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Dakar, 21 avr (APS) – Pilote de ligne de formation et entrepreneur passionné des technologies émergeantes, Khadim Guèye fait partie de ces jeunes acteurs de la technologie au service de besoins concrets. En mettant en place “VYO transport et livraison”, une solution de mobilité urbaine, il ambitionne d’ancrer au Sénégal et en Afrique une part significative de la valeur générée par les plateformes numériques en adaptant la technologie aux réalités locales.
Dans le calme de son élocution, l’ancien pensionnaire du collège Notre Dame du Liban de Dakar laisse transparaître une rigueur façonnée par les sciences et les expériences accumulées au fil des années, entre le Sénégal, son pays d’origine, la France et le Canada.
Faisant montre d’une certaine disponibilité à partager son parcours académique et professionnel, ainsi que les enjeux actuels liés aux innovations numériques, il parle volontiers de sa trajectoire sans rupture, presque naturelle, où chaque étape semble préparer la suivante.
Formé d’abord au Sénégal, il affine ses bases en France, à l’institut Galilée de l’Université Sorbonne Paris XIII où il effectue une année préparatoire en mathématiques appliquées.
Insatiable, toujours à la recherche de nouvelles connaissances, souvent les plus pointues dans son secteur d’activités, il poursuit ses études au Canada, à l’Université Polytechnique de Montréal. C’est justement au pays du Grand Nord Blanc qu’il va se construire jusqu’à devenir pilote d’avion de ligne.
Mais au-delà des trajectoires aériennes, c’est une autre élévation que va connaître sa trajectoire, cette fois-ci plus discrète et plus intime, celle d’une passion pour la technologie.
”Ma passion pour la tech est née de mon niveau d’excellence en mathématiques et en sciences dès le plus jeune âge, combiné à un esprit entrepreneurial qui m’a toujours poussé à créer des solutions innovantes”, confie Khadim Guèye à l’Agence de presse sénégalaise.
Le temps s’occupera du reste, avec le déclic venu des distances et comparaisons. Après dix années passées au Canada, une trentaine de pays parcourus, une idée a fini par s’imposer à lui : revenir au bercail et participer à la dynamique de construction nationale, en mettant à profit son expertise engrangée à l’étranger.
Capter de la valeur ajoutée et générer de la richesse locale
”Après dix ans passés au Canada et une trentaine de pays visités, j’ai voulu créer un géant local, en essayant de faire en mieux sur place ce que l’on voit ailleurs chez les grands de la tech”, explique-t-il.
Ce retour n’est ni un hasard ni une nostalgie, mais un choix stratégique, presque une responsabilité sociale. Aux côtés de son ami, Madiké Sène, ingénieur en développement informatique et compagnon de route de longue date, il s’attelle à transformer cette idée en action concrète.
”Nous avons identifié des problématiques réelles auxquelles il fallait apporter des réponses concrètes”, dit-t-il.
Au cœur du projet, un constat s’impose, avec en ligne de mire des enjeux économiques majeurs : la nécessité de structurer la mobilité et les services digitaux, tout en captant une part significative de la richesse qu’ils génèrent.
”Nous avons identifié un besoin fort axé sur les réalités locales dans le secteur de la mobilité et dans nos besoins quotidiens en services digitaux”, explique Khadim.
Mais au-delà de l’usage, c’est une question de milliards qui se joue, fait-il savoir. “Aujourd’hui, une grande partie de la valeur générée par les plateformes internationales quitte nos économies”, déplore-t-il.
Dans un secteur où certains acteurs ont généré plus de 4 milliards de dollars en Afrique en 2024, l’ambition de VYO est claire : inverser cette tendance en essayant de retenir une part importante de cette richesse sur le continent, martèle son promoteur.
”Avec VYO, affirme-t-il, nous proposons un modèle différent : un gérant local qui réinvestit dans l’économie nationale, crée de l’emploi et accompagne les acteurs locaux, tout en contribuant à la formalisation du secteur informel”.
Il s’agira, selon lui, de mettre sur pied une logique de redistribution où “chaque transaction devient un levier de croissance interne”.
Le potentiel du marché sénégalais renforce cette projection. Avec plus de 450 mille véhicules motorisés recensés, un chiffre qu’il juge ”en dessous de la réalité”, sa plateforme ambitionne ainsi de se positionner sur un vivier économique considérable.
Selon lui, l’objectif poursuivi consiste à “générer plusieurs millions de dollars dès la première année, en s’appuyant sur la croissance observée chez les leaders du secteur”.
Sur le terrain, les premiers indicateurs confirment cette dynamique. ”Aujourd’hui, nous avons recruté plus de 1700 chauffeurs en moins d’un mois”, affirme M. Guèye, évoquant une action concrète d’accompagnement.
Prévoir des fonds d’amorçage pour conduire les startups locales à leur plein potentiel
Derrière ces chiffres, se dessine un impact direct sur l’économie locale : des centaines, voire des milliers d’acteurs intégrés dans un circuit formalisé, générateur de revenus réguliers.
“Nous avons recensé un nombre important de cartes d’identité et de permis de conduire, ce qui permet de sécuriser et professionnaliser l’activité”, a encore fait valoir Khadim Guèye.
Pour le moment déployé à Dakar et à Thiès, le projet porte, à long terme, une ambition continentale. “Nous voulons bâtir un écosystème digital complet, comme un Alipay africain, avec des services de paiement, de livraison, de transport et une marketplace, à l’échelle panafricaine”, indique-t-il, insistant sur une approche visant à capter une part croissante des flux économiques générés par le numérique en Afrique.
Mais cette montée en puissance se heurte encore à certaines réalités. “La principale difficulté, c’est la formation nécessaire à l’adoption des technologies numériques”, reconnaît-il en faisant allusion à certaines limites du secteur informel.
Il note que le manque d’outils légaux comme le permis de conduire chez certains conducteurs de motos reste un défi pour davantage connecter le secteur aux opportunités qu’offre le numérique.
Sans financement pour l’instant, la startup prépare déjà la prochaine étape. ”Nous souhaitons lever des fonds pour accélérer notre croissance et rivaliser avec les grands acteurs internationaux”, dit son promoteur, parlant d’un passage clé pour changer d’échelle et maximiser l’impact économique de son actitivité.
”Il faut un cadre de financement plus structuré et des fonds d’amorçage pour permettre aux startups locales d’atteindre leur plein potentiel”, suggère Khadim Guèye, se félicitant du fait que “les chiffres racontent déjà une transformation en marche”.
”Je vois la tech au Sénégal et en Afrique comme un moteur de transformation unique. Les emplois que la tech peut créer n’ont pas d’équivalent dans les secteurs traditionnels”, a-t-il fait remarquer.
L’enjeu, selon lui, consiste à mettre en place des mécanismes allant dans le sens de capter, structurer et redistribuer cette manne financière en la mettant au service des économies locales.
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