SENEGAL-MODE-PATRIMOINE
Dakar, 15 fév (APS) – Le Grand Théâtre national de Dakar abrite une exposition immersive par le bais de laquelle la styliste et costumière sénégalaise Maguette Guèye propose un voyage dans le temps et l’espace, à travers l’héritage vestimentaire du Sénégal et les savoir-faire locaux.
Intitulée “La cour royale de Maam”, cette exposition ouverte vendredi se poursuit jusqu’en mai prochain.
Elle présente la richesse du textile sénégalais à travers les traditions de différentes ethnies du pays, des sérères, aux wolofs, en passant par les peulhs, les mandingues, les manjacks et autres.
La scénographie de cette exposition tient en plusieurs espaces mettant en exergue des savoir-faire textiles, des modes de vie, une manière d’être, un langage, une identité, mais fait surtout ressortir l’élégance de la coiffure traditionnelle avec le foulard noué, en passant par les parures, les habits qui s’entremêlent avec des tissus variés.
Maguette Guèye dévoile la richesse de l’héritage vestimentaire sénégalais encore vivant, à travers le “Penc”, espace de parole (carrefour ou grand-place), “la chambre et le trône”, lieu de l’intime, de l’autorité et de la dignité, ou encore l’espace couture (“Mbar de Kocc Barma”) renvoyant à la confection et surtout à la transmission.
Il y a aussi l’espace “Mbootaay”, cercles de solidarités des femmes, en plus de tout le patrimoine iconographique fixé sur les murs (“Xoymet”), des clichés-portraits glanés dans les malles de Mama Cassé et de Xavier Rocou, des scènes de fêtes, des images de studio, entre autres.
L’ambition de Maguette Guèye, à travers cette exposition, est de faire prendre conscience d’un certain savoir-faire et de sa disparition, dans l’optique d’une invite à la préservation de cet héritage. “Le vêtement n’est pas seulement un tissu, c’est une mémoire qui se porte, un langage qui relie les générations”, explique la styliste.
Depuis 2021, la styliste, fondatrice de la “Penderie de Maam”, travaille sur cette mémoire vestimentaire après s’être confrontée à une absence de références et d’archives vivantes du vêtement sénégalaise dans son travail de costumière.
Débute ainsi un travail de recherche, d’abord à l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN), à Dakar, puis dans les différentes contrées du Sénégal, en allant à la rencontre de 25 groupes ethniques du pays, pour recueillir vêtements, coiffures, accessoires remontant parfois jusqu’au 17e siècle.
Pour la directrice de la Galerie nationale, venue représenter le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, cette exposition touche le cœur de l’identité nationale.

“Avec cette initiative singulière, nous ne visitons pas seulement une galerie de costumes, nous pénétrons dans un sanctuaire de la mémoire”, a commenté Anne Marie Faye, estimant que le vêtement au Sénégal n’a jamais été seulement un apparat. “Il est langage, un code social, une archive vivante de notre dignité et de notre résistance”, dit-elle.
En décidant de magnifier l’héritage vestimentaire du Sénégal, Maguette Guèye fait œuvre de conservation patrimoniale, mais aussi de création contemporaine, a ajouté la directrice de la Galerie nationale.
Selon Sophie Zinga Sy, directrice de l’Agence pour la promotion et le développement de l’artisanat, cette exposition qui donne à voir et à ressentir le langage silencieux de la mémoire, permet de redécouvrir et de célébrer le génie créateur des tisserands, teinturiers et artisans d’art sénégalais dont le savoir-faire a traversé les générations pour préserver et transmettre l’identité culturelle sénégalaise.
“Cette exposition incarne pleinement notre vision de faire de nos savoir-faire traditionnels des piliers structurants de notre développement à travers des espaces de mise en lumière et de valorisation, à l’image de la cour royale de Maam”, a-t-elle conclu.


FKS/ADC/BK

