À Yarakh, le scoutisme transforme les vacances en école de citoyenneté
À Yarakh, le scoutisme transforme les vacances en école de citoyenneté

SENEGAL-JEUNESSE-REPORTAGE

ecouter l'article :
0:00
0:00

+++Par Bakary Badji+++

Dakar, 31 août (APS) – A l’ombre des cocotiers de l’école élémentaire Bara Guèye, à Yarakh, quelque 70 éclaireurs venus des régions de Dakar et Ziguinchor sont regroupés du 20 août au 1er septembre dans le cadre d’un camp de vacances, rythmé d’activités ludiques et civiques.

En ce jeudi après-midi d’août, le quartier de Yarakh, dans la commune de Hann Bel-Air (département de Dakar), baigne, comme à l’accoutumée, dans le grondement des poids lourds et des usines.

À ce décor sonore se mêlent les odeurs émanant des unités de transformation des produits halieutiques implantées le long du littoral oriental.

Dans les méandres des rues de ce quartier de pêcheurs se dresse un mur peint en jaune qui clôture l’ école élémentaire Bara Guèye.

Au seuil de la porte, l’attention est vite attirée par deux drapeaux noués sur le même mât, qui flottent au gré du vent : celui du Sénégal et celui du scoutisme de couleur mauve frappé de la fleur de lys.

Dans l’enceinte de cette école primaire jouxtant la baie de Hann, le district de Colobane (Dakar) et une délégation venue de la région de Ziguinchor (sud) y sont en conclave. Au total, 70 jeunes, âgés de 5 ans et plus, prennent part à ce camp de vacances.

Entre jeux, apprentissage du vivre-ensemble, découverte culturelle et actions en faveur de l’environnement, le camp de Yarakh entend ainsi faire du temps des vacances un moment d’éducation à la citoyenneté.

Le soixante-dix jeunes sont répartis en quatre catégories en fonction de la couleur des foulards qu’ils portent au cou : jaune, vert, blanc et rouge.

L’utile et l’agréable

Les enfants de 5 à 11 ans arborent des foulards bleu, mauve et jaune. On les appelle les ‘’thiat’’ (benjamins en wolof), explique Abdou Sagna, membre du district de Colobane et l’un des responsables du camp de vacances.

Les 12-16 ans, appelés ‘’anrunga” (dirigeants en diola), portent le mauve et le vert, tandis que les 16-20 ans, les “jambar”, (braves en wolof), enroulent autour du cou le foulard mauve, bleu et blanc. Les plus âgés, 20 ans et plus, les ‘’maodo” (guides en peul), portent un foulard mauve et rouge. Cet après-midi-là, une série de jeux dénommés ‘’olympiades’’ est au menu des activités. 

À Yarakh, le scoutisme transforme les vacances en école de citoyenneté

Trois coups de sifflet retentissants annoncent le rappel des troupes. Les campeurs forment soudain un cercle au milieu de la cour de l’école. Moussa, un ‘’maodo’’, procède à l’appel. A l’évocation des noms des groupes, chaque membre répond par un cri de ralliement.  

“Thiat”, ‘’Anrunga’’, ‘’Jambar’’, ‘’Maodo’’, crie le maodo. A quoi, répondent successivement les campeurs : “thikaname”, “deugueur”, “joni joni » et “joko thieur’’.

Cela fait, les éclaireurs rejoignent chacun son équipe. Quatre rangées se forment, correspondant aux équipes du “Sénégal”, de l'”Argentine”, de la “Suisse” et de la “Russie”.

Quatre campeurs sortent d’une salle de classe, tenant chacun un flambeau et se placent devant les rangées. S’ensuit l’exécution de l’hymne national du Sénégal.

Place ensuite aux épreuves consistant au remplissage d’eau de bouteilles de dix litres, le jeu du drapeau et la course en sac. Le Sénégal affronte l’Argentine, tandis que la Suisse est opposée à la Russie. Cris, gémissements des joueurs et applaudissements rythment le déroulé de ces épreuves.

“Tout est agréable et utile en même temps. Il s’agit de jeux intelligents’’, commente Abdou Sagna, un des responsables du camp de vacances. Pour cet étudiant de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, jeux de concentration et épreuves physiques alternent tout au long du camp. Ils permettent ‘’aux participants de mieux se décontracter, de prendre du plaisir pendant les vacances tout en apprenant”, dit-il.

A 18 heures, l’heure de la descente des couleurs, Moussa, un autre responsable du camp, suspend les ‘’olympiades’’. Trois campeurs, un garçon et deux filles, en tenue impeccable, se placent au pied du mât supportant les deux drapeaux. Les campeurs se figent au garde-à-vous, exécutant ainsi l’hymne national.

Education au civisme

Chaque jour de camp, les éclaireurs sacrifient à la tradition de la levée des couleurs à 8 heures et de la descente à 18 heures, souligne Abdou Sagna.

La citoyenneté est l’une des valeurs que le scoutisme transmet aux jeunes. “Je pense que la citoyenneté fait partie des valeurs importantes qu’un jeune doit avoir”, soutient ce responsable, qui a adhéré à l’organisation à l’âge de 12 ans.

À Yarakh, le scoutisme transforme les vacances en école de citoyenneté

Pour Saly Armstrong Tomé Mané, membre de la délégation de Ziguinchor, l’éducation à la citoyenneté dispensée au camp contribue à préparer les citoyens “corrects et modèles de demain”.

La citoyenneté et le civisme figurent au rang des plus grands défis du scoutisme au Sénégal, souligne, pour sa part, Abdou Sagna. “En ce moment, on constate que les jeunes du Sénégal manquent beaucoup de civisme”, dit-il.

Ce camp de vacances est aussi une occasion pour les participants de mener des activités d’utilité publique. C’est ainsi qu’ils ont notamment participé au nettoyage de la plage de Yarakh, située à proximité de leur lieu de campement.

C’est d’ailleurs cela qui a pesé sur le choix de l’école Bara Guèye pour abriter le camp, explique le responsable du district de Colobane.

À Yarakh, le scoutisme transforme les vacances en école de citoyenneté

Le rassemblement est aussi un espace de découverte d’autres cultures du pays. “J’ai découvert la culture du Sud, la Casamance, à travers les chants et la danse. C’est exceptionnel”, s’est d’ailleurs exclamée Rokhaya Ndao, éclaireuse du district de Colobane.

Dans la cour de l’école, les activités ludiques se poursuivent, sur fond de cris, de moqueries bon enfant et de salves d’applaudissements. 

Vers la fin, on entend les cris stridents du Kankourang, masque initiatique du monde mandingue inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, qui annoncent l’activité suivante : le ‘’dianbandong’’ ou la danse des feuilles, qui a mis fin à une journée riche en enseignements pour les participants.

BAB/ABB/OID/MTN