SENEGAL-ENVIRONNEMENT-GENRE
Dakar, 2 sept (APS) – Le directeur de cabinet du ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, Amadou Diaw, a appelé à renforcer l’implication effective des femmes dans les instances de décision liées à l’environnement et au climat, estimant que leur participation ne doit plus se limiter à une simple présence dans ces structures.
“Le véritable enjeu aujourd’hui n’est donc plus de demander combien de femmes sont présentes, mais plutôt combien de femmes participent de manière effective au processus de prise de décision”, a-t-il déclaré lors du lancement de la campagne nationale Genre et Changements climatiques, mardi, à Dakar.
Cette campagne, initiée par Natural Justice, avec l’appui financier du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), vise à faire passer les femmes d’une “représentativité de façade” à un véritable pouvoir de décision dans la gouvernance environnementale et climatique.
Selon Amadou Diaw, les femmes doivent ainsi être davantage représentées dans les organes de gestion des ressources naturelles, les mécanismes de gouvernance environnementale, les instances locales de décision ainsi que dans les espaces où sont orientés les financements climatiques.
“On ne parle pas seulement de participation. Il faut une implication effective des femmes et des filles dans toute décision qui concerne leur environnement immédiat”, a-t-il insisté.
Dans cette perspective, M. Diaw estime que les femmes ne doivent pas être considérées uniquement comme des victimes du changement climatique, mais plutôt comme des actrices majeures de la résilience des communautés.
Il a cité, à titre d’exemple, leur capacité à diversifier leurs activités dans la transformation des produits, le maraîchage et d’autres secteurs, permettant ainsi de renforcer les économies locales face aux effets du dérèglement climatique.
Cette campagne, selon Natural Justice, intervient dans un contexte où les femmes, particulièrement celles vivant dans les zones rurales et côtières, sont fortement exposées aux effets du changement climatique, tout en demeurant sous-représentées dans les espaces où se prennent les décisions.
“Les résultats de l’étude menée dans les zones de Bargny, Cayar et du Delta du Saloum montrent que, sur 331 membres recensés dans 24 organes de décision climatique, 89 sont des femmes, soit environ 27 %”, ont indiqué les organisateurs.
À Bargny, précisent-ils, les femmes représentent près de 30 % des membres, mais leur présence dans les postes stratégiques reste beaucoup plus faible.
Pour la directrice du Hub de Dakar de Natural Justice, Sokhna Dié Ka Dia, ces chiffres traduisent “le paradoxe” d’une participation dans laquelle les femmes sont présentes dans les instances, mais disposent encore de peu de capacité à influer sur les décisions.
“Elles sont dans les instances [mais] n’y décident pas”, a-t-elle résumé, appelant à reconnaître davantage la contribution des femmes rurales et côtières à la résilience climatique.
La campagne, indique Madame Dia, entend précisément contribuer à corriger ce déséquilibre en renforçant l’autonomisation juridique des femmes, leur leadership et leur accès aux mécanismes de gouvernance environnementale et climatique.
La directrice régionale du CRDI pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Marie-Gloriose Ingabire, a pour sa part souligné que les initiatives d’adaptation au changement climatique intègrent encore insuffisamment les besoins et les droits des femmes.
Elle a insisté sur les disparités géographiques, générationnelles et socio-économiques qui affectent différemment les femmes, notamment celles vivant dans les zones rurales et côtières et celles disposant de faibles revenus ou d’un niveau d’instruction limité.
“Les femmes ne forment pas un groupe homogène”, a-t-elle relevé, plaidant pour une approche intersectionnelle dans les politiques d’adaptation et de résilience climatique.
La campagne nationale “Genre et Changements climatiques” entend ainsi fédérer les institutions publiques, les collectivités territoriales, la société civile, les partenaires techniques et financiers, les médias et les organisations communautaires autour d’une gouvernance climatique plus inclusive.
Elle prévoit notamment des actions de sensibilisation dans les territoires, la vulgarisation des résultats de l’étude et des activités de plaidoyer en faveur d’une participation effective des femmes aux décisions liées au climat et à l’environnement.
Le lancement a été marqué par l’installation officielle d’une Coalition nationale Genre et Changements climatiques regroupant une vingtaine d’organisations de la société civile, d’organisations communautaires de base, de groupements d’intérêt économique et de mouvements engagés dans le renforcement du leadership et de la participation des femmes.
MYK/BK
