SENEGAL-MODE-PROFIL
Dakar, 4 août (APS) – ‘’Kamal Raw’’, une marque de vêtements ”Made in Senegal”, qui entend révolutionner la mode africaine avec ‘’perfection’’ et unir les peuples, fait son chemin grâce à la créativité de son fondateur et directeur artistique, Mohamadou El Lamine Diallo,
Plus connu sous le pseudonyme Kamal, le jeune homme frêle aux longs dread blocks souvent enveloppés dans un béret s’est lancé dans la mode en 2019. Une année seulement plus tard, ”Kamal Raw”, qui est l’union entre le terme arabe ”kamal” (perfection) et ”raw”, qui renvoie à ”révolution africaine” prend son envol en pleine pandémie du Covid-19.
Grâce à la communication digitale sur les réseaux sociaux en plein essor durant cette période, la marque se fait remarquer par une touche reconnaissable parmi mille : une broderie noire et blanche ponctuée de rouges qui la distingue des autres créateurs, marquant ainsi son ancrage culturel au Sénégal et sa référence à la confrérie mouride.
‘’Le noir symbolise le début, le blanc l’évolution et les points rouges symbolisent le sang qui lie l’humanité. Le concept de la marque est d’unir les peuples par le vêtement’’, explique Kamal, qui reçoit ce jour-là dans son studio labo, situé non loin du rond-point Castors, à Dakar, et inauguré en mai dernier.
Le styliste, qui s’inscrit dans la tendance de ce qu’il appelle ”prêt-à-porter africain autrement”, mélange dans ses coupes de vêtements urbains les styles asiatique et européen, des tissus locaux avec des matières étrangères.
‘’En matière de tissus, on n’a pas de limites. On utilise toutes sortes de matières du moment que ce tissu nous parle et peut s’apprêter à ce que nous voulons faire’’, fait-il savoir.

Un travail d’expérimentation perpétuelle
Dans son espace de création baptisé ‘’Labo studio mode design’’, Kamal s’active, avec son équipe, dans un travail permament de recherche et d’expérimentation jusqu’à la présentation du produit final.
‘’Dans toutes nos créations, vous verrez que c’est un travail de recherche qui a été fait en amont et cela demande des recherches, des expérimentations, des ateliers de travail avec l’équipe. D’où ce nom +Labo+ (laboratoire), parce qu’on n’aime pas être dans notre zone de confort. A chaque fois, on veut présenter des choses nouvelles à notre clientèle constituée en majorité d’Africains et d’Occidentaux. Alhamdoulilah ! jusque-là, on arrive à faire quelques prouesses. Donc, c’est une recherche perpétuelle’’, souligne-t-il, précisant que la finalité est d’avoir des tenues uniques.
Son équipe est composée de huit employés, dont lui directeur artistique, le chef d’atelier et le reste du groupe.
Mohamadou El Amine Diallo, qui a effectué tout son cursus scolaire et artistique à Dakar, a été attiré dans ce secteur par le graffiti. Puis, au fil des ans, il crée en 2005 avec un ami la marque ‘’Mbedd Joloff’’. D’ailleurs, son nom d’artiste à l’époque jusqu’en 2015 était Poulo. ‘’C’est à travers cette marque que j’ai acquis beaucoup d’expériences’’, dit-il.
L’artiste marque un break artistique de trois ans, ‘’un black-out total’’ et revient en devant la scène en 2019 avec “Kamal Raw”. La raison de ce retrait ou plutôt ‘’retraite’’ était, selon lui, ‘’spirituelle’’.
Le digital, une porte ouverte sur le monde
Son retour coïncide avec la pandémie du Covid 19 et le confinement, Kamal passe alors par les réseaux sociaux comme Facebook et Instagram pour faire connaitre son travail.
L’explosion dépasse ses attentes, faisant de lui un mystérieux créateur car, le styliste a mis en avant ses vêtements sans jamais apparaître sur ses publications.
Ce n’est qu’en 2021-2022, lors du Jaba (le marché des industries culturelles et créatives) organisé par le fashion curator Khalil Cissé, que ses différents clients à travers le monde ont pu mettre un visage sur son nom.

‘’Aujourd’hui, si la marque existe dans la diaspora, c’est grâce à Facebook et Instagram, car on n’arrête pas de publier. Tout le temps, on publie. C’est notre quotidien, on ne fait pas autre chose’’, explique l’artiste.
La configuration du labo studio en dit long, car la marque Kamal Raw n’a pas une porte donnant accès sur une rue ou une avenue de Dakar. Elle évolue dans un studio au deuxième étage d’un immeuble au rond point Castor.
A l’intérieur, l’appartement est aménagé de sorte à pouvoir faire des photos et montrer les créations sur le digital.
Kamal Raw se commercialise partout dans le monde grâce au numérique, surtout avec la vente en ligne, même si, parfois, le designer note des achats physiques.
‘’Le numérique nous facilite beaucoup de choses. Je publie seulement mon travail. Je ne parle que du design. Je ne parle pas de politique, ni d’autre chose. Car dans ma clientèle, il y a des gens de tous bords. Je suis un artiste, je ne suis pas là pour prendre position’’, explique-t-il, estimant toutefois que cela ne signifie pas qu’il ne s’intéresse pas à la politique. Pour lui, un artiste doit proposer des solutions et non pas exposer que des problèmes.
‘’A travers le design, je propose mes solutions. Aujourd’hui, on parle d’autonomie, de souveraineté. Depuis 2010, j’avais l’habitude de dire, un pays qui ne fabrique pas ne peut pas parler de développement. Et moi je suis dans cette optique. Ma politique, c’est cela, inciter nos autorités à croire aux artisans et aux designers d’ici, à développer une industrie culturelle et créative au vrai sens du terme. Soit elles poussent à développer le secteur textile en innovant, en installant des industries textiles, soit elles nous facilitent l’accès aux matières et à certaines formations aussi’’, plaide Kamal qui cite le savant sénégalais Cheikh Anta Diop, qui disait ‘’à formation égale, la vérité triomphe’’.
De décorateur d’intérieur à styliste designer
Mohamadou El Amine Diallo n’est pas parti du néant. Interdit surtout de parler d’’’autodidacte’’, ni de formation sur le tas devant lui. Il n’aime pas ces mots, car pour lui, on s’imprègne de quelque chose. Dans son cas, il a été d’abord décorateur d’intérieur sous l’aile de Maguèye Ly qui l’a introduit dans ce milieu. Mais Kamal avait toujours en tête son rêve Den devenir styliste-designer.

Son salaire gagné grâce à son travail de décorateur lui a permis de se payer des livres de mode et de se connecter dans un cybercafé pour suivre des défilés et des émissions sur le sujet.
‘’Tout cela m’a servi aujourd’hui à développer la marque’’, lance Kamal dont le studio accueille aussi d’autres jeunes stylistes.
Le styliste designer reconnaît que faire une carrière dans le monde du design ressemble à un parcours de combattant.
‘’Je n’ai pas eu beaucoup de chance par rapport à mes aînés. Ils ne m’ont pas ouvert leurs portes. Je ne veux pas que la nouvelle génération aille dans les cybercafés’’, dit-il, révélant accueillir dans son studio la marque ‘’Doxaline’’ d’une jeune femme à qui il veut donner un espace pour qu’elle puisse développer son projet et prendre son envol.
Aujourd’hui, Kamal, qui, jusque-là, finance seul son business, plaide pour un accompagnement des jeunes entrepreneurs comme lui sur le plan de la formation, de l’accès aux matériels et aux financements.
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