Guembeul explore les voies de la mise en valeur du cactus par le dessouchage
Guembeul explore les voies de la mise en valeur du cactus par le dessouchage

SENEGAL–ENVIRONNEMENT–INITIATIVE–REPORTAGE

Saint-Louis, 7 oct (APS) – Située sur la route de Gandiol, dans les faubourgs de Saint-Louis, la réserve spéciale de faune de Guembeul se bat, depuis deux décennies, contre le cactus, “garga mbossé” en wolof, une plante envahissante. Dans le but de restaurer les écosystèmes dégradés, une opération de dessouchage du cactus se déroule dans cette réserve spéciale de faune.

En ce mardi matin, un calme olympien règne dans la réserve spéciale de faune de Guembeul dont les enseignes sont visibles depuis l’entrée.

À bord d’un véhicule 4×4, quatre personnes, dont un reporter de l’APS, parcourent les pistes de la réserve pour rejoindre la zone où se déroule l’opération.

À l’accueil, se pointe le conservateur de la réserve, le capitaine Oumar Kane, vêtu d’un treillis vert, coiffé d’une casquette bleue et portant des lunettes de soleil, pendant que le bruit de la pelle mécanique qui dessouche les cactus se fait entendre.

À quelques mètres de là, l’on peut apercevoir un singe patas dont les compagnons qui ne devraient pas être loin. Cette espèce pullule dans la zone.

Pour la circonstance, la main-d’œuvre locale a été fortement sollicitée : des jeunes et d’autres catégories de la communauté ont été mobilisés.

Munis de râteaux, de fourches et pelles, ils s’activent pleinement pour cette opération.

Des femmes proposent des petits-déjeuners, des jus et autres rafraîchissements.

Guembeul explore les voies de la mise en valeur du cactus par le dessouchage

“Le cactus est devenu depuis deux décennies une plante envahissante dans la réserve spéciale de faune de Guembeul. Ça a été introduit par les anciens agents dans le but de résorber un point défectueux qu’il y avait sur le grillage périmétral”, explique à l’APS le capitaine Oumar Kane, selon qui cette plante envahissante occupe au moins 13% des écosystèmes savanicoles.

Guembeul explore les voies de la mise en valeur du cactus par le dessouchage

La technique de dessouchage du cactus, pratiquée depuis une dizaine d’années, a beaucoup évolué, note-t-il.

“Maintenant la technique a évolué. À l’heure actuelle, nous utilisons aussi bien une technique mécanique que manuelle, en mobilisant les populations riveraines de la réserve spéciale de faune de Guembeul”, a ajouté le capitaine Kane.

Cette activité à haute intensité de main-d’œuvre est mise en œuvre grâce à l’appui de partenaires comme le projet COPEJ (Compétences professionnelles et employabilité des jeunes en environnement), le Bioparc et le projet de coopération Réserve de la biosphère transfrontalière du delta du fleuve Sénégal.

Mis en œuvre par le Cégep de la Gaspésie et des Îles du Sénégal, selon un document consulté par l’APS, ce projet est une initiative de coopération internationale d’un montant de 24,8 millions de dollars canadiens, soit environ 10,14 milliards de francs CFA.

Guembeul explore les voies de la mise en valeur du cactus par le dessouchage

Pour l’agent local du projet COPEJ dans le delta du fleuve Sénégal, Djibril Sangaré, il faut restaurer et reprendre l’espace perdu.

“Le projet COPEJ est venu s’associer à cette initiative en accompagnant la réserve sur le plan technique et financier”, assure-t-il.

Le dessouchage du cactus à Guembeul et son impact social

Bien au-delà de l’impact écologique de cette opération, cette activité revêt un fort impact social, celui de permettre aux populations riveraines de capter des revenus.

“Cette activité que nous faisons aujourd’hui a un double sens parce qu’elle a un impact écologique, mais aussi un impact social, dans la mesure où des jeunes et d’autres catégories de la communauté ont été majoritairement mobilisés”, a analysé le capitaine Kane.

Pour cette opération d’enlèvement de cactus, les journées de travail s’étendent de 8h jusqu’à 13h, avec une pause pour leur permettre de se requinquer.

La main-d’œuvre locale est payée à hauteur de 5 000 francs CFA par jour.

“70% des montants mobilisés vont servir à payer les journées de travail qui vont de 8h à 13h”, explique-t-il.

Vers la valorisation du cactus

Chaque année, des milliers de tonnes de cactus sont enfouies dans la réserve spéciale de faune de Guembeul, renseigne le conservateur.

Il indique que dans le cadre même du projet COPEJ, un programme est en cours pour transformer le cactus en biogaz, permettant quelque part de lutter contre les changements climatiques et de réduire le niveau d’émission de gaz à effet de serre.

Outre le biogaz, il a signalé que le cactus peut être transformé en aliments de bétail et en compost pour permettre aux agriculteurs et aux horticulteurs de maintenir la fertilité de leur sol.

Selon le capitaine Kane, des personnes ressources ont été identifiées sur l’ensemble du territoire national en vue de renforcer les capacités des communautés pour la valorisation du cactus.

Au-delà de Guembeul, c’est toute la zone du Toubé et du Gandiolais qui se trouve envahie par le cactus.

“C’est une contrainte qu’on devrait transformer en ressource comme on a su le faire avec les eaux salées dans la cuvette de Guembeul et d’autres cuvettes dans la zone du Gandiol”, a-t-il notamment préconisé.

Dans cette logique, Djibril Sangaré du projet COPEJ dit avoir déjà effectué à la réserve de Guembeul une mission pour échanger sur les initiatives de valorisation du cactus. “C’est une contrainte, mais qui peut être transformée en ressource”, a-t-il fait valoir.

Guembeul explore les voies de la mise en valeur du cactus par le dessouchage

Le président du collectif “Ligueyal Guembeul”, Ndaga Ngane, a salué l’initiative visant à associer les communautés riveraines, surtout les jeunes.

“Il y a des jeunes qui sont là et bientôt c’est l’ouverture des classes, donc ça leur permet de gagner de l’argent pour payer des fournitures et faire face à d’autres charges. C’est vraiment intéressant pour les populations”, s’est-il félicité.

D’une superficie de 720 hectares sur un périmètre de 12 km entièrement clôturé, la réserve spéciale de faune de Guembeul fait face à l’équation du cactus, cette plante envahissante également appelée figue de Barbarie.

CGD/AMD/HB/BK/AKS