé 

Le travail reste cependant exigeant. “Il y a beaucoup de rigueur, peu de liberté. Il faut aussi tisser des relations, sinon il devient difficile de trouver où travailler”, ajoute-t-il.

À Niassène Diola, dans le département de Sédhiou (sud), Sana Nicolas Camara profite également des vacances pour se consacrer aux travaux champêtres.

Enseignant dans une école privée de Sébikotane, dans la région de Dakar, il explique au téléphone que la fermeture des classes contraint certains de ses collègues à retourner au village ou à chercher d’autres occupations à Dakar.

Son établissement lui verse durant les vacances une somme de 10.000 francs CFA, prélevée sur son salaire au cours de l’année. Pour le reste, il s’investit dans les travaux agricoles.

“Dans le privé, le salaire n’est pas bon”, répond-il lorsqu’il est interrogé sur ses difficultés financières.

Il dénonce également ce qu’il considère comme un non-respect des règles par certains établissements privés.

“Beaucoup d’écoles privées ne respectent pas les critères. Normalement, au bout de trois ans, un enseignant doit avoir son CDI”, affirme-t-il.

Entre ceux qui bénéficient d’un salaire maintenu pendant les vacances et ceux qui doivent multiplier les activités pour disposer d’un revenu, les situations restent très contrastées dans l’enseignement privé.

Pour une partie des enseignants, les grandes vacances ne constituent donc pas seulement une période de repos, mais aussi trois mois à planifier pour assurer les dépenses courantes et préparer la prochaine rentrée.

BAB/BK