Industrialisation verte : le Sénégal appelé à transformer le contenu local en capacités productives
Industrialisation verte : le Sénégal appelé à transformer le contenu local en capacités productives

SENEGAL-ECONOMIE-PERSPECTIVES

Dakar, 7 oct (APS) – L’industrialisation verte doit permettre au Sénégal de transformer davantage ses ressources, de renforcer son tissu industriel et de retenir une plus grande part de la valeur ajoutée générée par les investissements, a suggéré, mercredi, à Dakar, le directeur exécutif adjoint du Centre ouest-africain de politiques publiques, Frédéric Kwady Ndecky.

“Ce qui compte, ce n’est pas seulement le montant des investissements réalisés mais ce qu’ils laissent derrière eux en termes de capacités productives”, a-t-il dit lors d’une table ronde consacrée à l’industrialisation verte et au développement économique.

“Industrialisation verte et développement au Sénégal : quel levier pour une transformation productive, inclusive et soutenable ?” est le titre d’une étude que présentait M. Ndecky au cours de la table ronde.

Selon lui, le Sénégal se trouve à un tournant décisif de son développement économique, car il entame en même temps la production d’hydrocarbures, la mise en œuvre du plan Sénégal 2050 et l’accélération de la transition écologique.

Dans ce contexte, l’industrialisation verte ne doit pas se limiter à l’adoption de technologies propres. Elle doit aussi permettre de “produire davantage”, tout en “produisant autrement”, par une meilleure maîtrise de l’énergie, du carbone, de l’eau et des déchets.

M. Ndecky a mis en garde contre le risque de voir se développer une économie d’enclave dans laquelle les activités extractives génèrent de la richesse sans entraîner une transformation suffisamment profonde du tissu industriel national.

Il a appelé à transformer le contenu local des grands projets en capacités industrielles durables.

Selon les données présentées lors de la table ronde, les achats auprès de fournisseurs sénégalais liés aux activités extractives ont atteint environ 1 110 milliards de francs CFA en 2024, contre 1 025 milliards pour les achats effectués à l’étranger.

Pour l’expert, ces chiffres sont un signal positif mais ne suffisent pas à mesurer la profondeur de la transformation industrielle.

“Il faut distinguer un contenu local transactionnel d’un contenu local productif”, a-t-il expliqué, estimant que les entreprises sénégalaises doivent être accompagnées pour monter en gamme, respecter les normes, renforcer leurs capacités et devenir des fournisseurs durables des grands projets.

L’étude recommande d’orienter les investissements vers les filières présentant un fort potentiel de transformation locale, d’améliorer l’efficacité énergétique, de faciliter l’accès au financement et à la certification, de renforcer les compétences techniques dans des domaines comme la maintenance, la qualité et l’efficacité énergétique.

Elle propose de territorialiser davantage les capacités productives en développant, au-delà des seules unités industrielles, de véritables écosystèmes associant infrastructures, compétences, formation et activités de production.

“Il ne s’agit plus seulement d’implanter des usines dans toutes les régions mais de bâtir de véritables écosystèmes industriels”, a précisé Frédéric Kwady Ndecky.

L’objectif à poursuivre est, selon lui, de réduire la concentration des activités économiques à Dakar et de permettre aux autres territoires de bénéficier davantage de la transformation industrielle.

AN/BK/ESF