Ibrahima Nour Eddine Diagne : “L’Afrique ne sait pas mettre ensemble ses intérêts et les gérer collectivement”
Ibrahima Nour Eddine Diagne : “L’Afrique ne sait pas mettre ensemble ses intérêts et les gérer collectivement”

SENEGAL-AFRIQUE-DEFIS

Diamniadio, 21 avril (APS) – L’Afrique peine encore à défendre efficacement ses intérêts communs dans un contexte mondial en pleine mutation, a soutenu, mardi à Diamniadio, Ibrahima Nour Eddine Diagne, administrateur général de Gainde 2000.

‘’Nous avons une Afrique qui ne sait pas mettre ensemble ses intérêts et les gérer collectivement’’ a-t-il déploré, en faisant allusion à une faiblesse structurelle du continent face aux transformations géopolitiques, technologiques et économiques en cours.

Il Intervenait lors d’un panel consacré aux “défis de la souveraineté numérique et technologique : quelles stratégies pour l’Afrique?”, organisé dans le cadre du 10e Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité ouvert lundi au Centre international de conférence Abdou Diouf de Diamniadio (CICAD).

M. Diagne a notamment évoqué un environnement international marqué par des “mutations profondes des sociétés”, sous l’effet conjugué des évolutions technologiques et des nouveaux usages de l’information.

Il n’a pas manqué également d’insister sur le rôle croissant des entreprises dans les dynamiques de puissance, notamment dans le champ de la guerre informationnelle, autrefois réservée aux États.

‘’Aujourd’hui, ce sont les entreprises qui sont en première ligne, à la fois sur le risque et sur la capacité de nuisance’’, a-t-il relevé.

Comparant les stratégies des grandes puissances économiques, il a estimé que l’Afrique ”peine encore à définir une trajectoire claire”, contrairement à des pays comme les États-Unis ou la Chine, où les entreprises participent pleinement aux ambitions nationales.

Ibrahima Nour Eddine Diagne présenté comme une icône du numérique en Afrique, a, par ailleurs, mis en garde contre le maintien du statu quo, qu’il considère comme l’un des principaux obstacles au développement du continent. Cette situation, a-t-il expliqué, favorise l’influence d’acteurs extérieurs sur les économies, les cultures et les jeunesses africaines, en l’absence d’alternatives locales solides.

Abordant la question de l’intelligence artificielle, il a appelé à dépasser les discours pour s’inscrire dans une ‘’approche concrète’’, centrée notamment sur la maîtrise des données. 

‘’L’intelligence artificielle se nourrit de données. Si nous voulons la maîtriser, il faut d’abord maîtriser nos données’’, a-t-il préconisé.

“Essayons de ne pas vivre des mots et des concepts. Essayons de vivre une réalité. Aujourd’hui, la défense et la sécurité d’un État n’est absolument plus entre les mains d’une cellule de renseignement et d’une cellule opérationnelle capable de pouvoir intervenir à tout moment”, a-t-il averti.

Selon lui, “il faut se dire que nous sommes dans un monde où tout le monde est un ami. Et tout ami est une menace, parce que c’est les intérêts qui prévalent”.

“Pour maintenir les intérêts, il n’y a plus de limites. L’éthique et la morale étaient des frontières, parce que nous étions dans des interfaces réelles. Lorsqu’on se voit, on peut mesurer le poids de l’éthique”, a fait savoir M. Diagne, ajoutant: “On peut mesurer le poids de la morale. Mais lorsqu’on ne voit rien, lorsque tout se passe en bas, dans un monde quasi invisible, qui détermine tout ce qui se passe en surface, nous devons construire une véritable force africaine”.

“Le défi africain, d’une part, c’est de protéger les citoyens”, a-t-il indiqué.

Il a également plaidé pour une refonte des mécanismes de gouvernance et un meilleur alignement entre États, secteur privé, société civile et citoyens, condition, selon lui, d’une ‘’réponse efficace aux défis sécuritaires et informationnels actuels’’.

“L’un des leviers pour moi les plus importants, c’est de revoir la gouvernance à l’échelle africaine et de prendre très au sérieux ces questions de guerre informationnelle, parce que justement, nos enfants sont à 100% sur des univers que nous ne contrôlons pas, et donc sont tout à fait à la merci de qui voudrait les manipuler et les capturer”, a encore souligne l’administrateur de Gaindé 2000.

Il s’est aussi interrogé sur le fait  que l’Afrique ne dispose pas encore d’une “super grosse entreprise technologique” dont les Etats seraient les producteurs ou les actionnaires.

“Il est important de redéfinir aujourd’hui comment le continent doit se positionner dans cette nouvelle ère pour laquelle il y aura de moins en moins de générosité et de plus en plus d’intérêts manifestes”, a-t-il relevé.

Aux fins de son analyse, ‘’l’Afrique dispose d’atouts importants, notamment sa jeunesse, mais doit impérativement repenser son positionnement dans un monde où les rapports de force sont de plus en plus dictés par les intérêts”.

SMD/MFC/SBS/AKS