Retour sur la première DPG : Mamadou Dia, le discours souverainiste et la méthode pragmatique
Retour sur la première DPG : Mamadou Dia, le discours souverainiste et la méthode pragmatique

SENEGAL-GOUVERNEMENT-HISTOIRE

Dakar, 6 sept (APS) – Mamadou Dia, le premier chef de gouvernement du Sénégal indépendant – président du Conseil était l’appellation consacrée à cette époque -, a prononcé sa déclaration de politique générale (DPG) devant la représentation nationale, le 4 avril 1961, déclinant son plan de développement économique et social, l’affirmation de la souveraineté du Sénégal, entre autres axes.

L’appellation était différente – l’on ne parlait pas encore de déclaration de politique générale -, mais le rituel reste le même, pour un objectif identique.

Le Premier ministre Mamadou Dia, alors appelé président du Conseil, a fait son grand oral devant les députés, en présence de délégations étrangères invitées à la cérémonie marquant le premier anniversaire de l’indépendance du Sénégal, qui avait accédé à la souveraineté internationale en 1960.

Le premier Plan de développement économique et social était doté de 92 milliards de francs CFA d’investissements, dont 42 milliards de fonds privés et 50 milliards de ressources publiques, incluant environ 27 milliards d’aide extérieure, selon un document des Archives nationales consulté par l’APS.

Mamadou Dia visait, à travers ces ressources, une croissance de la production intérieure brute de 8 % par an, une hausse du niveau de vie par habitant “de plus de 3,5 % par an”, le doublement du taux de scolarisation, de 28 % à 51 %, la création de 2 500 nouvelles classes et d’environ 10 000 emplois industriels, 1 836 km de routes revêtues et 875 km de pistes améliorées, ajoute la même source.

Il s’agissait, selon lui, d’un plan qui “dégage les grandes lignes de l’évolution souhaitable de notre économie dans la période des 25 années à venir, correspondant approximativement au temps où la population de notre pays aura doublé”. 

Mamadou Dia tablait ainsi sur “le doublement du niveau de vie” et un “quadruplement de la production commercialisée”.

Discours sur l’indépendance 

Pour la réalisation de ce plan, le chef du gouvernement d’alors avait sollicité une “mobilisation nationale” au-delà des clivages politiques.

Il avait exhorté à “politiser la vie de la nation entière, mais par le même mouvement [à] restituer à la politique son sens véritable”. 

“Il est temps que nous cessions de faire de la politique selon les termes d’une histoire parlementaire d’Occident qui n’est pas la nôtre”, avait-il lancé, appelant à ne pas “analyser [les choses] en termes d’opposition, de majorité et de mandat électoral”.

Mamadou Dia, surnommé  “Maodo”, le sage en pulaar, s’était convaincu d’une chose : “L’indépendance n’a jamais signifié pour nous autre chose qu’un rite de passage fondamental, un rite de libération, mais non pas l’accession à un absolu où le tout est acquis et possédé définitivement”.

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Il prônait ainsi une décolonisation “jusqu’au plus profond de nous-mêmes et pas seulement au niveau des apparences”, estimant que l’indépendance est “une phase de déstructuration et de restructuration”. 

Il militait également pour une économie basée sur les ressources internes, en refusant de considérer que “tous les problèmes seront résolus essentiellement par un apport extérieur”. 

“Une aide extérieure si disproportionnée, appliquée à des réalités nationales passives et repliées sur elles-mêmes ne pourrait que les écraser, instaurer un néo-colonialisme quelle que soit la coloration de l’étiquette dont on pourrait tenter de le masquer”, avait-il déclaré dans son texte lu à l’Assemblée nationale.  

“Notre idéologie, c’est le socialisme africain”

Le chef du gouvernement appelait plutôt les partenaires étrangers à une “coopération loyale”.

Parmi les autres axes majeurs de la déclaration de politique générale de Mamadou Dia figurait l’idéologie du socialisme africain érigée en doctrine officielle, alors que le Sénégal et d’autres pays venaient de sortir de la colonisation.

Evoquant “la réponse sénégalaise aux problèmes de l’indépendance”, le président du Conseil avait souligné qu’elle était doctrinale. 

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“Notre idéologie, c’est le socialisme africain”, avait-il insisté, la définissant comme “un véritable socialisme et un humanisme véritable”, à partir des réalités et des valeurs africaines, et “sans renier pour autant les apports fécondants des cultures extérieures”

Tel l’enracinement et l’ouverture, une approche chère au président de la République de l’époque, Léopold Sédar Senghor.

HK/HB/BK/MTN