Dakar, 12 juin (APS) – Iwol, village niché à 485 mètres sur les collines des hauteurs de Bandafassi, dans la région de Kédougou (sud-est), se reconnait comme la capitale des Bédiks, un peuple ancré dans ses traditions restées vivaces et dont la perpétuation est garantie par un calendrier commémoratif qui s’étale sur toute l’année.

La première fête de la saison se déroule en novembre, une célébration destinée à remercier Dieu pour la saison des pluies et les récoltes enregistrées, a expliqué Jean-Baptiste Keita, un enseignant natif de Iwol, dans un entretien avec des reporters de APS-TV.

Il y a ensuite le mois de janvier, réservé à la circoncision des garçons âgés de 15 ans, puis vient en avril la période d’initiation “des garçons qui vont rentrer dans le bois sacré pour se former sur comment vivre en adulte. Cette formation dure cinq mois à l’issue desquels ils sont ramenés chez leurs parents”. Il leur est donné, à partir de ce moment, “la liberté de faire ce qu’ils veulent”, selon Jean-Baptiste Keïta.

“Au mois de mai, c’est la dernière fête de la saison réservée aux femmes. Cela marque l’étape du retour de la brousse des hommes qui sont accueillis par leurs femmes avec une +gourdelette+ de vin de mil préparé en leur absence”, explique l’enseignant natif de Iwol.

En plus de toutes ces coutumes bien conservées pour être transmises aux générations futures, Iwol renferme bien d’autres “mystères”, dont un pacte passé avec un génie protecteur, selon Jean-Baptiste, qui fait partie de la lignée des Keita, une des quatre principales familles de Iwol avec les Camara, les Samoura et les Sadiakhou.

“Le diable a été sollicité pour une protection pendant la guerre, des jeunes ont été envoyés vers lui pour qu’il nous aide. Après un exposé de la situation, il a accepté et a envoyé des abeilles qui ont combattu aux côtés des Bédiks jusqu’au retour de la paix”, a-t-il souligné en revenant sur la genèse de ce pacte avec le diable.

 

Les Bédiks, une société bien organisée

Les us et coutumes des Bédiks sont la marque d’une société bien structurée autour de ces quatre familles que sont les Keïta, les Camara, les Samoura et les Sadiakhou et dont les rôles et domaines de compétences sont bien arrêtés, indique-t-il

“Les Keita sont les chefs du village à Iwol, ils sont aussi les dépositaires des classes d’âge. Les Camara, en tant que chefs coutumiers et gardiens des secrets du village, sont chargés de préparer les fêtes. Les Samoura sont de la lignée des forgerons et sont chargés d’arbitrer l’ensemble des conflits de la société bédik. Les Sadiakhou, chargés de la préservation des coutumes, sont la dernière famille de cette société patrilinéaire”, ajoute Jean-Baptiste.

 

Les missions dévolues à chacun de ces quatre clans assurent un fonctionnement harmonieux de la société bédik et du village de Iwol, qui compte au total 618 habitants.

“Notre origine est au Mali. Ce qui nous a fait quitter le Mali, c’est la guerre [qui sévissait à l’époque entre des figures politiques de cette région]. Nous, les Bédiks, sommes venus ici dans les montages au Sénégal. C’était au douzième siècle”, raconte Jean baptiste Keita, véritable mémoire de ce peuple qui fait partie des minorités, numériquement les moins importantes du Sénégal.

Les campagnes d’islamisation du chef guerrier Alpha Yaya Diallo de Labé, l’une des provinces du Fouta-Djalon, constituent également des moments importants de la vie des Bédiks, un peuple resté très attaché à l’animisme et dont le refus d’embrasser l’islam a généré une guerre avec cette figure historique. Les rescapés de cette guerre se sont cachés dans des cavernes, pendant que de nombreuses jeunes filles et femmes, ”belles” la plupart du temps, ont été capturés par Alpha Yaya Diallo et ses hommes.

 

FKS/BK/ASG

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