Dakar, 19 mai (APS) – La Franco-sénégalaise Ramata-Toulaye Sy, dont le film ”Banel et Adama” est en lice pour la palme d’or à la 76ème édition du Festival international du film de Cannes, en France (du 16 au 27 mai), est une réalisatrice engagée pour les droits des femmes aussi bien dans les scénarii coécrits que dans les deux films dont elle est la réalisatrice.

Ramata-Toulaye Sy, 36 ans, va monter les marches du grand théâtre Lumière, samedi, à partir de 15 heures (heure française) pour la projection de son film ”Banel et Adama”.

Sur les films où elle est intervenue en tant que coscénariste ou réalisatrice, elle avait déclaré dans de nombreux entretiens que les projets qui parlent de la femme et des conditions de la femme contemporaine lui tenaient beaucoup à cœur.

Il y a d’abord ”Sibel”, un long métrage turc de Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti réalisé en 2018 et qui raconte la vie de Sibel, une jeune femme turque muette qui se sert du langage du sifflet pour communiquer. Maltraitée et battue, elle essaie malgré tout de vivre.

Le long métrage ”Notre dame du Nil”, où Ramata-Toulaye Sy est coscénariste, donne la parole à de jeunes filles rwandaises des années 1970 et traite des prémices du génocide survenu dans ce pays en 1994.

Ce film, réalisé en 2019 par le romancier et cinéaste franco-afghan Atiq Rahimi, est une adaptation cinématographique du roman éponyme de la Franco-Rwandaise Scholastique Mukasonga, dont le livre a obtenu le prix Renaudot en 2012.

”(…) ce qui m’a beaucoup séduit dans ce projet, c’est de raconter cet épisode historique d’un point de vue très différent de ce qu’on a l’habitude de voir. Cette fois-ci, on donne la parole à des jeunes filles. Des jeunes filles africaines brillantes et intelligentes mais aussi innocentes. L’angle féministe du film m’a beaucoup plu et c’est cela qui, selon moi, fait la force de cette histoire”, avait dit la scénariste franco-sénégalaise, interrogée par le site de la ‘’Fondation culture et diversité’’.

Les deux films qu’elle a réalisés, notamment le court métrage ”Astel”, son premier court métrage, multiprimé à travers le monde avec un Tanit de bronze lors des dernières Journées cinématographiques de Carthage en Tunisie, en 2022, et le dernier ”Banel et Adama”, qui lui a valu cette sélection à la compétition officielle du festival de Cannes, traitent aussi de la condition de la femme dans la société.

”Astel” raconte la vie d’une jeune fille peule attachée à son père et qui sera obligée de le quitter pour rejoindre sa place chez les femmes, traite de féminité et de patriarcat. ”Banel et Adama”, en lice pour la palme d’or , met aussi en avant une femme, Banel, dans une histoire d’amour impossible dont l’action se déroule au Fouta, terroir traditionnel du nord du Sénégal.

Selon le délégué général du festival de Cannes, Thierry Frémaux, ce film ”est à la lisière de l’expérimentation” et ”offre un cinéma tout à fait fort et singulier […]”. Sur les trois extraits visionnés sur le site du festival, on y montre des images poétiques avec ces larges plans sur des étendus de terre du Fouta au nord du Sénégal où les femmes défrichent un champ.

Un parcours de scénariste puis de réalisatrice

Ramata-Toulaye Sy a débuté par le métier de scénariste dont elle a obtenu le diplôme en 2015, après avoir été reçue au concours, en 2011, de la Fondation européenne des métiers de l’image et du son (Femis), qui s’appelait l’Institut des hautes études cinématographiques, de 1943 à 1986 (IDHEC).

Beaucoup de cinéastes sénégalais à l’image de Paulin Soumanou Vieyra, Pape Badara Seck, Angèle Dianbang ou encore Moly Kane ont fréquenté cet établissement français.

La représentante du Sénégal au 76ème Festival de Cannes a d’abord suivi un master 1 en Arts du spectacle, spécialité ‘’Cinéma et Audiovisuel’’, à l’Université Paris Nanterre et un master 2, spécialité ‘’Scénario’’, au Conservatoire libre du cinéma français, avant d’atterrir à la Fémis, où elle a suivi les ”Ateliers égalité des chances”, en 2009-2010.

Celle qui aime travailler en équipe et adore la littérature, a été inspirée par des écrivaines comme l’Américaine Toni Morrison (1931-2019), ou encore sa compatriote Maya Angelou (1928-2014), première afro-américaine à avoir son effigie sur une pièce de monnaie.

Ramata-Toulaye Sy adore aussi les écrits de la Nigerianne Chimamanda Ngozi Adichie, qui fait partie des femmes qui l’inspirent. Elle dit s’inspirer également du cinéaste sénégalais Djibril Diop Mambety dans la mise en scène.

Sur les pas de la franco-sénégalaise Mati Diop

”Elle est la deuxième jeune cinéaste sénégalaise après Mati Diop en 2019”, avait annoncé le délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux lors de la révélation de la sélection officielle, le 13 avril dernier.

La réalisatrice Mati Diop, première réalisatrice noire sélectionnée dans la compétition officielle du festival de Cannes avec son film ”Atlantique”, a été sacrée lauréate du Grand prix du jury dudit festival. Une première qui s’est renouvelée quatre ans plus tard avec la Franco-sénégalaise Ramata-Toulaye Sy, dont le film “Banel et Adama”, est en lice pour la Palme d’or à côté du célèbre cinéaste britanique Ken Loach  dans “The old oak”.

Sur les dix-huit films retenus dans la sélection officielle de Cannes, cette année, six sont signés par des réalisatrices, dont deux femmes, africaines Ramata-Toulaye Sy et Kaouther Ben Hania de la Tunisie avec son film ”Les filles d’Olfa”, qui sera projeté vendredi sur la Croisette.

FKS/OID/ASG

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