”La démocratie, c’est Wade”, affirme Ndèye Maguette Dièye, ancienne responsable libérale
”La démocratie, c’est Wade”, affirme Ndèye Maguette Dièye, ancienne responsable libérale

SENEGAL-POLITIQUE-CENTENAIRE-TEMOIGNAGE

Dakar, 30 mai (APS) – Ndèye Maguette Dièye, figure emblématique du Parti démocratique sénégalais (PDS), a salué la contribution de l’ancien président Abdoulaye Wade (2000-2012) à la démocratie sénégalaise, à l’occasion de la célébration de son centenaire prévue les 4 et 5 juin à Dakar.

Ndèye Maguette Dièye fait partie des compagnons des premières heures du “pape du Sopi”, en référence à son combat pour le changement et l’alternance politique. Dans un entretien avec l’APS, à son domicile de la Sicap Foire, la voix tremblotante et les phrases hachées, l’ancienne égérie du PDS révèle avoir été victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC).

Dans une élocution lente et requérant une attention particulière pour saisir les mots, Ndèye Maguette Wade ne cache pas ses émotions en voyant la République rendre hommage à l’ancien président de la République, né le 29 mai 1926.

Agée de 75 ans, elle avait choisi Idrissa Seck, l’ancien Premier ministre du président Wade de 2002 à 2004, dans son duel avec son mentor. Et pour rien au monde, elle ne souhaite revenir sur cet ”épisode douloureux”, afin de ne pas ”gâcher la fête”, considérant l’hommage rendu par la République comme une ”apothéose” du parcours de Abdoulaye Wade.

”La démocratie (au Sénégal), c’est Wade !”, lance Mme Dièye, sur un ton affaibli par les séquelles de sa maladie, trouvée dans sa chambre faisant aussi office de salon, d’où elle ne sort qu’à de rares occasions.

Elue ”sous la bannière de l’Unacois” conseillère économique et sociale sous la présidence de Famara Ibrahima Sagna (1993-2001), Ndèye Maguette Dièye soutient que la première élection de Abdoulaye Wade face à Léopold Sédar Senghor, en 1978, était ”la plus difficile”.

”Les gens votaient encore comme bon leur semblait, sans aucune sécurité ni transparence dans les bureaux de vote. Et c’est [Abdoulaye] Wade qui a mis fin à tout cela”, a-t-elle martelé, faisant allusion aux 26 ans d’opposition de son ancien leader.

”Suzanne Sanokho, Ndèye Dieynaba Dianté, Coumba Mané et moi…”

Sous le régime de Abdou Diouf aussi, Ndèye Maguette Dièye raconte une anecdote révélatrice d’un pays en quête de démocratie.

”Abdoulaye Wade devait se rendre à Thioubalel [dans le département de Podor, nord), fief de Lobatt Fall, député socialiste, tout puissant, mais il fallait une autorisation de l’administration. C’est ainsi que Wade a appelé au ministère de l’Intérieur, sous Jean Collin, qui a fixé un jour pour la visite de Thioubalel”, se souvient Ndèye Maguette Dièye, avec un effort pour lâcher un sourire obstrué par une santé chancelante.

Elle ajoute : ”Et pour faire échec à toute mobilisation, Lobatt Fall a demandé aux femmes de sa localité de ne pas faire le déplacement. Ce qui fait que nous n’avions trouvé personne sur place”.

Mais, l’ancienne députée se dit convaincue que nombre de responsables du PDS ont été d’un grand apport pour Abdoulaye Wade et son combat pour l’avènement de la démocratie et des libertés. Elle a notamment cité Fara Ndiaye, Boubacar Sall, Serigne Diop, Ousmane Ngom, Idrissa Seck, entre autres.

“Mais aussi de grandes dames engagées comme Suzanne Sanokho, Ndèye Dieynaba Dianté basée en France, Coumba Mané décédée récemment, et moi-même ; bref la jeunesse féminine de l’époque”, fouille-t-elle dans sa mémoire, trébuchant par moments sur les dates. ”Excusez-moi, depuis mon AVC, je retiens difficilement les dates”, dit-elle.

”Donc, la démocratie, c’est Wade. Mais la démocratie, c’est aussi nous qui nous sommes battus à ses côtés. Nous le vénérions à la limite, c’était un père pour nous”, a-t-elle insisté.

Dans cette aventure dans l’opposition, cette Saint-Louisienne de père et de mère, qui n’a cependant jamais fait de la ”Vieille ville” son bastion politique, préférant la Médina, puis Zone B, deux quartiers de Dakar, raconte ses déboires judiciaires aux côtés du ”Pape du Sopi”.

Pour sa dernière arrestation, un inspecteur de police du commissariat central de Dakar n’a pu taire son étonnement de la voir toujours échapper à la prison. ”Il m’a dit : +Ndèye Maguette, tu es toujours interpellée, mais tu n’as jamais été envoyée en prison+. Et il l’a consigné dans son PV. Me Madické Niang, notre avocat à l’époque, m’a aussi rapportée que le juge lui a fait la même remarque”, raconte la commerçante de profession qui a arrêté ses études en classe de 6ème.

La douloureuse séparation entre Wade et Idrissa Seck

C’est le 23 décembre 1974, près de cinq mois après la création du PDS, qu’elle dit avoir adhéré au parti dit ”de contribution” sous le régime du président Senghor, devenu plus tard d’obédience libérale. ”C’est Adama Wade [le frère aîné de Abdoulaye Wade] qui a amené les cartes et les a remises à ma mère, qui était socialiste”, a-t-elle rappelé.

Sa mère, devenue militante du PDS, lui remit une carte de membre du Pds. ”Mais je n’ai commencé à y mener des activités qu’en 1976. Et depuis lors, je n’ai jamais quitté le parti jusqu’à la séparation douloureuse entre Abdoulaye Wade et Idrissa Seck”, a-t-elle précisé, par moments les yeux larmoyants de regrets.

Elle considère Idrissa Seck comme ”le meilleur de tous les compagnons” de Me Abdoulaye Wade, ”injustement combattu et écarté” par ceux qu’elle qualifie d’”arrivistes”.

”Je vous assure que même dans les derniers instants de son régime, [Abdoulaye Wade] m’a fait appeler pour me donner de l’argent avec pour mission de remobiliser les femmes en sa faveur, mais j’ai décliné”, confie-t-elle.

”Même Awa Diop [ancienne responsable des femmes du PDS décédée en 2021] avait à un moment donné suspendu ses activités pour aller au Burkina. A son retour, Moumy Samb et moi l’avions réintégrée dans le parti. Woré Sarr aussi était membre du COSAPAD [Comité de soutien à l’action du président Abdou Diouf] jusqu’à la veille de l’avènement de l’alternance de 2000”, explique-t-elle.

HK/ASB