SENEGAL-MONDE-OLYMPISME-PORTRAIT
Par Ibrahima Diouf
Dakar, 23 juil (APS) – Boubacar Diop, étudiant en deuxième année au Centre d’études des sciences et techniques de l’information, l’école de journalisme de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), fait partie des seize jeunes reporters sélectionnés par le Comité international olympique (CIO) pour couvrir le premier événement olympique organisé en Afrique. Une opportunité exceptionnelle que le futur journaliste entend mettre au service de son apprentissage et du rayonnement du Sénégal.
À 100 jours des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026 (31 octobre-13 novembre), il est revenu sur ce projet qui s’annonce comme l’aventure d’une vie. Une occasion unique de raconter le Sénégal au monde et de contribuer à faire dialoguer les cultures par le sport.
Un soleil de plomb s’abat sur Dakar, ce mercredi 22 juillet, lorsque Boubacar Diop accueille l’APS à l’école élémentaire El Hadji Bassirou Diagne de Gibraltar, dans la capitale sénégalaise.
Le choix du lieu n’a rien d’anodin. Depuis près de huit ans, le jeune étudiant en deuxième année de journalisme au CESTI, y vit avec ses parents, dans le logement de fonction attribué à sa mère, institutrice.
Réservé, presque timide, il s’exprime d’une voix posée, comme s’il pesait chacun de ses mots.
Pour affronter la chaleur étouffante de cette journée de juillet, il a opté pour un simple tee-shirt blanc en coton, dont la sobriété contraste avec l’intensité du soleil qui écrase la cour de l’école.
Après les salutations d’usage, il revient avec un verre d’eau fraîche avant d’inviter le visiteur à s’installer sous un arbre, dans un coin paisible de la cour faisant face à l’entrée principale.
Quelques bancs en bois, refuge habituel des écoliers pendant les récréations, offrent un peu d’ombre.
Sur les murs défraîchis de l’établissement, des citations inspirantes côtoient des fresques et des portraits de grandes figures qui semblent rappeler, à chaque regard, que l’école est aussi un lieu où se forgent les rêves.
C’est dans cet environnement empreint de simplicité que s’est construite une partie du parcours du jeune reporter.
Fils d’une institutrice et d’un enseignant, Boubacar a très tôt appris que l’école pouvait être une maison et le voyage un mode de vie.
Les différentes affectations professionnelles de ses parents l’ont conduit à découvrir plusieurs régions du Sénégal dès son plus jeune âge.
Né à Dakar, il grandit à Ndande Fall, dans le département de Kébémer (Louga), avant de revenir dans la capitale au gré des mutations familiales.
Ces déplacements successifs ont façonné son regard sur le pays. Ils lui ont permis de côtoyer des réalités diverses, de s’adapter à de nouveaux environnements et de développer cette curiosité qui nourrit aujourd’hui sa vocation de journaliste.
Derrière sa discrétion se cache ainsi un jeune homme dont le parcours épouse déjà, à sa manière, les multiples visages du Sénégal.
“Au-delà de notre personne, on représente le Sénégal”, résume-t-il, la voix encore chargée de cette émotion née le jour où il a appris sa sélection.

Plus de deux cents candidats espéraient décrocher l’une des seize places. Lui en fait partie. Une victoire silencieuse qui nourrit désormais une ambition plus grande : apprendre, raconter et grandir.
Lorsque sa mère est affectée à Dakar, la famille retrouve la capitale. Boubacar y poursuit sa scolarité, obtient son Brevet de fin d’études moyennes (BFEM) en 2019, puis son baccalauréat série L en 2022 au Collège Saint-Pierre de Dakar.
Avant le journalisme, il emprunte un autre chemin. Il s’inscrit en sciences politiques à l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (UN-CHK) ex-Université virtuelle du Sénégal (UVS), tout en suivant, en parallèle, la même formation à l’Université catholique de l’Afrique de l’Ouest (UCAO).
Deux années d’études plus tard, une conviction s’impose, sa véritable voie se trouve ailleurs. “J’aime le français, j’aime le sport. Je me suis dit, pourquoi ne pas transformer ces passions en profession ?”, explique-t-il les mains en mouvements.
Cette décision le conduit au concours du CESTI où il est aujourd’hui orienté en presse écrite.
Son passage par les sciences politiques n’est pas un détour inutile. Il y voit une ouverture vers d’autres horizons, notamment l’analyse politique, enrichissant ainsi sa future pratique journalistique.
Les JOJ, une école grandeur nature
Mais c’est le sport qui demeure son premier langage. Depuis l’enfance, le football rythme son quotidien. Pourtant, sa curiosité dépasse largement le ballon rond.
Basket-ball, tennis, volley-ball, Formule 1, MotoGP, chaque discipline nourrit son regard et son envie de comprendre les histoires humaines qui se cachent derrière les performances.
Admirateur de Cristiano Ronaldo, fervent supporter du Real Madrid, sympathisant de Manchester City malgré la rivalité entre les deux clubs, il suit également avec passion les exploits de Lewis Hamilton en Formule 1.
Dans les arènes sénégalaises, son admiration allait à l’ancien Roi des arènes, Balla Gaye 2.
Cette culture sportive constitue, selon lui, un premier bagage pour les JOJ. “On ne peut pas maîtriser toutes les disciplines, mais plus on fait des recherches, plus on regarde des compétitions, plus on apprend”, affirme-t-il.
Durant les Jeux, Boubacar suivra une formation dispensée par le CIO avant de passer à l’action sur le terrain.
Storytelling, photographie, production audiovisuelle, techniques de diffusion… le programme promet une immersion complète dans les différentes facettes du journalisme sportif moderne.
Contrairement aux journalistes professionnels déjà intégrés dans des rédactions, les jeunes reporters évolueront sous la supervision de professionnels expérimentés.
“Nous serons encadrés. Je pense que cela réduira considérablement les différences avec les journalistes plus expérimentés”, estime-t-il.

Conscient que l’apprentissage passe aussi par l’écoute, il compte multiplier les échanges avec ses encadreurs ainsi qu’avec les anciens jeunes reporters sénégalais ayant déjà vécu cette expérience.
” Boubacar, c’est un mec cool, toujours prêt à plaisanter. Il a un côté taquin, mais aussi un esprit un peu atypique, avec une touche de philosophie dans sa manière de voir les choses.” déclare Mahecor Diouf, camarade de promotion au CESTI.
” Pour le chambrer, je lui répète souvent qu’il n’a pas la taille de ses idées. C’est d’ailleurs pour ça que je le surnomme Kirikou : il est petit par la taille, mais il pense en grand.”
Une autre de ses forces réside dans sa maîtrise de l’anglais, qu’il considère comme un outil indispensable.
“Je me suis rendu compte que l’anglais va au-delà du Sénégal et du français. Si l’on veut travailler dans les organisations internationales, obtenir certaines bourses ou participer à certains programmes, il faut parler anglais”, souligne-t-il.
Il entretient cette compétence en suivant les retransmissions sportives en version originale et en échangeant déjà dans cette langue avec les autres jeunes reporters sélectionnés.
À cent jours des JOJ, il ne ressent pas encore la pression. Diop préfère préparer le terrain autrement, identifier les futurs athlètes, nouer des contacts, aller à leur rencontre avant même le début de la compétition.
Il cite notamment l’ouverture d’une école de boxe à Cambérène, dans la banlieue dakaroise, par un ancien champion africain, une initiative qu’il aimerait documenter pour mieux comprendre les trajectoires des jeunes sportifs appelés à défendre les couleurs du Sénégal.
L’héritage olympique au-delà des compétitions
Pour lui, l’héritage des Jeux dépasse largement les quinze jours de compétition. Il y voit d’abord un héritage humain.
Les valeurs olympiques (solidarité, entraide, respect) rejoignent celles qu’il estime essentielles dans le métier de journaliste.
Lui qui reconnaît ne pas être naturellement extraverti considère cette expérience comme une occasion d’apprendre à aller davantage vers les autres, à enrichir son carnet d’adresses et à renforcer sa capacité à recueillir l’information.
Il y voit également un héritage matériel. Chaque jour, en se rendant au CESTI, il longe le stade Iba Mar Diop et observe l’avancée des travaux.
Ces infrastructures, dit-il, “profiteront durablement à la jeunesse sénégalaise et aux fédérations sportives souvent confrontées à un manque d’équipements.”
Selon lui, les JOJ offriront aussi une visibilité nouvelle à des disciplines longtemps restées dans l’ombre du football et pourraient renforcer les ambitions du Sénégal d’accueillir de futures compétitions internationales.
En parallèle à ses études, il continue de vivre pleinement sa passion du sport. Il vient notamment de remporter, avec ses camarades du CESTI, un tournoi de football face au quotidien national Le Soleil.
Bien que n’ayant pas inscrit de but, ni délivré de passe décisive, il garde un souvenir précieux de cette victoire.
“Beaucoup ne pensaient pas que nous allions gagner, c’était exceptionnel”, raconte-t-il avec le sourire.
À travers cette sélection aux JOJ Dakar 2026, Boubacar Diop ne voit pas seulement une ligne supplémentaire sur son curriculum vitae. Il y lit une promesse, celle de raconter son pays au monde, de faire dialoguer les cultures par le sport et d’apprendre auprès des meilleurs.
À l’heure où Dakar s’apprête à écrire une page inédite de l’histoire olympique, le jeune étudiant du CESTI nourrit une ambition simple mais profonde : faire du journalisme un pont entre les hommes, avec le sport comme langue universelle et la curiosité comme boussole.
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