SENEGAL-CULTURE-PROFIL
Par Cheikh Gawane Diop
Saint-Louis, 21 août (APS) –Haj’Art de son nom de scène, Hajar Pourmera Thiam voit dans le slam un vecteur d’engagement et un moyen d’expression grâce auquel cette artiste a l’opportunité de traduire sa passion des mots dans le coaching oratoire, travail qu’elle exerce en parallèle de son engagement artistique.
Juriste de formation, slameuse, poète et directrice de festival, Hajar Pourmera Thiam est une artiste totale, dont la passion pour l’art va de la danse à la peinture et bien d’autres domaines des arts et de la culture.
Haj’Art, par ailleurs féministe et militante engagée pour la santé mentale, puise son inspiration dans les injustices du quotidien qu’elle transforme en matière pour son art.
“Il suffit que je voie quelque chose qui me touche à l’extérieur pour que ça m’inspire”, confie-t-elle à l’APS.
La jeune femme, alliant élégance et aisance dans la communication, cite volontiers le poète français Théophile Gautier, pour illustrer sa conception de la poésie : “Il faut qu’il ait au cœur une entaille profonde pour épancher ses vers, divines larmes d’or !”.
Issue d’une famille d’artistes, avec un père musicologue et une mère plasticienne, elle s’adonne à l’écriture depuis ses cinq ans.
Les mots, vecteur d’expression et d’engagement pour Haj’Art
A 17 ans, Haj’Art découvre le slam, grâce au poète Azo Dieng, une révélation pour celle qui se considérait jusque-là comme poète “pure et dure”.
Au-delà de la passion, les mots deviennent pour cette jeune femme aux cheveux courts et bouclés, un moyen d’expression et d’engagement, face aux injustices du quotidien. “Il fallait que je transforme ces fragments de moi”, a-t-elle déclaré.

Pour Haj’Art, être une femme dans un milieu de la culture et des arts dominé par les hommes relève d’un combat quotidien. Elle déplore les “batailles permanentes” que les femmes doivent mener pour faire valoir leurs droits, souvent présentés à tort comme acquis.
Dans un univers si singulier, la difficulté tient notamment au fait que les femmes sont appelées à nécessairement faire la preuve de leur légitimité, avec parfois le sentiment de perdre des opportunités “simplement parce qu’on est femme”, déplore-t-elle.
Selon Haj’Art, le défi quotidien auquel les femmes se trouvent confrontées pour leur reconnaissance devient encore plus grand dans le milieu des arts et de la culture. “Etre femme dans le milieu artistique, c’est se battre tous les jours”, a-t-elle indiqué.
Festival Slam nomade, rendez-vous culturel de la poésie engagé
A travers Slam Nomade, une initiative lancée en 2021, Hajar Pourmera Thiam dirige aussi le festival international du même nom, réunissant de nombreuses figures culturelles, en leur donnant l’opportunité de confronter leurs visions de l’engagement et de vibrer autour de la poésie.
Slam Nomade a démarré “en 2019 comme festival avant de devenir une association en 2021, avec pour objectif de vulgariser le slam. A l’époque, personne ne connaissait cet art, aujourd’hui tout le monde en parle”, relève Haj’Art, décidée à redoubler d’engagement pour donner au slam et à la poésie toute leur place dans la vie culturelle de Saint-Louis.
Certifiée coach de vie, Hajar Pourmera Thiam ambitionne de développer davantage sa carrière solo, tout en continuant à proposer ses services en matière de coaching.
“Je veux vraiment travailler dans ce domaine et accompagner les gens”, souligne-t-elle.

Haj’Art appelle les jeunes slameurs et aspirants à se former et à se cultiver, se disant convaincue que la maîtrise, dans le domaine de l’art, passe par la culture générale.
Hajar Pourmera Thiam a reçu la mention spéciale du prix Alain Decaux de la Francophonie. Elle est également l’auteure de “Lambeaux d’errance”, un recueil de poèmes au “climat piquant”.
Elle s’impose désormais comme une figure montante de la scène littéraire et artistique à Saint-Louis, surfant sur un début de carrière précoce.
CGD/AMD/ASB/FKS/HB/BK
