SENEGAL-SOCIETE
Kédougou, 17 avr (APS) – La communauté bassari a sonné la mobilisation pour la reconnaissance officielle du quartier Kongori de la ville de Kédougou alors que des voix s’élèvent pour le rebaptiser ”Dar Salam”.
Le quartier Kongori tire son nom de sa fondatrice, feue Kongori, une femme en situation de handicap physique qui s’installe, dans les années 1980-90, sur un site marécageux où personne ne voulait venir habiter. L’espace était hostile à cause des mares et de la brousse épaisse.
”Il existe à Kédougou un quartier qui porte le nom d’une femme. Une femme bassari, handicapée, qui s’est installée seule dans une zone marécageuse hostile. Elle a défriché un champs d’arachide et a fondé une communauté entière par sa seule présence et son courage”, a déclaré Pendala Boubane, porte-parole de la communauté bassari.
Elle s’exprimait lors de la journée d’hommage à Kongori, figure emblématique de la communauté Bassari. L’évènement a rassemblé des autorités coutumières, des délégations de classes d’âge et des représentants de la société civile de Kédougou.
Pendala Boubane a expliqué que la communauté Bassari a lancé officiellement le projet de dénomination du quartier et de l’école ‘’Kongori’’, alors que des voix plaident pour un changement d’appelation.
”Sa trajectoire n’est pas un cas isolé. Elle est l’expression la plus aboutie d’une résilience ancrée dans la culture bassari depuis des siècles, une résilience que portent, au quotidien, des milliers de femmes de cette région”, a-t-elle expliqué.
”Autour d’elle, un quartier a grandi, des familles y sont installées, une communauté est formée. Ce quartier existe aujourd’hui. Il a des habitants, des enfants, des marchés, des débats. Et il porte son nom”, a-t-elle ajouté.
La communauté bassari , par la voix de Pendala, a dénoncé la proposition de rebaptiser le quartier ”Dar Salam”, soulignant que ”la tradition locale est claire sur les lieux qui portent les noms de leurs fondateurs”.

A titre d’exemple, elle cite ”les grands quartiers de la ville de Kédougou: Dandémayo (près du fleuve), Pasteur Butler (missionnaire aux actions sociales reconnues). Selon elle, ”défendre ce nom, c’est refuser que l’histoire des femmes ordinaires qui ont bâti des lieux disparaisse”.
Hommage à mère Kongori Bianquinch
La jeunesse a besoin de connaître les étoiles brillantes pour se repérer et des modèles pour se construire, a déclaré Tama Bindia, sage dans la communauté Bassari de Kédougou.
”C’est l’Education par le modèle qui le demande. Et sur commande des jeunes bassari qui ont peur de vivre dans un Vaisseau sans boussole, je me fais le devoir de vous livrer les témoignages sur une femme particulière, aux traits qui incluent l’empathie, la générosité, le travail, la résilience, l’humanité la spiritualité et la morale. Je veux nommer ‘Chathia’’ Kongori Bianquinch, la femme de valeur, très respectueuse, indépendante, entreprenante qui nous a légué le sens de la persévérance”, a-t-il témoigné.
Tama Bindia, par ailleurs enseignant à la retraite et ancien premier adjoint au maire de Kédougou a retracé la vie et l’œuvre de mère Kongori, invitant les enseignants de l’école élémentaire à enseigner son histoire aux élèves.
”Péna, troisième fille de sa mère Yapeké dans l’ordre de naissance des filles, est née un mercredi (troisième jour de la semaine), le 10 janvier 1945 à Ekess où elle fit ses premières humanités. A l’âge de 6 ans, en 1951, son père Doupéline accepta que Péna entre dans le +ambofor+, case commune des oɗëgw. Elle y apprit à aimer ses camarades de classe d’âge, à respecter ses parents et les anciens, à servir la communauté”, a-t-il rappelé.

Son amie de classe d’âge, Kemé-Kemé de Kapéline dite Coumba Ndiaye (épouse du patriarche Bassari de Kédougou) raconte : ”Kongori était une fille éblouissante, une belle danseuse et une chanteuse exceptionnelle, admirée par tout le monde. Kongori et sa compagnonne Ingëmeɗ de Gonanguedémi avaient remporté la palme d’or à la danse de eyëkw en 1959. Hélas, à l’âge de endojar, Kongori commença à avoir des soucis de santé : elle souffrait de la maladie de Hansen”.
Le pasteur Isaac, qui fut bercé par Kongori, évoque ”la grand- mère, une femme très pieuse”. ”Elle est entrée dans la communauté chrétienne depuis Ekess. A Kédougou, elle ne manquait pas aux messes de dimanche. Elle avait choisi le prénom de Cécile, prénom interprété comme une invitation à la vision intérieure à la spiritualité. Cécile Kongori était une visionnaire, une mère qui s’identifiait beaucoup plus à son esprit qu’à son corps”, dit-il.
Elhadj Salif Diallo dit Jean Diallo, notable très attachée à la communauté Bassari a lui aussi rendu hommage à cette ”brave femme”.
”Je connaissais bien Kongori. C’était une femme très sage qui réfléchissait avant d’agir. Elle avait mené d’abord des investigations avant d’occuper la parcelle. Devant le Pasteur Pierre, je lui ai raconté l’histoire de ces parties nord et sud sur la route de Tambacounda”, a-t-il rapporté.
En effet, c’est le président Senghor, venu en tournée économique à Kédougou en 1964, qui a autorisé le Pasteur Butler à exploiter ce vaste domaine et la création de l’Ecole Polyvalente Polytechnique(EPP) à l’actuelle nouvelle gare routière, selon Jean Salif Diallo.
”Karim Sidibé (ancien conducteur de tracteur à la SODEFITEX), Dian-Woury Diallo (ancien chauffeur à la SODEFITEX, père de Mamadou Diallo collaborateur du maire Ousmane Sylla), Timothée Boubane (ancien chauffeur du professeur Abdoulaye Bathily) et moi-même (ancien chauffeur du Tribunal départemental) fûmes les premiers apprenants de cette école de formation dans la filière agronomie”, a-t-il poursuivi.
”Le côté sud (actuel Kongori) était exploité par quelques bassari et les charbonniers du village de reclassement Fadiga. Mes mots ont encouragé Kongori à occuper la place le site en question”, a-t-il conclu.

PID/ABD/OID/AKS


