SENEGAL-GOUVERNEMENT-PARLEMENT-ANALYSE
Dakar, 6 sept (APS) –L’universitaire sénégalais Khadiyatoulah Fall, a estimé que la Déclaration de politique générale (DPG) constitue un ”grand exercice d’éloquence politique”, invitant son auteur à ”résister à la tentation du lyrisme, de la surenchère verbale et de la sophistication démonstrative”.
Le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lo est attendu mardi à l’Assemblée nationale pour faire sa DGP, une exigence constitutionnelle par une déclinaison du programme politique, économique et social de son gouvernement.
”La Déclaration de politique générale est souvent appréhendée comme un grand exercice d’éloquence politique”, a dit Khadiyatoulah Fall, dans un entretien avec l’APS.
M. Fall est un spécialiste de l’analyse des discours, ayant enseigné pendant des années à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) au Canada.
”Du point de vue de l’analyse du discours, la DPG appartient à un genre relativement stabilisé. On peut y reconnaître plusieurs invariants : un diagnostic de la situation, une interprétation des difficultés, l’affirmation d’une vision, la hiérarchisation des priorités, l’annonce de mesures et la projection d’un avenir souhaitable”, a analysé ce spécialiste de sémantique énonciative et discursive.
Khadiyatoulah Fall a eu à participer à la rédaction de la DPG d’anciens Premiers ministres dont Macky Sall et Souleymane Ndéné Ndiaye.
”Le Premier ministre doit exposer un cap, rassurer, mobiliser et susciter l’adhésion”, a dit le spécialiste, soulignant ‘l’importance de cette dimension ”qui ne suffit pas tout de même à rendre compte de la portée réelle de l’exercice”.
Cette volonté de susciter l’adhésion ”risquerait même de réduire la DPG à la qualité de la prestation oratoire, à l’efficacité de quelques formules ou à la réaction immédiate de l’hémicycle”.
”Une Déclaration de politique générale est bien davantage qu’un discours réussi. Elle constitue un acte institutionnel par lequel un chef de gouvernement propose une lecture de la situation nationale, hiérarchise les priorités, transforme des orientations politiques en engagements publics et accepte de soumettre son action à une évaluation future”, a estimé Khadiyatoulah Fall.
”Résister à la tentation du lyrisme”
Dans l’histoire de la Déclaration de politique générale au Sénégal, des Premiers ministres – on cite souvent Idrissa Seck- se sont distingués aussi par leur éloquence, l’art de convaincre voilant même le contenu. ”Seulement convaincre ne signifie pas séduire”, avertit le spécialiste.
Le Premier ministre gagnerait, plutôt, à ”résister à la tentation du lyrisme, de la surenchère verbale et de la sophistication démonstrative”, a-t-il préconisé.
Khadiyatoulah Fall est convaincu que dans cette ”conjoncture particulière, convaincre ne consistera ni à effacer les difficultés ni à minimiser les désaccords”.
Il s’agira, a poursuivi M. Fall, de montrer que le gouvernement connaît les contraintes, qu’il possède une méthode pour les traiter et qu’il accepte de rendre compte des résultats.
L’universitaire a souligné que la forme de la DPG est aussi importante, que le fond. ”Une DPG ne convainc pas parce qu’elle est brillante. Elle convainc lorsqu’elle établit une correspondance crédible entre les mots, les moyens, le temps et les résultats”, a-t-il analysé.
Dans une DPG, convaincre ne consiste pas seulement à séduire un auditoire ou à remporter momentanément une bataille de communication. Il s’agit de rendre une situation intelligible, un choix légitime, une action possible et un engagement crédible”, a-t-il insisté.
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