Hôpital et écoles en décrépitude, Ninéfécha cherche un nouveau souffle
Hôpital et écoles en décrépitude, Ninéfécha cherche un nouveau souffle

SENEGAL-COLLECTIVITE-INFRASTRUCTURES

Par Ibrahima Diébakhaté 

Ninéfécha, 13 mars (APS) – L’hôpital de Ninéfécha, dans la région de Kédougou (sud-est), inauguré en grande pompe en 2002 par le président Abdoulaye Wade (2000-2012), a perdu son lustre d’antan. Un temps fermée faute de moyens financiers et logistiques, cette infrastructure, jadis de dernière génération, n’est plus qu’un poste de santé quelconque.

D’un coût de plus de 200 millions de francs CFA, le projet global portait sur la construction d’un hôpital de dernière génération et des écoles à Ninéfécha, village situé à 40 kilomètres de la commune de Kédougou, sous l’égide de la Fondation Education Santé de l’ancienne Première dame Viviane Wade. 

Financé par le Conseil général des Hauts-de-Seine (France) dirigé à l’époque par Charles Pasqua, il visait à faciliter l’accès à la santé et à l’éducation des Bediks, une des ethnies minoritaires de la région.

Mme Wade avait construit cet hôpital grâce à l’appui de son ami d’enfance, le père Xavier Gobaye, un prêtre officiant à la mission catholique de Kédougou, renseigne Dondo Kanté, premier adjoint au maire de la commune de Ninéfécha. Le religieux français lui avait proposé de construire un hôpital et des écoles pour l’ethnie Bedik qui faisait face à un problème d’accès à des soins de santé et à l’éducation, ajoute-t-il.

Les Bediks vivent toujours dans des zones très enclavées, fait savoir cet élu, soulignant que la réticence de cette communauté à recourir aux soins de santé relève de facteurs culturels.  Pour les encourager à venir à l’hôpital en cas de besoin, “on leur faisait bénéficier de soins gratuits”, rappelle-t-elle.  

La devanture défraîchie de l’hôpital renseigne sur son état de dégradation avancé. Seule sa peinture aux couleurs du drapeau sénégalais résiste un tant soit peu à l’usure du temps, contrairement au toit en chaume de la case implantée juste à l’entrée de l’infrastructure sanitaire. Ses bâtiments et ceux de l’école ne sont pas mieux lotis, marqués par de grandes fissures. 

Hôpital et écoles en décrépitude, Ninéfécha cherche un nouveau souffle

“Les bâtiments construits pour abriter l’hôpital et les écoles de Ninéfécha sont dégradés et fissurés, et nous avons peur et surtout craignons le pire pour nos enfants qui les fréquentent”, s’inquiète Dondo Kanté.

Les ambulances et le véhicule de transport du personnel sont en panne depuis longtemps, et des appareils médicaux défectueux sont restés entassés à l’ombre des arbres, dans la cour de l’hôpital, à côté des bâtiments. 

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Les médecins militaires qui y officiaient ont déserté les lieux, laissant la place à un personnel très réduit, selon l’adjoint au maire de Ninéfécha.

Pourtant, l’hôpital, qui offrait même des services de télémédecine, disposait d’un plateau médical qui n’avait rien à envier à ce que l’on peut trouver dans des hôpitaux de Dakar, dit-il.

Durant son âge d’or, l’infrastructure médicale comptait un bloc opératoire, une grande maternité dotée d’un service d’hospitalisation, un pavillon avec des chaises dentaires, des cases de soins et des logements pour les médecins militaires et les infirmiers ainsi qu’un service de télémédecine, se rappelle M. Kanté. 

“L’hôpital avait des médecins et des infirmiers très expérimentés. Les gens venaient de partout, surtout de la sous-région, pour se faire soigner. C’était un hôpital très réputé et tous les services d’urgence y étaient assurés”, insiste-t-il.   

Un joyau en quête de son lustre d’antan

L’hôpital de Ninéfécha a été fermé après l’annonce du retrait de la présidente de la Fondation Education Santé Viviane Wade du projet. Rouvert en 2014, il a été érigé en poste de santé, grâce à la municipalité de la localité et ses partenaires de l’ONG “La Vision mondiale”.

“Depuis sa réouverture, un infirmier-chef de poste, une sage-femme et un dépositaire ont été recrutés. Nous avons intégré la structure dans le système sanitaire de la région de Kédougou par manque de moyens financiers et techniques”, fait savoir l’adjoint au maire de Ninéfécha.    

Aléxis Sadiakhou, dépositaire du poste de santé, déplore la fermeture de l’hôpital pendant deux ans. “Nous avons vraiment souffert avec des maladies très graves comme le paludisme, les diarrhées et la mortalité infantile et néonatale, l’hypertension artérielle et d’autres pathologies chroniques”, témoigne-t-il.

Travaillant comme agent communautaire à l’hôpital de Ninéfécha, il avait pris en charge certains cas de paludisme grâce aux médicaments laissés par le médecin-colonel Babacar Ndao, ancien directeur de l’établissement, pour faire les premiers soins après le retrait de Viviane Wade du projet. 

La fréquentation des patients a beaucoup diminué depuis que l’hôpital est devenu un poste de santé, relève Alexis Sadiakhou. 

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“Il y a toujours des personnes malades qui sont là et nous avons des problèmes d’évacuation sanitaire, parce que tous les véhicules, les ambulances ainsi que le matériel que Madame Viviane Wade avait mis à la disposition de l’hôpital sont à l’arrêt ou détruits”, dit-il.  

Aléxis Sadiakhou, également président de la Jeunesse communale de Ninéfécha, déplore la dégradation du plateau technique médical de l’hôpital, entrainant des difficultés de prise en charge de certaines pathologies, notamment des femmes en état de grossesse.   

“Nous voulons que le plateau médical soit relevé comme avant. La sage-femme effectue les visites et les consultations prénatales, mais pour les échographies et les opérations césariennes, nos dames sont obligées de se rendre jusqu’à Kédougou, à plus de 40 kilomètres”, signale-t-il.

Paludisme saisonnier endémique

Le poste de santé de Ninéfécha organise chaque année une campagne de chimio-prévention du paludisme saisonnier (CPS) auprès des enfants 0 à 120 mois, en collaboration avec le district sanitaire de Kédougou.

“Nous avons beaucoup de cas de paludisme en période d’hivernage, surtout chez les enfants qui viennent des zones enclavées avec des manifestations de neuropaludisme”, fait savoir Aléxis Sadiakhou.  

Madeleine Kouma Camara, infirmière brevetée, a travaillé à l’hôpital de Ninéfécha pendant plus de 11 ans. Elle déclare que Viviane Wade s’occupait déjà de la prise en charge médicale des enfants vulnérables de l’ethnie Bedik avant la construction de l’hôpital de Ninéfécha. 

“Elle m’a une fois demandé d’accompagner à Dakar, dans son avion, un enfant victime d’accident de la circulation pour être pris en charge. Elle a soutenu au début beaucoup d’enfants, payant leurs frais de scolarité”, ajoute-t-elle nostalgique. 

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‎ Madeleine Kouma Camara, à l’époque gestionnaire des données du VIH au niveau de l’hôpital de Ninéfécha, s’occupait également des enfants de 0 à 5 ans en situation de malnutrition très sévère. 

“Nous avions une bonne gestion des données médicales, notamment des personnes vivant avec le VIH et des enfants en situation de malnutrition très grave, parce que Madame Wade avait bien équipé l’hôpital de Ninéfécha”, se souvient-elle, attristée par la fermeture de l’hôpital qui a causé des pertes d’emploi et impacté l’activité économique dans la zone. 

Aussi plaide-t-elle auprès des nouvelles autorités du Sénégal et de “personnes de bonne volonté”, afin de faire revivre l’hôpital de Ninéfécha qui permet à la communauté Bedik et aux populations des environs d’avoir accès à des soins de santé adéquats. “Nous avons besoin de l’hôpital tel qu’il était auparavant, et c’est un cri du cœur des populations”, lance-t-elle.      

                                         Ecoles en ruine 

Les écoles publiques de Ninéfécha et de Salémata, construites grâce à la Fondation de Viviane Wade, sont également en ruine. L’école élémentaire, le collège, les restaurants, les internats et la case des tout-petits, construits il y a une vingtaine d’années, menacent de s’effondrer.  

“Tous les bâtiments sont en ruine. Nous avons fermé les internats, parce que il n’y a plus de restauration depuis le départ de Madame Wade. Actuellement, on ne peut plus accéder à ces habitations. Tout est fissuré et dégradé, et nous craignons le pire”, alerte l’adjoint au maire de Ninéfécha. 

Dondo Kanté, qui fut le directeur de l’école primaire, s’y était installé après l’ouverture des établissements scolaires et de l’hôpital en 2002. Les élèves étaient originaires de tous les villages environnants de la commune de Ninéfécha. 

“L’internat accueillait beaucoup d’élèves de Dindéfélo, Tenda, Mamakhono, Késséma, Bandapass, Inéré, Kinta Niapouwar. Tous les enfants des villages environnants inscrits à l’élémentaire et au collège venaient passer la nuit dans le pensionnat. Ils bénéficiaient de trois repas quotidiens et d’un casse-croute”, dit-il.

L’ancien directeur de l’école primaire de Ninéfécha déplore toujours le désengagement de la Fondation de Viviane Wade, dans le sillage de la perte du pouvoir par son époux.

Cette situation a occasionné, selon lui, une baisse du taux de réussite aux examens scolaires et une forte déperdition scolaire à Ninéfécha. 

“On réalisait de bons résultats aux examens. L’école de Ninéfécha se hissait toujours en tête du classement des meilleurs établissements scolaires du département et de la région de Kédougou. Aujourd’hui, le pensionnat et le restaurant ne fonctionnent plus”, se désole Dondo Kanté. 

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Du temps de la Fondation Education Santé, un périmètre maraîcher était même mis à la disposition des femmes de Ninéfécha, qui recevaient d’elle des financements. 

Pour le président du conseil départemental, Pierre Nianga Boubane, l’utilité de la Fondation de l’ancienne Première dame était pas démontrée. “Des écoles ont été construites dans les villages de Kékéréssi et de Mithiou, dans le département de Salémata, des zones enclavées, afin de lutter contre la déperdition scolaire dans cette zone frontalière de la Guinée. Cela a permis aux enfants déshérités de ces localités d’étudier dans de bonnes conditions, avec restaurants et cantines scolaires”, témoigne-t-il. 

Aujourd’hui, le seul souhait qu’il adresse sous forme d’appel aux autorités est de voir se réaliser la réfection des infrastructures sanitaires et scolaires de Ninéfécha, au nom de l’équité territoriale tant serinée dans les politiques publiques.  

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PID/ASB/ABB/HB/BK