SENEGAL-CAMEROUN-LITTERATURE-PORTRAIT
Dakar, 3 août (APS) – Présentée comme une figure majeure de la littérature africaine contemporaine, la romancière camerounaise Hemley Boum a su imposer sa plume bien au-delà des frontières de son pays avec des œuvres explorant notamment la mémoire, les héritages familiaux ou encore les fractures de l’histoire.
Plongée dans le monde de la littérature depuis sa tendre enfance, Hemley Boum est de ces écrivains dont la renommée traverse les frontières depuis quelques années.
Grâce à ses romans engagés, poignants, valorisant souvent la mémoire, l’écrivaine camerounaise se sert de sa plume pour transmettre cet héritage camerounais et africain, à travers des récits, ne laissant aucun lecteur indifférent, indique-t-on.
De passage à Dakar (du 21 au 25 juillet dernier), à l’invitation de la librairie Plumes du monde et de l’Institut français du Sénégal, cette romancière camerounaise, qui se dit ‘’engagée’’, parle de son amour pour la littérature,
Plutôt joviale et ouverte, la native de Douala, ne cache pas sa joie de faire partie de ceux dont le travail a engendré des récompenses dans le monde littéraire.
‘’C’est avec mon deuxième livre +Si d’aimer+ que j’ai remporté, en 2013, mon premier prix, +Le prix Ivoire+, qui m’a été décernée en Côte d’Ivoire. J’étais tellement contente, et c’est par-là que je me suis rendu compte que mon travail commençait à être reconnu’’, a-t-elle dit à à l’équipe de l’APS.
Distinguée en 2015 du Grand prix littéraire d’Afrique noire, elle exprime sa satisfaction de voir que ses multiples récompenses lui ont permis de savoir combien ‘’son travail n’était pas vain’’ et comment ‘’son choix demeure juste’’.
‘’C’est toujours la famille qui est la plus difficile à convaincre, car les gens vous connaissent dans votre quotidien de tous les jours et ne vous voient pas du tout comme les autres, mais j’étais très joyeuse d’avoir des récompenses et cette joie s’est répercutée aussi sur ma famille’’, dit-elle.
Hemley Boum estime que les récompenses ne sont pas l’alpha et l’oméga d’un écrivain, tout en insistant sur le fait qu’elles lui apportent une forme de ‘’légitimité’’.
Elle se félicite, toutefois, des encouragements qu’elle reçoit de sa famille, notamment de son père, après avoir remporté ses prix.
La romancière a écrit plusieurs ouvrages comme ‘’Le clan des femmes’’ (2010) et ‘’Si d’aimer’’ (2012). Sa consécration viendra de son roman historique ‘’Les maquisards’’ (2015) grâce au prestigieux Prix du livre engagé et le Grand Prix littéraire d’Afrique noire.
La camerounaise connait également la consécration internationale avec ‘’Les jours viennent et passent’’ (2019), une œuvre récompensée par le Prix Ahmadou Kourouma. En 2024, elle publie son dernier roman intitulé ‘’Le rêve du pêcheur’’, annonçant la publication en août prochain d’un roman intitulé ‘’Nos vies sauvages’’.
La littérature, un amour d’enfance
Hemley Boum est de ces fillettes qui ont été plongées très tôt dans le monde littéraire. Dès l’âge de 4 ans, elle était déjà en contact avec des livres pour enfants.
‘’A quatre ans, je lisais déjà des livres pour enfant’’, fait-elle savoir, notant que son arrivée dans la littérature reste un concours de circonstance, ‘’sans doute, parce qu’elle a toujours fait partie de [sa] vie’’.
“Les livres m’ont permis de voyager. J’ai compris le potentiel à la fois de liberté, d’évasion et de solitude nourrie que pouvaient constituer les livres très tôt’’, fait-elle savoir.
Poursuivant, la romancière camerounaise note que la lecture lui a toujours apporté ce désir de liberté, ajoutant: “et le premier livre que j’ai lu à l’âge de conscience, à 16 ans, c’est +Beloved+ de Toni Morrison. Ce dernier a imprégné à la fois mon amour pour la littérature et mon désir d’écriture’’, laisse entendre la romancière”.
Selon elle, la littérature qui occupe une place importante dans sa vie, lui a permis de se mêler à des conversations à travers la lecture.
‘’ (…) Tout d’un coup, les gens que je ne connaissais pas ont commencé à m’adresser la parole intimement, personnellement. Et cela m’a donné envie de me joindre à cette conversation en me disant que j’ai des choses à vous raconter’’, précise-t-elle.
Elle se souvient de comment cette littérature lui a permis de voyager à travers le monde ou en Afrique, notamment à Dakar, grâce à Cheikh Hamidou Kane, entre autres.
Les prémices de l’écrivaine
L’amour d’Hemley Boum pour la littérature est connu aussi de ses proches amies. Nelly Elimbi, cette amie avec qui elle a cheminé depuis le collège ‘’Liberman’’ de Douala jusqu’à l’Université Catholique d’Afrique centrale à Yaoundé, en témoigne.
‘’On s’est connu avec Hemley depuis la 3ème et on a cheminé ensemble jusqu’à la Fac où nous étions mêmes voisines de chambre. Je l’ai lu pendant qu’elle écrivait encore dans des cahiers de 200 pages’’, témoigne-t-elle.
Présente à Dakar pour soutenir son amie, Nelly Elimbi loue les manuscrits de cette romancière qu’elle a toujours trouvé ‘’magnifiques’’ depuis le collège.
‘’J’ai lu certains manuscrits et passer des nuits dessus. C’était magnifique, cela vous transporte’’, dit-elle, satisfaite.
Si elle ne se souvient plus des histoires qu’elle lisait dans ces manuscrits, elle souligne toutefois ‘’la profondeur’’ de ces dernières.
‘’Quand on était à la Fac et en la lisant, je me demandais parfois à quel moment elle trouvait le temps d’écrire toutes ces histoires, alors qu’elle devait aller en cours. C’était incroyable, car je me demandais comment elle se sentait en ralliant les deux’’, fait valoir, Nelly Elimbi.
Cette chargée des opérations à la Banque Mondiale, souligne comment son amie Helmey a gardé le même style qu’elle avait avant d’être une écrivaine connue.
‘’Ces histoires étaient tellement bien décrites, et quand je me retrouve en train de lire ces livres aujourd’hui, cela ne m’étonne pas’’, indique-t-elle.
Elle témoigne combien, elle restait scotcher devant les manuscrits d’Hemley Boum, sur le simple fait qu’ils étaient ‘’poignants’’.
Une personne engagée
‘’Je suis une personne engagée. Et je suis une personne concernée. Il y a des tas de choses, de combats qui me tiennent à cœur, qui se reflètent dans ma littérature’’, laisse entendre Helmey Boum.
Selon elle, son engagement se reflète également dans ses écrits qui viennent toujours de quelque part.
‘’Il suffit de me lire pour savoir dans quel spectre je me situe dans le monde, dans la géopolitique. Tout est assez clair et je trouve que c’est normal que je sois engagée’’, martèle la romancière.
Elle soutient comment son écriture et la naissance des univers liées à cette dernière lui permettent de revenir sur ‘’ses propres obsessions’’ ou encore ‘’ses questionnements’’.
‘’Je n’écris pas des romans à suspense, en général dans mes livres, si tu me lis correctement, les vingt premières pages, tu as toute l’intrigue (…) pour moi c’est très important, car le roman n’est pas une série de Netflix dans lequel je dois m’arrêter en disant le suspense sur le prochain numéro’’, ajoute-t-elle.
Elle reconnait toutefois, ne pas être une écrivaine très rapide, disant prendre tout son temps pour concevoir un ouvrage.
‘’ Quand je conçois un ouvrage, j’y pense, je mets des liens, et cela peut me prendre dix-huit mois ou deux ans, mais j’écris chaque jour’’, témoigne-t-elle.
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