Friperie : le blues des vendeurs du marché hebdomadaire de Sahm
Friperie : le blues des vendeurs du marché hebdomadaire de Sahm

SENEGAL-SOCIETE-REPORTAGE

Dakar, 1 sept (APS) – Au marché hebdomadaire (louma, en wolof) de friperie de Sahm, à Dakar, les marchands déplorent la rareté de la clientèle, pointant notamment du doigt la conjoncture et la concurrence des vendeurs en ligne.

Ce marché à puces, ouvert tous les mercredis, d’où son surnom de ‘’marché mercredi’’, s’étale le long du canal qui va de la Gueule tapée à la rue 22 de la Médina.

D’habitude très animés, les lieux le sont moins cette matinée. Dix heures, l’heure qu’affiche l’horloge n’y est pour rien, déclarent plusieurs vendeurs. Ils justifient la rareté des clients par un pouvoir d’achat en baisse.

‘’La situation du marché hebdomadaire de Sahm est alarmante. Les affaires stagnent. Les revenus issus des ventes ont chuté de manière significative. Pour être franc, le marché a un peu perdu son potentiel économique’’, regrette Koumba Ndiaye, confortablement installée sous sa tente de marché, savourant un café Touba.

Pour cette vendeuse de ‘’feug diaay’’ – terme wolof désignant les habits de seconde main’’- résidant à Pikine, une commune de la banlieue située à cinq kilomètres de Dakar, la raison à la rareté des clients tient à un ”manque d’argent”.

‘’Actuellement, les acheteurs se font rares et, même lorsqu’ils se présentent, leurs achats sont dérisoires. La situation économique est difficile à Dakar. Les gens manquent d’argent, leur emploi est précaire, tout semble en panne’’, pense celle qui a atterri dans ce commerce il y a tout juste deux ans.

Au ‘’marché mercredi’’ de Sahm, une multitude de fripes vestimentaires s’offre aux visiteurs : vêtements, chaussures, mais également d’autres articles tels que des accessoires téléphoniques, des produits de beauté de parfumerie. Il n’est pas non plus rare de voir des vendeurs de beignets et gâteaux tout juste cuits et dont les effluves de vanille titillent les narines.

Le vacarme, les discussions entre vendeurs et les marchandages de potentiels acheteurs cachent mal une certaine morosité ambiante.

Derrière cette effervescence apparente se cache une véritable inquiétude qui assaille les esprits des commerçants, celle de l’avenir d’une activité en proie à des difficultés.

Créneau porteur il y a peu, la vente de friperie connait un ralentissement de la rentabilité, du fait de l’érosion du pouvoir d’achat conjuguée à l’essor du commerce en ligne. Une situation qui a ‘’considérablement restreint la clientèle’’ et, par conséquent, ‘’amoindri la rentabilité’’.

— La vente en ligne, l’autre concurrente —

C’est le constat soulevé par Ibrahima Kébé, vendeur de chaussures d’occasion et d’accessoires téléphoniques. ’’Le marché hebdomadaire de Sahm traverse une crise profonde. Je suis ici depuis 2013 et je n’ai jamais rencontré une situation difficile pareille, soutient-il. Autrefois, les mercredis étaient synonymes d’abondance. Je n’aurais même pas le temps pour une discussion, tant la pression de la clientèle était forte’’.

Selon ce trentenaire à la stature imposante, ‘’la vente en ligne est aujourd’hui le principal obstacle à l’épanouissement de notre activité. Ceux qui s’y adonnent proposent même des options de livraison. Ainsi, les acheteurs n’ont plus besoin de se déplacer jusqu’au marché’’ .

Cette nouvelle méthode commerciale ‘’étouffe lentement l’activité économique des vendeurs du marché de Sahm’’, constate amère Ibrahima Kébé.

En plus de ces difficultés, ces derniers font face à la pression qu’exerce la mairie de Gueule tapée sur les tenanciers d’étals, de tentes et autres tables de commerce au sein du marché.

Ici, tout occupant est tenu de s’acquitter chaque mois d’un loyer mensuel proportionnel à la superficie occupée.

”Chaque fin du mois, nous devons payer à la fois l’impôt et le loyer des emplacements. Chaque mètre carré est tarifé à 5 000 francs CFA. Par exemple, ma place s’étend sur 4 mètres carrés.  Ce qui revient à payer 20 000 francs CFA à la mairie’’, explique Serigne Seck, déplorant dans le même temps l’insalubrité des lieux.

Pour une prise en charge de leurs préoccupations, les commerçants du ‘’marché mercredi’’ de Sahm ont mis en place l’‘’Association des commerçants du marché de Sahm’’.

”Ce que nous souhaitons actuellement, c’est un appui des autorités publiques afin que nous puissions travailler dans de meilleures conditions. En cette période d’hivernage notamment, l’assainissement du marché est impératif. Il arrive qu’il soit inondé par les eaux de pluies, le rendant impraticable’’, déclare Fatou Mbaye, représentante de ce groupement de marchands.

Plus précisément, elle ajoute que ses collègues ont ‘’besoin de cantines pour garder leurs produits en toute sécurité’’.

Balla Käne, délégué du marché, partage les griefs soulevés par les commerçants. Lunettes posées sur le nez, le visage marqué par l’âge, il invite toutefois à la résilience et à l’optimisme.

”Il est indéniable que le marché fait face à des difficultés, mais il convient de souligner que dans le commerce comme dans la vie, tout est aléatoire’’, philosophe-t-il.

”Parfois, dit-il, les vendeurs reçoivent des gains substantiels, d’autres fois ils peuvent connaître des pertes et, généralement cela dépend de la saison’’.

Selon lui, l’insalubrité n’est pas le propre du marché hebdomadaire de Sahm.

”Tous les marchés de Dakar sont confrontés à la même réalité connue du reste des autorités municipales. C’est pourquoi, j’en appelle toujours à la patience, sachant que des efforts sont en train d’être réalisés en vue d’une solution globale”, plaide le vieil homme.

LMD/ABB/AKS/OID